L’Opération Mouébara ? C’est le nom qui avait été donné à la croisade militaire menée par les partisans de Denis Sassou Nguesso, dans les départements de la partie australe du pays, entre 1998 et 2000.

Elle avait comme objectif l’extermination des populations du sud du pays. Afin de permettre aux originaires de la partie septentrionale de toujours gagner les élections présidentielles, rien qu’avec les suffrages du nord du pays.

C’est un véritable choc pour les Congolais de voir un président de la république planifier le génocide d’une partie de la population de son pays. Rien que dans le but de conserver le pouvoir au nord du pays.

Cependant, le document sur l’Opération Mouébara définit non seulement les objectifs, les plans et les missions. Il donne aussi les normes d’appréciation des objectifs à atteindre comme les quotas des personnes à tuer et à déplacer dans chaque département.

Alors que le pays avait renoué avec la démocratie et les élections. Et, un président, Pascal Lissouba, avait été élu dans la transparence.

Néanmoins cette guerre que Sassou Nguesso avait imposée aux Congolais avait fait 400.000 morts soit 10% sur les 4 millions d’habitants que compte le pays. Selon le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Quant aux pertes matérielles, elles n’ont toujours pas encore été évaluées.

Et, aucune enquête n’a jusque-là été menée. Comme aussi les victimes innocentes n’ont jamais été indemnisées. Alors que celles de la catastrophe du 4 mars 2012 qui avait eu lieu à Mpila, un quartier du nord de Brazzaville, l’ont été. Et, les dégâts avaient été vite inventoriés.

Le nom de Jean-Paul Pigasse dans les documents de l’Opération Mouébara

Mais, ce document qui est très précieux et qui peut aussi servir de preuves de génocide dans le débat ou dans un procès ou encore dans la réécriture de l’histoire du Congo, puisqu’il fait état d’une programmation de crime à commettre, révèle aussi quelque chose d’insoupçonnée ou d’inattendue : le rôle d’un journaliste français dans ce génocide.
Les Congolais avaient appris que des éléments de l’armée française avaient combattu aux côtés des milices de Sassou Nguesso, mais ils ne soupçonnaient pas la participation d’un journaliste français dans leur guerre.

On trouve donc dans les documents qui donnent les orientations de l’opération Mouébara, notamment le plan d’activités du trimestre IV qui couvre la période du 1er octobre au 31 décembre 1999, le nom de Jean-Paul Pigasse.
C’est à lui que l’on recommande, pour toutes les questions de communication, les commandements. « Voir avec Jean-Paul Pigasse  ». Voilà ce que l’on peut lire dans le document. Autant dire que Jean-Paul Pigasse a joué auprès de Sassou le rôle du florentin Machiavel auprès de son Prince. Marabout blanc, Jean-Paul Pigasse ne cesse d’influencer le monarque mbochi depuis le coup d’état du 5 juin 1997, cela à coups d’espèces sonnantes et très trébuchantes.

Cependant, si certains Congolais ne sont pas surpris par cette trouvaille, vu les relations que l’homme a avec le pouvoir ; d’autres qui se souviennent encore du combat de Jean-Paul Pigasse dans la presse française, lorsqu’il défendait les droits humains et la démocratie, et luttait contre les dictatures africaines, n’en reviennent pas. Ils pensent à un autre Jean-Paul Pigasse qui serait tout simplement son homonyme. Ils ne croient pas que c’est bien ce même Jean-Paul Pigasse, oncle du banquier Matthieu Pigasse, qui a travaillé dans plusieurs rédactions, en France, qui s’est métamorphosé. Du défenseur de la démocratie, l’homme s’est muté en défenseur de la dictature, la pire.

Et, Jean-Paul Pigasse n’est pas n’importe qui

Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur, sur la réserve spéciale du président de la République française, Jean-Paul Pigasse est licencié en droit et diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po).
Il a travaillé dans plusieurs rédactions de la presse française, et a été chercheur au Centre d’études de politique étrangère (CEPE) ainsi qu’à l’Institut français d’études stratégiques.

Mais, Jean-Paul Pigasse est aussi secrétaire général de la revue Géopolitique Africaine-African Geopolitics, trimestriel consacré à la mutation de l’Afrique et à son positionnement stratégique sur la scène mondiale que dirige l’ancien diplomate et écrivain congolais, Henri Lopes.

