Société : L’Afrique bouge et fait bouger. Pourtant, les Africains font du sur place !
L’Afrique bouge ! Oui, elle bouge partout ! Ses forêts qui sont les poumons du monde ne cessent de pomper l’air jusqu’aux plus lointaines extrémités. Sa population qui, aujourd’hui, est de 1,2 milliards d’habitants et qui avoisinera les 2,5 milliards en 2050, selon une analyse de l’Institut français d’études démographiques, lui donne une rapide mobilité de visage et fait de lui un grand marché international.

L’Afrique bouge et fait aussi bouger le monde ! Oui ! Les richesses de son sous-sol que l’on estime à 7,6% des réserves mondiales de pétrole, 7,5% de celles de gaz naturel, 40% des réserves aurifères et entre 80% et 90% du chrome et du platine, 30 % de matières premières indispensables et stratégiques au monde... suscitent des convoitises.
C’est ainsi que si certaines puissances étrangères veulent l’aider à devenir, elle aussi, puissante et une partenaire du développement dans les prochaines décennies ; d’autres par contre qui sont très jalouses de ses richesses et de sa population, veulent la maintenir dans le rôle de consommatrice.
Elles veulent la condamner à ne consommer que leurs produits dont la plus part sont pourtant fabriqués à partir de ses matières premières. Mais, qu’on lui revend très cher.
L’Afrique bouge ! Pourtant, les Africains ne bougent pas avec elle. Ils font du sur place et manquent des concepts et des maquettes de développement qui peuvent les tracter tous.
Pour preuve, malgré toutes ces richesses naturelles, les Africains restent pauvres. Ils ne savent pas quoi faire avec toutes les matières premières que regorgent leurs sous-sols.

Les débats ne sont jusque-là qu’idéologiques, des débats d’écoles

Tous les débats que les Africains font sur le développement de leur continent à l’image de celui sur le Franc Cfa, ne sont jusque-là qu’idéologiques ou des débats d’écoles.
Aucune maquette de développement pouvant aider à l’uniformisation de certains secteurs, l’intégration des économies, l’ouverture des comptoirs et la transformation sur place de certaines matières premières qui sont les clés du développement de leur continent, n’est jusque-là proposée.

Par exemple, le débat sur le Franc Cfa reste celui des financiers, les sociologues, les juristes, les économistes… ne s’y mêlent pas encore pour voir comment doit s’opérer ce changement de monnaie dans nos pays et sur quel type d’économie peut il s’asseoir ?
Aucun designer n’a jusque-là fait le rêve de présenter ce que pourront être les coupures de la nouvelle et unique monnaie africaine. Les Africains manquent-ils tout simplement d’ambitions ?

Pourtant, le débat est sur toutes les lèvres des Africains, même si son initiateur,
l’ancien ministre togolais Kako Nubukpo et directeur de la francophonie économique et numérique de l’Organisation internationale de la francophonie, a été limogé de son poste, à la demande des Chefs d’Etat. On lui reprocherait sa dernière prise de position contre le Fcfa, dans les colonnes du journal le Monde, en réponse au président Français Emmanuel Macron.

En effet, le président français avait déclaré que « Le Franc Cfa est un non-sujet pour la France ». Une formule diplomatique qui pourtant dit bien ce qu’elle veut bien dire.
Pourtant, Macron a raison ! Pourquoi voulez-vous faire de lui un colon, lui qui est né après les indépendances ?

Est-ce que pour entrer dans la Zone Euro et délaisser le Franc français, la France avait-elle demandé la permission à ces anciennes colonies ?
Et le Vietnam qui est un ancien pays sous le protectorat français, avait-il demandé la permission à la France pour revaloriser sa monnaie nationale ?
Alors pourquoi les Africains attendent-ils une autorisation de la France pour mettre fin au Franc Cfa qu’ils prennent pour un instrument de la domination coloniale ?
C’est donc pour aider les africains, notamment leurs intellectuels qui continuent à attendre le feu vert de la France pour bouger que nous essayons dans ces pages de faire des propositions concrètes sur les activités à mener dans certains secteur du développement pour que l’Afrique hâte ses pas sur la voie de son développement. Et, que dans les cinquante prochaines années que l’on parle du miracle africain.
Parce que le continent aura connu un développement spectaculaire qui lui permettra d’effacer tous les vieux portraits peints par des afro pessimistes.

Néanmoins, la base de ce développement reste constituée par quatre principales activités que sont : l’uniformisation des maquettes de développement, l’intégration des économies, l’ouverture des comptoirs et la transformation des matières premières sur place, en Afrique.

L’uniformisation des maquettes et des concepts de développement

En dehors de la pluralité linguistique qui fait que l’on ait dans ce même continent plusieurs Afriques : Afrique anglophone, lusophone, hispanophone et francophone, le continent reste aussi dominé par une pluralité et diversité de maquettes et concepts de développement dans tous les domaines.

Par exemple, chaque pays a son système d’éducation, sa politique sur la décentralisation, l’emploi, les investissements et la santé.
Alors que si les pays africains avaient uniformisé tous leurs systèmes, les choses allaient vite partir de l’avant.

Par exemple sur l’éducation, la commission de l’Union africaine sur le Développement humain, la Science et la Technologie devrait non seulement harmoniser les programmes scolaires ; mais aussi créer et développer « le système des campus » comme le font certaines universités anglaises. C’est-à-dire les grandes universités africaines qui seraient recensées et reconnues par cette commission, devraient avoir des campus dans d’autres universités et dans d’autres pays du Continent.
Par exemple, si le Ghana a une grande université dans les sciences commerciales, la commission devrait l’aider à dispenser les mêmes cours dans d’autres universités africaines et faire que les étudiants qui suivent la même formation dans leur pays, peuvent soit terminer leur cycle dans leur pays, soit aller au Ghana pour soutenir leurs thèses.

