Prince Kestamg a présenté son produit le Lally Show, un concept dont la genèse prend racine dans la contre-culture urbaine des années 80 au Cameroun. L’artiste a canalisé cette énergie dans une perspective de rassemblement. C’était chaud.

Jamais scène de spectacle n’a été aussi vivante que celle sur laquelle Prince Kestamg s’est donné corps et âme à Cannes (Espace Miramar) sur La Croisette, samedi 12 janvier 2019.

«  Ce soir, c’était mieux que sur la Seine en décembre 2018 » commente à chaud la chroniqueuse Rose Tenkeu, fidèle parmi les fidèles du Lally Show faisant allusion au célèbre concert donné par Prince sur une péniche voguant sur le fleuve parisien. Le franco-camerounais, noblesse oblige, était agréé définitivement dans la cour des grands. Ce n’est pas, en effet, évident d’entrer dans le conclave des célébrités black de l’Hexagone. Dans ce gotha camerounais règnent des monstres comme Etienne Mbappé, Richard Bona, Dipanda...

Quand la musique est belle

Prince a sévi sur La Croisette en compagnie de musiciens de renom : Michel Ethé à la basse, Rodolph à la batterie, Jack Djeym à la guitare, Kayou Root au saxo, Allan Gonzalez Granados (Cubain) aux percussions. Ce sont de véritables bêtes de scène.
JPEG
Pour la petite histoire, Kayou Root vient de créer un projet de société au Cameroun à caractère pédagogique. Il initie les enfants à la maitrise du saxophone. C’est un instrument difficile à accorder. «  L’apprentissage du saxo consiste à faire la différence entre le souffle chaud et le souffle froid  » nous confie l’artiste dont la prestation à L’espace Miramar n’aurait pas déplu au maestro Manu Dibango.

Jack Djeym le guitariste a connu la grâce d’avoir accompagné la grande diva Myriam Makéba. « Il s’est mis d’emblée au diapason avec Lally Show depuis la prestation sur la Seine à Paris  » dit Rose Tenkeu.

Sanassa a mené la Danse

Sanassa Kaba, chorégraphe guinéenne, accompagnée de ses deux magnifiques danseuses, a démontré que la musique de Prince Kestamg est interchangeable quelle que soit l’origine des danses. JPEG Sanassa est issue des ballets guinéens. Entre danse traditionnelle et contorsion, Sanassa s’est emparée du Lally Show avec une aisance incroyable. Elle enseigne la danse à Nice et participe régulièrement au carnaval international de la capitale azuréenne sur la Promenade des Anglais.
JPEG
Egalement présente sur scène, la danseuse et mannequin, Annie Kinnen, germano-congolaise, allure féline, a démontré que ndombolo et rythmes du Fouta Djalon peuvent coexister sur le même plateau.

La Bobine de Basile

Le spectacle de Prince à Cannes s’est fait en partenariat avec Le Festival International du Film Panafricain. Basile Ngangué Ebellé fait tourner la bobine du cinéma panafricain sur la Croisette depuis des lustres. En 2019, au mois d’avril, le Festival en sera à sa 16ème édition. Il a plusieurs cordes à son arc. Témoin des radios pirates depuis Lille voici vingt ans, Basile est en connexion avec le Festival du Livre de Mouans-Sartoux. Il produit également des artistes au Jamaï Soulé à Grasse où a été notamment vue Véronique Diarra, écrivaine congolo-burkinabée. Bravo Basile !

JPEG

EFFETS DE MODE

JPEG
Au Lally Show s’ajoute le Lally Fashion, concept de l’habillement de classe. La mode a été représentée à Miramar par deux stylistes de qualité ; un homme et une femme, tous aussi interactifs qu’uniques : Sadio-Bee (Sénégal) et Laure Gels Bourdon (Cameroun). Le défilé a été riche en couleurs « fauves ». Des couleurs « achevées et inachevées » comme diraient les disciples de la sapologie.
JPEG
«  Le vêtement est la première peau de la femme » aurait pu penser Shakespeare qui disait d’un célèbre bottier anglais qu’on « traînait son nom dans la poussière. » A noter que Prince Kestamg adore le « chiffon », métaphore du vêtement chic et choc, Bcb-Bcg. Pour l’anecdote sémantique, c’est parce que la notion anglaise de fashion est l’anagramme de chiffon que les deux syntagmes se manipulent sans pudeur par les créateurs.
JPEG

Présences de marque

On a noté dans la salle la présence de l’artiste et chanteuse Eddy Berty ainsi que de Jenny, célèbre propriétaire Bamiléké du piano-bar et restaurant Le Palenké à Nice où (sois-dit en passant) la prestation de l’artiste camerounaise K. Tino failli tourner au pugilat. La spécialiste du bikutsi était venue battre campagne pour Paul Biya, au grand dam des opposants au régime de l’octogénaire du Palais de Yaoundé.

La très géniale Eddy Berty vient de mettre sur le marché un album suave et écologiquement engagé. « Je suis venue voir le clip de Prince Kestamg pour m’inspirer mais il n’a pas été projeté. Ce n’est pas grave  » dit-elle, philosophe.
JPEG

Le code PK

On ne peut parler du Lally Show sans parler de Code PK. Il s’agit d’une griffe qui justifie le côté fashionable du Lally Show. Dans le hall de l’Espace Miramar on s’est une idée de la polyvalence du Lally Show grâce à une exposition de bijoux touareg, de casquettes, T-shirts estampillés P.K. initiales de l’artiste originaire du pays Bamoun au nord ouest du pays des Lions Indomptables.

JPEG

Formation

Prince Kestamg est un ténor qui a hérité son style de ses parents avant de rencontrer un professeur de musique doué en techniques vocales : « Tu dois chanter avec ton ventre, parler avec tes oreilles. » Voilà la leçon que lui donna le maître de chant d’origine européenne. Cela dit, la société camerounaise compte de nombreux groupes ethniques (plus de deux cents). Prince Kestamg, né à Bafoussam, est la synthèse de cette diversité culturelle. Mieux : il est le ventriloque d’un Cameroun aux rythmes infinis. Son timbre vocal est héritier des polyphonies pygmées et notamment des onomatopées. Les Hommes de la forêt incarnent une société écologique vieille comme la protohistoire de l’humanité et à laquelle Prince emprunte le principe de vie. Prince ne fume ni ne boit. C’est ce qui lui donne sur scène cette fougue de fauve indomptable, totem de l’identité africaine.

Au total, Prince Kestamg, roi du Lally Show, dispose d’un label dichotomique sous Association prince kestamg music and show : APKMS Productions et APKMS Music, visibles sur le réseau social Facebook.

JPEG

En définitive, Lally Show est une démocratie culturelle présidée par un Prince ouvert à tous les courants. Cet état des choses semble faire consensus ainsi que l’a prouvé le spectacle sur La Croisette (Cannes) en ce début d’année.

Simon Mavoula, envoyé spécial sur La Croisette

xqBlaSE