Hier soir, nous relisions la dernière édition du journal Le Troubadour. Pourquoi ? Parce que le directeur de publication de ce bimensuel, François Bikindou, a fait parvenir sur la table de la rédaction de Congopage une réaction. Il nous a demandé, en effet, de faire un « Erratum » c’est-à-dire porter une correction dans notre article « Après la nouvelle sur le suicide qu’envisagerait le général Norbert Dabira, émotion et doute planent au Congo !  ».

Dans ce papier , nous avons écrit que le testament du général Norbert Dabira serait envoyé, à la présidence de la République, depuis la Maison d’Arrêt.

« Ce qui est faux ! » nous a fait remarquer François Bikindou qui reprécise que le fameux testament avait été écrit à son domicile, bien avant qu’il ne soit arrêté et transféré à la Maison d’Arrêt de Brazzaville. Le reste du texte n’est pas à modifier !
Nous présentons donc nos excuses à la rédaction du journal Le Troubadour qui avait publié cette exclusivité et aux lecteurs de Congopage. Merci pour votre compréhension.

De la musique pour nous consoler

Cependant au cours de cette lecture, il nous a plu de mettre une musique d’ambiance pour « meubler le silence » dans le salon.
Nous voulions nous consoler devant cette grosse coquille qui a frustré nos collègues du Troubadour.

Le répertoire que nous écoutions était un fourre-tout. Il allait de la rumba de Franco de Mi Amor à la rumba rock de Papa Wemba en passant par de Youlou Mabiala.
Drôle de coïncidence survenue au cours de notre lecture de cette belle musique quand nous aperçûmes que les thèmes chantés cadraient avec l’actualité politique congolaise.

Nous réfléchissions sur l’énigmatique parole : « Hier c’étaient eux, aujourd’hui c’est nous, demain ça sera peut-être vous » que le général Norbert Dabira aurait prononcée devant les policiers avant d’être mis derrière les barreaux.

Après le passage d’un troupeau des anges, passa aussi une chanson de Lwambo Makiadi Franco de Mi Amor dont le refrain est : « Na mokili tour à touréé Lélo ya yo lobi ya moninga éé mama ! » (dans la vie, chacun son tour).

Nous étions très joyeux sans savoir pourquoi.
Après Franco, vint Papa Wemba dans sa très célèbre chanson Proclamation. Ca collait grave avec l’actualité criminelle financière du Congo.

Philosophe, Papa Wemba dit dans sa chanson que « Lubwaku ba ninga, toura toura  » (La prison mes amis, à chacun son tour) que nous revenions sur terre.

Cette pensée provoqua en nous, à la fois, révolte et petite frustration. Parce que nous aussi fûmes personnellement gardé, pendant onze jours, à la DGST, sinistre prison politique. Oh ! Nous avions tout simplement jeté des pierres sur le gouvernement. Symboliquement bien sûr. Que celui qui ne l’a jamais fait (critiquer Sassou) nous jette la première...pierre !

« Lubwaku baninga, toura toura  » dit Papa Wemba. Aussitôt, nous vint comme dans un songe, l’image de l’ancien député de Vindza, Jean Paul Matsima, qui, lui aussi, avait été gardé à la gendarmerie pour une petite affaire de chantier non achevé.
Nous vîmes aussi derrière lui le directeur général du contrôle des marchés, Jean Didier Elongo, que l’on déferait à la Maison d’Arrêt de Brazzaville.

Prémonition ou non, aussitôt, notre ordinateur nous signala que nous venions de recevoir un message sur notre page Facebook.

C’est un ami de Brazzaville qui nous informait effectivement du transfert de Jean Didier Elongo à la Maison d’Arrêt. Vous avez dit prémonition ? Comme c’est bizarre !

Nous remontâmes le volume pour bien écouter cette chanson de Papa Wemba et reprendre, nous aussi, le refrain : « Lubwaku baninga toura toura  ».
Comme nous voulions jubiler devant cette nouvelle, notre cœur de chrétien nous interpela aussitôt et nous rappela que l’on ne doit point rire du malheur des autres ; on doit pas se moquer de celui qui se noie.

La troisième chanson : Gino de Koffi Olomidé. Koffi ne parle pas de prison ou de la vie qui tourne comme une roue, et où chacun attend son tour.
Lui, fait état d’un principe immuable et inviolable dans les pays qui subissent les dictatures où tous les membres du clan présidentiel, notamment leurs fils sont intouchables. « Mwana mokonzi a kota ka boloko te » dit il.

Qui a dit que « Mwana mokonzi a kota ka boloko te » ? Vous avez vu Jean-Didier Elongo.

Parce que nous ne voudrions pas « porter atteinte à la sûreté de l’Etat », nous avions immédiatement arrêté la musique car ça devenait surréaliste. Porter atteinte à la sécurité de l’état peut coûter jusqu’à huit ans de prison ferme suivis d’une perte de certains droits politiques et d’une assignation à résidence. Ca pourrait être le sort programmé pour un certain général congolais qui attend son procès.

Nous avons donc préféré méditer les refrains de Lwambo Makiadi et de Papa Wemba ainsi que la parole énigmatique du général Norbert Dabira.