L’Angleterre le fait avec beaucoup de pays asiatiques. Et, cette uniformisation de l’enseignement dispensé marche très bien.

Dans le domaine de la santé, c’est la France, un pays de l’Union européenne, qui montre un bel exemple.
En effet, bien qu’étant un pays développé, elle a un contrat avec l’Espagne pour que les infirmiers espagnoles viennent travailler dans certains de ses hôpitaux.
L’uniformisation de la formation dans le domaine de la santé peut effectivement permettre de développer une telle expérience entre les pays africains. Mais, il y a aussi la législation dans le domaine du droit des affaires, par exemple, qui est aussi à uniformiser pour que les investisseurs aient les mêmes facilités d’investir dans tous les pays africains.

L’intégration des économies :

Nous avons deux types d’intégration : Le premier type est celui qui peut se faire à partir de la réalisation d’un grand projet par deux ou plusieurs pays ou encore tous les pays d’une sous-région africaine.

Par exemple, le Congo, le Gabon, le Centrafrique, le Cameroun et la Rdc peuvent décider de construire un grand barrage hydroélectrique sur le Fleuve Congo qui va leur permettre d’avoir de l’électricité et de la vendre à d’autres pays africains.
Cette forme d’intégration peut s’étendre dans d’autres domaines comme les moyens de transport (train ou avion) ou communication avec la construction des autoroutes internationales, et l’industrialisation où ces différents pays peuvent décider de n’avoir, par exemple, qu’une seule et grande cimenterie dans la sous-région, afin d’éviter une concurrence déloyale qui n’est pas bonne pour les jeunes entreprises.
Le deuxième type est celui qui concerne le soutien que les autres pays peuvent apporter à un autre pays.

Par exemple, puisque la Côte d’Ivoire est reconnue comme étant le premier producteur mondial du cacao, la stratégie serait que les autres pays africains qui ont des terres qui sont favorables à la culture du cacao, participent à l’augmentation de la production de cette matière première et la croissance de cette industrie alimentaire.
Les Etats africains doivent, dans ce cas précis, aider les sociétés agricoles ivoiriennes à venir développer la culture du cacao chez eux, en louant les terres des paysans, afin de leur permettre de créer, eux aussi, des richesses dans les campagnes.
Cette approche servira aussi de base à la décentralisation. Car, les gouvernements de ces pays pourront, pour solidifier l’autofinancement des collectivités locales, prendre des actions dans ces sociétés aux noms de ces dernières.

Par exemple, lorsqu’une société agricole ivoirienne vient s’implanter dans le département de la lekoumou au Congo Brazzaville, pour cultiver le cacao, l’Etat pourra acheter des actions dans cette société au nom du Conseil départemental de la Lekoumou ou en son propre nom.

Ce qui fera que même après le départ des Ivoiriens, la société pourra appartenir soit à l’Etat soit au Conseil départemental de la Lekoumou.
Et, ceci est aussi possible et valable pour tous les autres domaines comme l’élevage, l’aviculture, l’arboriculture, l’apiculture, la pisciculture et la sylviculture qui doit arrêter la déforestation et le déboisement. Ainsi pourrait-on développer le secteur privé du continent africain.

L’ouverture des comptoirs africains :

Dans ce domaine, les pays africains se mettent dans l’obligation de céder une partie de leur souveraineté.

Par exemple, au lieu que les pays producteurs du pétrole vendent eux-mêmes et séparément leur produit, un comptoir africain chargé de la vente du pétrole peut être créé.

Ce comptoir aura donc la mission de vendre tout le pétrole africain, de prospecter les marchés et de veiller aux contrats signés entre ces pays et les sociétés multinationales.

La commission de l’Union africaine s’occupant de ces problèmes devrait donc établir une liste de matières premières que les pays africains ne devraient que vendre à travers les comptoirs.

La vente de ces matières premières en dehors de ces comptoirs devant être déclarée illicite. Et, les produits n’ayant pas les sceaux de ces comptoirs devant être interdits de sortir des frontières du continent.

Elle peut y mettre toutes les principales matières premières que regorgent les pays africains et qui constituent les nerfs des différentes guerres que connaît le continent.
Ceci permettra de mettre fin à la corruption qui gangrène ces secteurs, aux trafics d’armes qu’ils cachent, et à l’enrichissement illégal qu’ils favorisent.

Mais, ces comptoirs peuvent aussi concerner le commerce intérieur entre les pays africains. Par exemple, des sociétés industrielles peuvent ouvrir des comptoirs pour distribuer leurs produits à travers tout le continent.

D’ailleurs, avec l’intégration des économies et l’ouverture des comptoirs africains, la création de la monnaie unique africaine deviendra une nécessité pour tous les pays africains. Il ne sera donc plus question d’aller demander la permission à une ancienne puissance coloniale.

La transformation en Afrique de certaines matières premières

L’Union africaine devra pour faire asseoir cette activité, établir la liste d’un certain nombre de matières premières qui ne devront plus être vendues à l’extérieur dans leur état brut. Elle devra imposer leur transformation sur place, en Afrique, pour favoriser la création des emplois et des richesses.
Pour conclure, nous réitérons que l’uniformisation des maquettes et des concepts de développement, l’intégration des économies, l’ouverture des comptoirs et la transformation des matières premières sur place, en Afrique, constituent la force de la mobilité interne et externe de l’économie de l’Afrique ainsi que celle de sa population. Mais, pour que l’on arrive là, il faudra avoir des panafricanistes a la tête de nos pays.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain