La lutte contre les malversations, la corruption et la kléptomanie est le nouveau cheval de bataille de Sassou Nguesso. Le projet d’assainissement est sympathique. Mais il est diabolique, quand, notamment, on en exclue ceux qui, justement, tirent les ficelles. A quoi rime cette brettelle du "chemin de l’avenir" ? Indubitablement, Sassou Nguesso veut séduire le FMI, la Banque Mondiale et la communauté internationale dans un but précis : valider a posteriori son éligibilité au statut des PPTE.

« L’homme des masses » (entendez Sassou) aurait pu se passer de cette comédie humaine. A plus forte raison quand on sait qu’avec lui, gouverner, ce n’est pas prévoir, mais être imprévisible. Finie, la tambouille politique ? Au menu, désormais, il n’y a plus qu’un seul plat : la surprise du chef.

Les métastases de la corruption

L’opération « mains propres » menée par Alphonse Nzoungou et Yvonne Kimbémbé va-t-elle mettre un terme à plusieurs années de malversations financières ? Sera-t-elle en mesure de creuser l’abcès de la corruption ? Le système économique est gangrené par le phénomène de la corruption. Un phénomène qui a généré des métastases. La corruption est devenue une véritable tumeur. Les scandales financiers qui éclaboussent l’entourage du Président sont légion au Congo-Brazzaville. De la régie financière au secteur pétrolier en passant par la téléphonie, les eaux et les forêts, les malversations financières ne se comptent plus. On vole à ciel ouvert. En toute impunité. Partout, chose curieuse, des hommes du Président Sassou sont impliqués dans des affaires de corruption. Sans être inquiétés par la justice. Le secteur pétrolier, contrôlé exclusivement par le clan au pouvoir, est devenu le terreau par excellence de la corruption, les malversations et la concussion.

Mauriciens embastillés

Pour avoir mis à jour un détournement de plus de 10 millions de dollars, deux Mauriciens de la filiale congolaise de la société pétrolière Chevron ont été arrêtés à Brazzaville. Leur tort ? La révélation d’une opération financière frauduleuse impliquant une banque congolaise en marge d’une transaction visant à permettre au gouvernement central du Congo-Brazzaville de prendre le contrôle de la filiale congolaise de Chevron. Une démarche qui s’est concrétisée le 11 Décembre 2009 (AFP, 12 Janvier2010). Les Mauriciens de la firme Chevron, contrôleurs de gestion, auraient commis un crime de lèse majesté. Au Congo-Brazzaville, il est interdit (une règle non écrite évidemment mais, scrupuleusement respectée et exécutée par les compagnies pétrolières et les sociétés forestières) de faire obstruction aux intérêts du clan au pouvoir. Telles les sociétés où sévit la mafia.
Le secteur de la téléphonie n’est pas resté en marge de la corruption. Il a été infecté par les métastases de la corruption. Il a été érigé en nouveau fromage du Congo-Brazzaville. Pour le clan au pouvoir, il était hors de question de laisser échapper cette manne financière. Une manne qui tombe du ciel comme par hasard. Les hommes de Sassou-Nguesso, qui ne manquent pas d’imagination, se sont très vite mis au travail. Sans scrupule. Les communications téléphoniques vers le Congo-Brazzaville sont devenues subitement plus chères en raison d’une nouvelle taxe sur les appels entrants. Une taxe qui rapporterait la bagatelle de 12 milliards de francs CFA (Mwinda, 7 Janvier 2010).

Sassou le parrain

Il y a eu le réseau mafieux du ciment (autour d’Adelaïde Mougany) qui laissait filer le prix de la tonne. Il y a eu le réseau mafieux des hydrocarbures qui organisait la pénurie de l’essence dans le pays. Il y a eu le réseau mafieux du transport aérien qui a désorganisé le trafic des vols intérieurs assurés par des sociétés privées créées ex nihilo. Il y a eu la mafia de la dette autour des fonds vautour congolais qui saignent sans vergogne le trésor public. Voilà à présent la mafia du téléphone mobile, un secteur fort juteux et à très forte croissance où les proches de Sassou Nguesso ne seraient d’ailleurs pas absents.

Quoiqu’ilen soit il est un fait. Tout est possible aujourd’hui au Congo-Brazzaville où la corruption et les détournements à tous les niveaux gangrènent l’appareil d’Etat.
Ni l’introuvable Commission nationale de lutte contre la corruption, la concussion et la fraude présidée par le brave et sympathique Alphonse Nzoungou, ni la Cour des comptes et de discipline budgétaire et les bons sentiments de Madame Yvonne Kimbembé, ci-devant Procureur général près cette Cour n’y feront absolument rien. Pour une bonne et simple raison : le loup est dans la bergerie. On vous laisse imaginer le carnage au cœur même d’un système qui garantit d’avance l’impunité à tous les fraudeurs parce que soit les prédateurs circulent au sein de la horde familiale au pouvoir soit alors ils y ont leurs protecteurs.

Les Al Capone du système vénal

Jean Jacques Bouya et Hubert Pendino pour les BTP, Denis Gokana et Etroubeka pour le secteur pétrolier, Albert Ngondo pour le Trésor public, Jean Dominique Okemba et Norbert Dabira pour les contrats militaires, Henri Djombo pour les espèces sylvestres, Rigobert Maboundou et Macaire Nzomono pour les intérêts du lobby agro-industriel, Colonel Otina pour la CREF avec la vraie fausse mutuelle des retraités, Jean François Ndéngué pour la protection des hommes d’affaires véreux pris la main dans le pot de confiture, Thierry Moungalla et Yves Castano pour la téléphonie représentent le panel des Al Capone locaux. Voici la vérité : corruption, concussion, kleptomanie et fraude constituent le sel même du système de Sassou Nguesso sans lequel le plat du Chemin de l’avenir serait sans saveur. Donc indigeste.

D’où l’impérieuse nécessité d’une opération « mains propres » au Congo-Brazzaville. Il faut nettoyer les écuries d’Augias. Toutes les prisons du Congo-Brazzaville ne suffiraient pas à contenir ce beau monde qui tire ce pays vers les bas-fonds.

Benjamin BILOMBOT BITADYS