Une grande dame de la presse congolaise, Marie-José Mathey, a tiré sa révérence ce jeudi 6 novembre 2014 à Paris.

Formée à l’Ecole de journalisme de Lille, Marie-José Mathé a fait ses débuts à l’ORTF. Sa voix charmante, son élocution, son intelligence attirèrent l’attention des gouvernements de son pays le Congo, de l’Abbé Fulbert Youlou à Marien Ngouabi en passant par Alphonse Massamba-Débat. Elle incarna la représentation de la presse féminine après la fin de la mythique Radio-Brazzaville.

Sous le gouvernement Marien Ngouabi, elle occupa la fonction de directrice de la presse présidentielle pendant neuf ans. L’histoire murmure que durant la brutale crise relative aux évènements du 18 mars 1977, ses yeux auraient vu des choses qu’elle n’aurait pas dû voir et, ses oreilles, entendu des conversations qu’elle n’aurait pas dû entendre. En tout cas, n’eut été une puissante protection au sommet de l’Etat, elle serait passée à la barre au procès de 1978, avec toutes les conséquences que cela supposait.

Mais les représailles ne se firent pas attendre. Quand la page M. Ngouabi est tournée, elle sera envoyée en ex-RDA en qualité « d’ambassadrice des femmes révolutionnaires  » (Urfc). Etant donné la conjoncture politique, la promotion en Allemagne de l’Est avait les allures d’un exil doré. On voulut éloigner un témoin gênant d’une scène de crime qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

Le séjour allemand sera de courte durée. En 1981 elle « passe à l’Ouest », à Paris, où elle occupera le poste de fonctionnaire des Nations Unies pour l’Unesco, jusqu’à sa retraite.

Hasard onomastique ou non, elle fut aussi belle que l’actrice française Marie-José Nat et affichait (en plus d’être jolie physiquement) le professionnalisme d’une Christine Ockrent.

Don des langues

Polyglotte, son savoir-faire lui valait l’admiration des chefs d’état contemporains. L’Empereur Bokassa et le maréchal Mobutu tombaient en admiration devant ses talents d’intervieweuse dénuée de complexe. Elle a interviewé avec une aisance sans pareil les grands de ce monde dont Kurt Waldheim, secrétaire général des Nations Unies. Ses parfaites connaissances linguistiques s’étendaient des langues de chez nous au sango centrafricain, voire le sara tchadien.

Marie-José Mathey était âgée de 76 ans. Elle a souffert d’un cancer qui l’a rongée durant six ans. La grande dame laisse sept enfants, dont Robert Aimé Mathey auquel la rédaction de Congopage adresse toutes ses condoléances, ainsi qu’à toute sa famille, notamment le grand artiste, Fredy Kébano.

Ses obsèques auront lieu le 18 novembre en France.

Simon Mavoula