Le “bondélage” honteux de Sassou Nguesso à Ntumi

Le « bondélage  », vous connaissez ? - du substantif lingala, ko bondéla . Je pense que nombre d’entre vous ne sauront pas définir ce mot qui signifie : tendre la main à son ennemi.

En effet, après une dispute ou une bagarre qui abimait nos journées, nous, de la vieille génération, avions la sale et mauvaise habitude de devenir des ennemis. On ne devait plus se parler. On ne devait plus jouer ensemble ou se partager un bout de pain pendant une certaine période.

Et, la personne qui était la première à tendre la main à son ennemi était couverte de toute sorte d’injures et de moqueries. C’est donc cette fin des hostilités que nous appelions « bondélage ».

Nous prenions celui qui capitulait pour un lâche parce que nous pensions qu’il fallait rester ennemis pendant une longue période. Nous étions trop jeunes et ne savions pas lever le drapeau blanc, ne connaissions pas le pardon et l’humilité. Je baisse ma tête, pose ma main droite sur ma poitrine et ferme mes yeux. Je confesse !

Mais, ce « bondélage » que nous avions critiqués et pris pour une faiblesse hier, peut-il continuer d’être pris aujourd’hui comme un déshonneur ?

Main tendue de Sassou à Ntumi : acte de courage ou lâcheté ?

Je sais que les avis seront partagés sur le cas précis de Denis Sassou Nguesso qui aujourd’hui, tend la main à Ntumi et ses miliciens, et veut négocier avec eux, alors que hier, hier seulement, ils les a tous traités de terroristes.

Peut-on donc tendre la main ou négocier avec un terroriste qui détruit les ponts construits sur une route lourde ?

Cette question, je voudrais la poser au premier ministre, Clément Mouamba, au ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Thiery Lezun Moungala, et à tous les jusqu’aux-boutistes de la Mouvance présidentielle qui ne voulaient pas entendre parler du dialogue national. Pourtant, je voudrais épargner mon très cher collègue du lycée, Asie Dominique de Marseille, qui doit encore être sous le choc des élections législatives.

Pourtant, depuis que Sassou Nguesso a demandé au président de son assemblée d’amorcer le dialogue avec Ntumi et mis en route le roi des Batéké et Mgr Louis Portella, aucune démission n’a été enregistrée ni au gouvernement ni au Parti congolais du travail, le parti de Denis Sassou Nguesso. Encore moins dans les rangs de la majorité présidentielle où on attendait qu’Elvis Okombi Ntsalissa donne le ton, lui qui était le premier à s’opposer au dialogue avec Ntumi après la rencontre de Sassou Nguesso avec les sages du Pool.

Cependant, si certains diront que le « ko bondéla  » est un acte courageux ; d’autres comme Elvis Okombi Ntsalissa, s’il ne change pas de point de vue aujourd’hui, diront que c’est une lâcheté. C’est un acte qui affaiblit l’Etat.

Pourtant, beaucoup d’autres personnes sont encore dans le questionnement et le doute. Elles n’en reviennent pas ; elles ne croient pas à cette main tendue. Parce que le bondélage de Sassou Nguesso à Ntumi sent le roussi.

Néanmoins, elles doivent regretter la mort du Dr Misonsa ; elles demanderont volontiers à tous ceux qui sont au pouvoir au Congo Brazzaville d’aller, chacun, consulter un psychiatre.

Parce que comment comprendre qu’ en l’espace de quelques mois, alors qu’ils avaient, au cours d’une rencontre avec les sages et les rois des Loango ainsi que ceux des Batékés, brillé par l’arrogance et la fanfaronnade, traitant ainsi Ntumi et ses miliciens de terroristes, et que brusquement comme par miracle ou par enchantement à l’issue d’une autre rencontre : celle-ci avec des soi-disant sages du Pool, le département en guerre, qu’ils parlent de négociations avec eux, après tant de morts et de dégâts matériels ?

Alors que depuis le début de cette crise, les partis politiques de l’opposition, la société civile et les personnalités religieuses n’ont fait que demander ce dialogue, en vain.

Quelles seraient les raisons de ce brusque revirement ?