Il est le fondateur et directeur, au Congo, du groupe de presse ADIAC (Agence d’information d’Afrique centrale) qui édite le quotidien congolais Les Dépêches de Brazzaville.

L’homme n’est donc pas n’importe qui ! Il connait bien les milieux non seulement de la presse ; mais aussi de la politique française et africaine.
Et, c’est sans doute partant de cet atout que Sassou Nguesso l’a mis à ses côtés, et lui a confié son commandement militaire pour préparer les actions médiatiques avant, pendant et après les raids le génocide. Un rôle qui n’est pas des moindres. Mais, jusque-là nous ne disons pas que Jean-Paul Pigasse est lui aussi un génocidaire ou membre d’une bande de criminels puisque nous n’avons pas encore fait l’autopsie de ses rôles joués avant, pendant et après les raids.

Pourtant, nous nous y attelons aussitôt. Néanmoins, c’est une simple reconstitution que nous faisons puisque le document, lui-même, ne définit pas clairement le rôle qui lui a été confié. Mais, nous nous sommes sûr de ne pas nous tromper puisqu’il s’agit en gros de désintéresser les médias internationaux aux guerres du Congo.

Quelles sont ces actions à mener avant les raids ?

A notre avis, elles peuvent viser à donner la nature et les enjeux de la guerre, préparer l’opinion nationale et internationale, et à justifier la guerre ou les attaques qui vont être menées.

Par exemple, il suffit qu’il envoie des dépêches mensongères dans les grandes rédactions et qualifie les forces opposées de terroristes pour démobiliser la grande presse.

Cette information peut être une simple brève. Mais, émise par un grand journaliste de la trempe de Jean-Paul Pigasse, elle devient une source d’information dont on n’a plus besoin de vérifier la véracité. Or, la communauté internationale s’informe ou s’intéresse à une crise à partir de l’intérêt que lui accordent les médias internationaux. Même si elle l’est aussi par les voies diplomatiques.

Quelles sont ces actions à mener pendant les raids ?

Elles peuvent être celles qui sont destinées à noyer ou contredire tous les autres organes de presse qui peuvent, pourtant, donner des bonnes informations sur ce qui se passe sur le terrain. Jean-Paul Pigasse pouvait donc organiser une campagne auprès des grandes rédactions pour les pousser à ne pas publier les informations qui viennent d’autres sources. Il peut aussi demander aux rédactions de ne pas s’ouvrir aux rebelles ou opposants, pour que la guerre se passe à huis clos.

Que peuvent être ces actions après les raids ?

Elles peuvent, dans un premier temps, être destinées à sous-estimer les dégâts humains et matériels, et à propager des fausses informations qui peuvent justifier la continuité de l’opération puisqu’il s’agit d’un génocide, et que l’opération doit continuer.
Mais, Jean-Paul Pigasse pouvait aussi dire, pour justifier les prochains raids, que devant la résistance des rebelles qui ont utilisé des armes lourdes et qui se sont servis des populations comme bouclier, l’armée s’est repliée et préparer une offensive.
Mais, ces quelques actions que nous avions mentionnées, peuvent être complétées par les journalistes de guerre. Puisque c’est une spécialité.

Somme toute

Nous pouvons dire que les actions menées, au Congo, par Jean-Paul Pigasse, pendant cette période de guerre, ont soutenu le génocide de Sassou Nguesso dans la partie sud du pays. Elles constituent des crimes qui sont jusque-là cachés, et que les Congolais doivent désormais ajouter à tous ceux qui ont été commis pendant le génocide.

D’ailleurs, le droit français qualifie la diffusion d’une fausse nouvelle comme étant une infraction pénale.

Sans nous tromper, nous osons dire que Jean-Paul Pigasse a du publier ou diffuser des informations qui sont fausses voire mensongères et basées sur la mauvaise foi, pour ne pas intéresser la presse française aux guerres du Congo ou sur la crise multidimensionnelle que connait actuellement le pays. Il est poursuivable puisque son nom est mentionné dans un document qui planifie le génocide. A la diaspora congolaise de la France de continuer l’affaire, même en France. Puisque Jean-Paul Pigasse n’a pas seulement un prénom français ; mais il est aussi français.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain