L’histoire n’est-elle qu’un éternel recommencement ?

par Benjamin Houtou

Sassou et Yhomby

Au lendemain de l’assassinat du président Marien Ngouabi, les pleins pouvoirs du parti et de l’Etat furent exceptionnellement confiés à un Comité Militaire du Parti (CMP), dirigé conjointement par le général Joachim Yhomby Opango et le colonel Denis Sassou Nguesso.

Apres 600 jours de règne, le second évincera le premier. Il lui sera entre autre reproché son train de vie ostentatoire tel que décrit dans l’article qui suit, publié à la suite de son éviction dans le journal Mweti » N°151 du 28 février 1979.

Qui est- il ?

C’est celui qui a passé anarchiquement un marché de 33 voitures Passat, 45 Jeeps, 50 motos, 10 Landrover toutes équipées de matériel de transmission. Coût global : plus de 500 millions de francs CFA [1] imputable au budget national. Le marché a été passé avec une firme belge par l’entremise d’un compradore congolais, propriétaire d’une entreprise de bâtiment a Brazzaville.
- C’est celui qui a détourné 400 millions de francs CFA prêtés par le peuple algérien au peuple congolais, en vue de la réalisation des travaux d’adduction d’eau dans les Plateaux. Depuis huit mois que la somme a été accordée les travaux n’ont toujours pas démarré a Djambala et l’argent aurait servi a garnir les fameuses enveloppes dont on parle.
- C’est celui qui a acheté un lit de 17 millions à Libreville. Un officier de l’APN en service à la présidence a assuré toutes les opérations d’achat et de convoyage. L’installation a été faite par un expert américain. Ce lit est très spacieux est monté sur des rails, il tourne sur lui-même a des vitesses réglables. Un lit pouvant provoquer des mouvements vibratoires permettant de masser et bercer l’individu qui y dort. Il est équipé de vidéoscopes et de téléviseurs, avec un système de climatisation réchauffant ou refroidissant en fonction de l’atmosphère ambiante. Ce lit a été importé exonéré de toutes taxes, pendant qu’au même moment la direction politique exigeait aux fonctionnaires qui avaient encore leurs voitures sous douane de s’acquitter de leurs taxes dans les meilleurs délais.
- C’est celui qui a créé dans son domaine de Mpila un parc zoologique ou fourmillent des espèces rares du genre Okapi, biches etc. Il fallait chaque jour 200 000 francs pour nourrir les bêtes pendant que le peuple lui, crevait de faim. Un éléphanteau, deux boas, et un lionceau sont arrivés trop tard pour avoir leur place à coté de l’Okapi. Ils se trouvent aujourd’hui au parc zoologique de Brazzaville.
- C’est celui qui entretient a coût exorbitant une maîtresse à Paris XVIe (quartier résidentiel et qui a construit plusieurs villas de grand standing en l’espace de deux ans : une pour sa mère, une pour sa tante, une maison à Owando avec projet de forer un couloir souterrain devant relier cet immeuble à son premier château, une villa pour son épouse a Boundji, et une a Brazzaville, une maison en contre-plaqué à Mossendjo qui sera transportée à Owando, un bungalow à Pointe-Noire.
- C’est celui qui a transporté ses matériaux de construction dans des avions de l’APN. Les factures qui s’élèvent à 250 millions sont supportées par l’Etat congolais.
- C’est celui qui entretient des liaisons étroites avec l’escroc Michel Berandi, un Hongrois naturalisé Français bien connu pour ses mésaventures, qui hébergent ses enfants qui suivent leurs études a Paris, au mépris du système scolaire national.
- C’est celui qui a affrété un avion cargo, pour aller prendre des plants de mangues greffées en Côte-D’ivoire, alors qu’il en existe à la station fruitière de Loudima.
- C’est celui qui a voulu s’acheter une Corvette (petit avion a réaction pour son luxe personnel). Une avance de 200 millions aurait été faite sur le budget de l’Etat.
- C’est également lui qui aurait détourné d’importantes sommes d’argent dans les organismes militaires a caractère économique (Mess mixte de garnison, Intendance, Régie financière de la base aérienne, CMRC, Centre de repos de Pointe-Noire.
- C’est également lui qui aurait dilapidé les fonds du Comité des fêtes.
- C’est lui qui a retiré anarchiquement des fonds du trésor le relevé de compte qui fait apparaître une véritable gabegie : 1 milliard 500 millions de francs CFA retirés en 1978, alors que le crédit alloué pour les fonds politiques était de 400 millions de francs, soit un dépassement de 1 milliard 100 millions de francs CFA. Pour 1979, 200 millions de francs CFA sont déjà sortis alors que le budget n’est pas encore exécutoire. Dans cette somme, 80 millions ont été débloqués le jour même de l’ouverture de la session du Comité Centrale du PCT qui avait entraîné la dissolution du CMP.