« Lélo ya yo, lobi ya moninga…  »

Oui les amis ! Si nous pouvons comprendre ou méditer ces paroles de Lwambo Makiadi « Na mokoli toura touree, Lélo ya yo, lobi ya moninga… », de Papa Wemba « Lubwaku baninga toura toura  » et celle du général Norbert Dabira « Hier c’étaient eux, aujourd’hui c’est nous, demain ça sera peut-être vous  », nous pensons que nous ne serions pas devenus des loups pour les autres.
« Tout est vanité des vanités  » disent les Ecritures. Et, toute la terre serait redevenue vivable comme au dernier jour de la création si l’égoïsme, l’avarice, le narcissisme, l’égocentrisme des uns n’ont fait que l’homme devienne un loup pour l’homme. C’est vraiment dommage !

Hier Jean-Paul Matsima, aujourd’hui Jean-Didier Elongo

Oui, nous voulons lui dédier ces quelques refrains ! Nous trouvons ici l’occasion de lui rappeler l’humiliation et la honte qu’il avait fait boire à l’opérateur économique et ancien député de Vindza, Jean Paul Matsima.

En effet, pour une petite affaire qui s’était passée durant les campagnes des élections législatives de 2012, dans la sous-préfecture de Vindza, entre le candidat du PCT, le ministre de la Justice, Aimé Emmanuel Yoka, et le candidat indépendant ainsi que député sortant, Jean Paul Matsima, Jean Didier Elongo, sans doute, poussé par le ministre Yoka, avait tout fait pour trouver une faille dans le chantier de construction du pont sur la Djoueke qu’avait obtenu Jean Paul Matsima, afin de le faire arrêter comme cela avait été promis par Yoka.

Malgré tous les services qu’il a rendus à la Nation (réhabilitation des infrastructures sanitaires, et des écoles, par exemple) et son statut d’ancien député, Mantsima goûta à la prison.
Rappelons que Jean Paul Matsima est opérateur économique, avant d’être politicien.

Mais aussi, malgré le fait que Matsima avait préfinancé ce chantier à hauteur de 40% ou 50% et que les travaux étaient réalisés à hauteur de 75% ; et en dépit de l’intervention dans la presse nationale de son avocat qui brandissait les images sur le pont, pour rassurer que son client avait déjà construit une bonne partie de l’ouvrage et il n’attendait que la première tranche du financement de l’Etat pour terminer le reste des travaux, Jean Didier Elongo ne voulait pas l’entendre de cette oreille.

L’homme aux bretelles, aussi appelé « coin ti coin  » parce que sa parcelle va d’un coin de la rue à un autre, voulait et tenait à tout prix à envoyer Matsima méditer en prison.

Et, c’est ce qui fut fait ! Matsima avait été arrêté et gardé à la gendarmerie pendant quelques jours.
« Na mokili tour à touréé Lélo ya yo lobi ya moninga éé mama !  » ou « Lubwaku baninga toura toura  » ou encore « Hier c’étaient eux, aujourd’hui c’est nous, demain ça sera peut-être vous  ». Oui, notre cher Jean Didier Elongo ! Hier, c’était Jean Paul Matsima. Aujourd’hui, c’est vous ! Que pouvons-nous faire d’autre sinon vous rappeler ces paroles qui semblent être des bons principes dans la vie.

Pour une loi sur le délit de la thésaurisation

Nous ne pouvons pas nous taire sur les 700 millions que les enquêteurs de la DGST ont trouvés dans son domicile de Mikalou, lors de la perquisition.
Pourtant, la rigueur avec laquelle Jean Didier Elongo rappelait, dans les médias, la Loi des marchés de l’Etat à Jean Paul Matsima, avait fait croire aux Congolais que l’homme était un extraterrestre ou était blanc comme neige.

Pourtant, lui-même va se révéler grand escroc, incommensurable pilleur des deniers publics.
En plus, comment lui qui, parait-il, est docteur en économique s’est-il permis de sortir du circuit financier une bagatelle de 700 millions de Francs Cfa, pour la garder dans sa chambre sans la dépenser ni la faire fructifier ?
Nous pensons que le législateur congolais devra ajouter dans le code pénal congolais, le délit de la thésaurisation pour toutes les sommes qui dépassent 500 milles francs Cfa, par exemple.

Par ailleurs, il faut déjà craindre que la trouvaille au domicile de Jean Didier Elongo par les enquêteurs de la DGST, n’excite les Congolais et les pousse au pillage ou aux braquages. Car, ils savent désormais que dans les maisons des dignitaires du pouvoir, il y a du magot.

Pourtant, Antoine Mundanda grand artiste congolais, avait conseillé dans « Nsangu za ya kopa  », l’un de ses grands succès : « Kota mu kitemo, mbo wa mona bongo bu ba lundila zo » (Participe à une ristourne pour fructifier ton argent, au lieu de le thésauriser dans ta chambre).

Le directeur du contrôle des marchés publics, de surcroit imbu de théories économiques, ne connaissait-il pas ce principe élémentaire de l’épargne ? Inouï !

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain