Assises Nationales du Congo - Association Loi 1901, déclarée à la Préfecture de Police de Paris, Récépissé n°W7512246551 du 20 mai 2014
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Paris le 15 avril 2017

LETTRE OUVERTE AUX CANDIDATS À L’ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE

Mesdames, Messieurs les candidats,

Nous démocrates (intellectuels, cadres, ouvriers, étudiants, élèves, citoyens Français et Congolais), installés en France, rassemblés autour des Assises Nationales du Congo, venons par cette lettre ouverte, nous adresser à votre conscience profonde pour que vous vous prononciez publiquement sur les implications passées, présentes et futures de la politique africaine du pays des droits de l’homme qu’est la France.
Nous récusons votre silence au stade actuel de la campagne électorale ; silence qui semble entériner les drames politiques, humains et économiques qui se déroulent, au vu et au su de tous, en République du Congo (Brazzaville) ; ce pays que l’histoire a lié à la France, ayant été le sanctuaire de la résistance et de la résilience françaises autour du Général Charles De Gaulle, dans un moment sombre de l’histoire de la France et, qui est considéré par les spécialistes des relations internationales comme l’une des pièces maîtresses du pré-carré français en Afrique.

L’Empereur Hailé Sélassié dans son discours à la tribune des Nations Unies le 4 octobre 1963 avisait avec gravité : « Tout au long de l’histoire, il y a eu l’inaction de ceux qui auraient pu agir ; l’indifférence de ceux qui auraient dû en savoir plus, le silence de la voix de la justice quand il importait le plus qu’on l’entende ; qui a rendu possible que le mal triomphe ».

Mesdames, Messieurs les candidats,

Le Congo Brazzaville ploie, depuis plusieurs décennies, sous le joug de la dictature féroce de Monsieur Denis Sassou Nguesso, revenu au pouvoir par un coup d’État sanglant en octobre 1997 avec l’onction de la France. Il poursuit à ce jour, au prix des larmes et du sang des Congolais, son projet de « président à vie  » cumulant ainsi plus de 33 ans à la tête du pays.

A titre d’illustration, les populations congolaises subissent, depuis plus d’une année, un véritable état de siège militaire et policier pour avoir rejeté dans les urnes ce régime tyrannique au premier tour de l’élection présidentielle anticipée, organisée à huis clos le 20 mars 2016. C’est particulièrement le cas des populations du département du Pool.
Ces populations sont victimes d’intenses bombardements et d’exactions constitutifs de crimes de masse, crimes contre l’humanité au prétexte de la traque d’une prétendue rébellion, en réalité une frange de la population opposée au règne monarchique. Entre autres effets de ces violences d’une inhumanité inqualifiable, on déplore l’expulsion forcée des habitants de plus de 250 villages, contraints à l’errance dans les forêts, à l’exil intérieur ou simplement à la mort due à la précarité, la maladie, la malnutrition, lorsqu’il ne s’agit pas d’une balle ou d’un éclat d’obus qui met un terme à la vie de ces populations devenues du « bétail humain  », sans la moindre assistance humanitaire nationale ou internationale. Et que dire de la fermeture des écoles, la destruction des biens, l’arrêt total des activités paysannes et de toute autre activité économique…

Pour les mêmes raisons, des candidats à l’élection présidentielle et leurs proches collaborateurs, des responsables politiques et de la société civile ainsi que plusieurs centaines de jeunes gens, sont arbitrairement et illégalement emprisonnés dans des conditions inhumaines. Les récents rapports de l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH), du Secrétariat d’État Américain ainsi que ceux des organisations internationales des droits de l’homme les plus crédibles (FIDH, Amnesty International, IVERIS « Institut de Veille et d’Étude des Relations Internationales et Stratégiques », Médecins sans Frontières, UNHCR ...) en font état.

Mesdames, Messieurs les candidats,

A travers votre engagement, l’ambition qui est la votre de relever les défis multiples posés à la France est de surcroît légitime. Parmi ces défis, on ne peut plus ignorer la relation avec l’Afrique francophone. Mais vous omettez de l’évoquer publiquement.
Aujourd’hui, pour garantir la paix dans le monde, les Nations-Unies et la France sont préoccupées de façon sélective par les situations politiques et sécuritaires de nombreux pays en Afrique et ailleurs dans le monde. Pourquoi donc pratiquement jamais le Congo Brazzaville ?

Comment, en dehors du rôle avéré de la françafrique, comprendre l’indifférence sinon l’inaction et le rôle négatif de la France qui, d’ordinaire, fort de son droit de veto, influence la prise de position du Conseil de Sécurité des Nations Unies lorsque des périls humains s’annoncent et implicitement, de l’organisation de la francophonie et de l’Union africaine comme l’attestent, entre autres, les cas de la Côte d’Ivoire et de la Lybie en 2011, du Mali et de la Centrafrique en 2013.

Faut-il encore continuer à taire les conséquences néfastes de ce statut quo sous le prétexte désormais brandi du respect de la souveraineté, de la non-ingérence qui s’assimile à un vil mépris des peuples opprimés et martyrisés ? Y’aurait-il un lien entre le fait que depuis 1997, la France, notre premier partenaire, dirige le Département des Opérations de Maintien de la Paix (DOMP) de l’ONU, et que depuis lors, l’ONU s’est refusée de prendre une quelconque résolution sur la République du Congo malgré la gravité des drames humains qui s’y déroulent ?

La France a toujours su préserver ses intérêts au Congo. Peut-elle s’exonérer de sa part de responsabilité sur les conséquences multiformes qui en découlent ? Peut-on dissocier les problématiques aujourd’hui préoccupantes de l’immigration, de la moralisation de la vie publique en France et en Afrique avec l’imposture du maintien des dictatures ?

Face à l’histoire, vous avez le devoir moral de relever que le soutien et la perpétuation du règne tyrannique des dictatures est aujourd’hui l’une des causes majeures de l’instabilité politique, des guerres civiles, des crimes humains et économiques.
L’immigration africaine, thème récurrent pendant cette campagne, illustrée par la fuite des cerveaux, l’exode des couches juvéniles, qualifiées ou non, touche près de 45% de médecins formés au Congo. Ces migrants désespérés, fuient l’enfer de la terreur pour retrouver un peu de liberté, d’humanité et de bien-être.

Ces drames qui surviennent aux portes de l’Europe dans une quasi indifférence, le seront encore longtemps, si la France ne s’engage pas, de manière raisonnable, dans le cadre de l’Union Européenne, à y apporter des solutions adéquates. Quand on sait qu’en 2050, un habitant de la planète sur quatre sera un Africain.

Et, tout comme dans le combat contre le terrorisme, ce fléau qui met en péril les nations, la meilleure arme est l’affirmation des principes démocratiques qui, seuls, garantissent le droit des peuples de choisir leurs gouvernants conformément à leurs attentes.

Mesdames, Messieurs les candidats,

Nous vous exprimons, ici et maintenant, nos interrogations sur les choix compromettants de la France, traduits par une diplomatie économique sélective, aux antipodes des valeurs universelles de liberté, de démocratie, des droits des peuples. Ces choix ne ruinent-ils pas le patrimoine historique de la France, cette France éternelle, jadis, promotrice de la civilisation de l’universel, celle des lumières ?
Oui ! Le peuple français a le devoir de solidarité et de fraternité vis à vis du peuple frère congolais, aujourd’hui meurtri par la négation de son humanité.

Oui ! Cette relation singulière entre la France et le Congo, ne trouve-t-elle pas toute sa résonance dès le 27 octobre 1940, à Brazzaville, une date majeure pour notre histoire commune ?

Lorsque «  ses frontières, son empire, son indépendance et jusqu’à son âme sont menacés de destruction  », dixit le Général de Gaulle, c’est sur le territoire du Moyen Congo que la France résistante lance, le 27 octobre 1940, le Manifeste de Brazzaville, texte fondateur créant le Conseil de Défense de l’Empire, qui fit de Brazzaville la Capitale de la France Libre.

On ne le répétera jamais assez : c’est en terre congolaise que se décida, de manière irréversible, la trajectoire de la libération de la France occupée.

Voilà donc que le mutisme observé sur la République du Congo, est une offense à notre histoire commune et à la mémoire collective.

Mesdames, Messieurs les candidats,

Il ne s’agit pas, pour vous et nous, de nous replier dans le repentir, ni de verser dans les récriminations, mais de revisiter, sans tabous, les trames les plus positifs de notre passé commun et de regarder avec lucidité les défis qui se présentent à nous tous.
La France, en accompagnant d’abord le coup d’État qui ramena Mr Sassou Nguesso au pouvoir en 1997, avait interrompu le processus de démocratisation engagé en 1992 à la suite d’une Conférence Nationale Souveraine (CNS) inspirée pourtant par la position française défendue par le mémorable discours de La Baule du Président François Mitterrand. En tolérant subtilement le sieur d’organiser un référendum anticonstitutionnel, le 25 octobre 2015, les autorités françaises ont ruiné l’espérance et l’alternance démocratiques pourtant proclamés avec éclat aux sommets de la Francophonie de Kinshasa (2012) et de Dakar (2014).

Non ! Les convictions partagées par le Général De Gaulle, dans son combat de résistant, demeurent vives dans nos esprits pour admettre une telle méprise qui dure depuis vingt années. « … Pendant les terribles années, Brazzaville fut le refuge de notre honneur et de notre indépendance, et Brazzaville restera l’exemple du plus méritoire de l’effort français… », affirmait-il déjà le 30 janvier 1943, avant de signaler en août 1958 qu’il « … s’est retrouvé à Brazzaville par une sorte de destin commun, et qu’avec les territoires africains, la France libre s’est levée pour la cause de la liberté ».
Ces paroles retentissent au plus profond de nos cœurs comme des ferments pour que les générations franco-congolaises actuelles puissent clore, dans la perspective d’un contrat renouvelé, réadapté aux temps actuels, cette parenthèse sombre et macabre de l’ère Denis Sassou Nguesso à laquelle nos deux peuples ont participé.

Mesdames, Messieurs les candidats,

Nous sommes convaincus que vous répondrez en toute responsabilité aux cruciales questions que vous ne pouvez plus ignorer :

– L’affirmation de la démocratie véritable en Afrique serait-elle un obstacle à une coopération fructueuse et protectrice des intérêts réciproques avec les pays d’Afrique, en l’occurrence avec la République du Congo ?

– La relation de la France avec les pays africains peut-elle demeurer tributaire des intérêts des lobbies et réseaux opaques qui, au fond, sont le creuset de la corruption, de l’affaiblissement des vertus républicaines et du pourrissement moral de la vie publique en France ?

– Les mauvais choix de la France officielle face aux revendications démocratiques des peuples d’Afrique francophone ne sont-ils pas la cause réelle du déclin de la Francophonie aujourd’hui ?

Tant d’autres questions se posent sur la coopération militaire et sécuritaire avec les dictatures, l’indépendance de la justice (biens mal acquis et autres crimes économiques, disparus du beach et autres crimes de sang planifiés)...
En tout état de cause, l’orientation politique actuelle de la France jette une pénombre sur le lumineux engagement de liberté inauguré à Brazzaville pendant et après la seconde guerre mondiale. C’est pourquoi, nous signataires ci-dessous, attendons du prochain président élu, une prise de position ferme sur le rétablissement de l’état de droit et de la démocratie en République du Congo.

Que ce moment phare de la démocratie conforte cette nécessité historique de l’alternance politique dans le monde. Puisse votre élection contribuer au renouvellement régulier et pacifique des dirigeants librement choisis par leurs concitoyens, en Afrique et au Congo.

Veuillez croire, Mesdames, Messieurs les candidats en l’expression de notre engagement au service d’un progrès humain solidaire.

Paris le 15 avril 2017

LES SIGNATAIRES

Jean-Edouard SATHOUD, Enarque, Ancien Vice-Gouverneur de la Banque Centrale (BEAC) ; Mâwa-Kiese MAWAWA, Physicien, Universitaire, Ancien parlementaire ; Marcel ABIGNA, Universitaire ; Alexis Richard MIAYOUKOU, Economiste-Consultant, Ancien parlementaire ; Noël Magloire NDOBA, Économiste, Universitaire, Ancien Doyen de la Faculté de Sciences économiques ; Ferdinand-Justice MOUKALA, Juriste, Conseiller en Gestion du Patrimoine ; Benjamin TOUNGAMANI, Universitaire, Enseignant ; Anthyme BAYIMINA, Ancien cadre de la Banque Africaine de Développement ; Dominique EBIOU, Universitaire, Enseignant ; Jean-Joseph William OTTA, Ancien ministre ; Benoît KOUKEBENE, Ancien Ministre ; Joseph OUABARI MARIOTTI, Ancien Ministre ; Antoine Page KIHOULOU, Conseiller en Insertion professionnelle ; Eric PANTOU, Avocat au Barreau de Paris ; Marc MAPINGOU, Homme politique ; Marcel TOUANGA, Colonel à la Retraite ; Simon Pierre MOUSSOUNDA, Colonel de l’armée ; Djess Maurice KIBANGOU, économiste ; Jean-Claude SANGOU, Electronicien ; Yvonne KIMBEMBE, Juriste ; Grégoire GAYINO, Enseignant retraité ; Justin DANDILA, Juriste ; Justin BALONGA, Juriste ; Clarisse TATY, Enseignante, Ecrivaine et artiste ; Jeanne BOUANGA, Economiste Gestionnaire ; Eugène-Fernand LOUBELO, Universitaire, Enseignant-Chercheur ; Sébastien MATSIONGO, Universitaire, Philosophe ; Anicet MAPA ; Andréa GOMBET MALEWA ; François MISSENGUE ; Jean-Benoit DZABA, Chef d’entreprise ; Donald Pontys NGOUMA De MANGOUBI ; Claudine Laurence MALONGA ; Jean Bruce PAMBOU MALONDA ; Fabrice MAFOUANA ; Prince KITEMO ; Rock BANZOUZI ; Olivier BOUNGUISSA ; Albert SATHOUD ; Pierre MAKANGA ; Pauline TSIDEKELE ; Noël-Emmanuel LONGUY ; Living SIHYAYOS ; Guy-Aurélien MANKESSY (Lettre du Pool) ; Michel NSANGOU ; Moïse SONGUEMAS-MATE ; Guy Sosthène MYAMBALLAT ; MASENGO Ma Mbongolo ; Michel PANDI, Docteur, Pharmacien ; Charles MADEDE ; MINGUA Mia BIANGO (Congo-Liberty) ; Cyriaque BABELLAT, Fonctionnaire ; Benjamin MOUTSILA, Enseignant Retraité ; Roger BABIMBA, Fonctionnaire ; Désiré BITOUMBOU, Juriste ; Prosper MOUANDA MOUSSOKI, Juriste, Enseignant ; François MISSENGUE ; Juste WAMBA, Journaliste, Olivier BIDOUNGA ; Marie-Albert COLELAT, Universitaire à la Retraite.