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Le camarade Bokamba Yangouma arrêtant "héroïquement" la marche de la foule en colère à l’entrée du domaine de l’ancien Président de la République

Avec tous ces éléments qui traduisent une inconscience et une inconséquence caractérisée de certains dirigeants, l’on comprend la juste colère de certaines couches de la population brazzavilloise, qui sont allées hier à Mpila voir les motos et conspuer les affameurs du peuple. Les masses auraient pu entrer dans la résidence de l’ancien président n’eut été l’intervention de certaines autorités nationales. Quoi qu’il en soit, la gravité des actes commis par ceux qui ont volé le peuple nous pousse a dire avec le président Marien Ngouabi, fondateur du PCT : « Ceux qui sont atteint d’un puri de fortune malsaine, ceux qui sont gagnés par l’envie irréversible de s’enrichir malhonnêtement par rapine ou tout autre expédient, ceux qui cherchent leur bonheur a part, en dehors de celui du peuple, tremblent car le glaive de la Révolution est là, prêt à frapper les vautours du patrimoine de l’Etat ».


A la suite, un extrait du tableau de la situation socio politique actuelle du Congo, tel que dressé le 7 Juin 2008 à Brazzaville par le même général Joachim Yhomby Opango, président fondateur du RDD, Rassemblement pour la Démocratie et le Développement, devant ses militants et sympathisants. [2]

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Lissouba et Sassou, deux styles opposés

Tableau sombre de la situation socio politique actuelle du Congo

Revenu aux affaires, à la faveur du renouveau démocratique post Conférence Nationale Souveraine, comme premier ministre de Pascal Lissouba. Le General Joachim Yhomby Opango se retrouvera en exil avec ce dernier après leur éviction du pouvoir consécutive a la guerre civile de 1997, remportée par le General Denis Sassou Nguesso, actuellement au pouvoir.

Voici un extrait du tableau sombre de la situation socio politique actuelle Congo, telle que présenté par le General Joachim Yhomby Opango de retour d’exil, en qualité de Président fondateur du RDD devant ses militants et sympathisants, le 7 Juin 2008 a Brazzaville.

« ….Aujourd’hui, force est de constater que le vol qui était, dans notre société, un phénomène de honte pour la famille et de bannissement au sein de la tribu, devient une source naturelle d’enrichissement. La corruption est entre dans les mœurs et ne choque plus personne. Elle devient un système dans le système. L’assiduité et la rigueur au travail ne font plus partie de nos revendications. La mendicité gagne du terrain et frappe a la porte de chacune de nos habitations. Elle devient un fléau social. Les absences et les retards au travail ne font plus partie des critères d’appréciation des agents. Nous ne savons même plus nous arrêter et compatir au passage d’un cortége funèbre. Le Congo est une société qui se meurt, devient une société en déliquescence. Il est temps et urgent d’arrêter cette auto flagellation.

Pour notre société qui aspire a la démocratie, quel thème peut paraître plus porteur d’un débat sur la réhabilitation des valeurs sociales, si nous refusons le débat stérilisant sur les hommes et leurs prétendues richesses dans un pays ou l’ensemble des dirigeants sont issus des classes laborieuses : fils et filles de paysans, de petits enseignants ou de modestes commis de bureau. Comment alors expliquer leur enrichissement spectaculaire, si l’on écarte le vol, la corruption et le détournement des deniers publics ? »

« La campagne électorale devrait être l’occasion d’insister sur l’échec des politiques agricoles antérieurs et des modèles collectivistes de type stalinien qui ont été expérimenté dans notre pays et qui l’ont conduit, malheureusement, à la famine et a la malnutrition. Devant la crise alimentaire sévissant a travers le monde entier, l’assemblé générale de l’ONU a recommandé à l’ensemble des Etats de la planète, dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement, d’atteindre l’autosuffisance alimentaire d’ici a l’an 2015. La pauvreté n’est donc pas une fatalité, elle peut être vaincue. Nous devons à ce propos, inviter les populations rurales décroissantes au même titre que celles urbaines à un retour a la terre, car toutes les grandes puissances du monde ont tiré leurs richesses du sol. Le schémas et les stratégies pour y parvenir existent ».

« N’oubliez jamais que beaucoup de gens pensent qu’il suffit de posséder beaucoup d’argent pour tout gagner. Je vous répète, aujourd’hui, qu’aussi important que soit l’argent pour une campagne, ce ne sont pas seulement les fonds que l’on fait circuler qui font hisser le candidat au sommet. Pour gagner en politique, pour ne pas perdre, les gens organisés sont aussi importants sinon plus importants que les fortunés. »

Il est bien sûr évident que toute ressemblance entre ces deux textes que 29 ans séparent ne peut être que fortuite.

Notes

[1] NDLR : Les sommes indiquées dans l’article sont entendues en francs CFA de l’époque, soit non dévalués et auxquels il faut bien entendu ajouter l’inflation des quelques trente années qui nous en séparent.

[2] In « La Semaine Africaine » N°2798 du 10 juin 2008

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