D’emblée, il faut signaler que si Sassou Nguesso tend la main à Ntumi et à ses partisans ce n’est pas parce qu’il veut faire la paix, dialoguer et réconcilier les Congolais entre eux ; mais parce qu’il a le dos contre le mur et craint, par ailleurs. d’être emporté par la grogne qui va grandissante dans tout le pays. Il n’arrive plus, en réalité, à cacher sa panique face à l’ampleur de la crise politique, économique, financière et sociale que connaît le Congo. Il ne compte que sur la violence et la corruption comme l’indique cette information publiée dans les réseaux sociaux : «  Sur les deux milliards de francs CFA qui se trouvaient dans la caisse du trésor public – soit un peu plus de 3,7millions de dollars US. La répartition prioritaire et au compte goute est la suivante : 268 millions de CFA ont été remis à madame Sassou dans le cadre de Congo assistance (priorité au lobbying et à l’achat de conscience), 450 millions de CFA au Burundi (priorité aux mercenaires burundais), 320 millions CFA à la DGSP ( priorité à la police politique et à la sureté du régime), 310 millions de CFA au domaine présidentiel (priorité à l’apparence présidentielle) et 300 millions à la garde prétorienne (priorité à la sécurité du tyran).  »

Aussi, Sassou Nguesso n’est pas sûr d’obtenir la totalité du fonds d’aide demandé au Fonds monétaire international qui pourra le permettre de tenir bon jusqu’à la remontée du prix du baril du pétrole.

Le Fmi va-t-il exiger un gouvernement d’union nationale ?

Bien que le Conseil d’administration du Fmi ne se prononcera sur la demande du Congo qu’en février de l’année prochaine (2018), une grosse rumeur sort déjà des couloirs de cette institution financière internationale.
Elle fait état du dialogue avec la vraie opposition et la formation d’un gouvernement d’union nationale pour gérer le fonds d’aide, vu la mauvaise gouvernance de Sassou Nguesso.

C’est ainsi que devant le déclin inattendu de son pouvoir et le tableau triste qui se dessine dans le ciel congolais, mais aussi les deux principales conditions que poserait le Fmi avant de débloquer le fonds, Denis Sassou Nguesso panique et s’agite. Il veut courir plus vite que tous les Congolais comme dans le débat sur le changement de la constitution en 2015. Il veut anticiper pour dire au Fmi et à la communauté internationale que la paix est revenue dans tout le pays, notamment dans le département du Pool, et le dialogue avec l’opposition a eu lieu.

Devant cette énième ruse de Sassou Nguesso à laquelle les Congolais sont habitués, le destin du Congo est mis entre les mains de Ntumi qui a deux options.

La première est d’aller seul au dialogue avec Sassou Nguesso. Ce qui va avoir comme conséquence majeur le statut quo. Sassou veut dépoussiérer la stratégie de 2000 lorsqu’il avait signé un accord de paix avec Ntumi.
Cette stratégie avait réussi puisqu’ elle lui avait permis d’écarter de la scène politique Bernard Kolelas qui était reconnu comme vrai et grand opposant.

Sassou Nguesso réhabilite Ntumi pour être reconnu comme un homme de paix

Sassou Nguesso réhabilite donc Ntumi pour faire croire à la communauté internationale qu’il est vraiment un homme de paix et est toujours capable de pardonner ses ennemis.

A l’issue de ce scenario, Ntumi aura donc quelques ministres dans le prochain gouvernement et réussira à ramener la paix dans le Pool ; mais aussi à faire sortir de la maison d’arrêt et de toutes les prisons ses partisans qui y croupissent.

Pourtant, dans cette option et pour prendre Ntumi aux sentiments, Sassou Nguesso pourra lui signifier la plainte sur la guerre du 5 juin 1997, portée contre lui par les avocats français d’origine congolaise, et lui donner beaucoup de moyens financiers pour réparer tous les dégâts enregistrés dans ses affaires, notamment la reconstruction de ses églises.

Aussi, pourrait-il lui dire pour le convaincre que « tu as été dans la brousse, personne d’entre les opposants n’est venue te soutenir. C’est avec toi. Toi seul que j’ai fait la guerre. Et, la paix, c’est avec toi, toi seul que je vais la faire. Le dialogue national, c’est donc une affaire entre toi et moi. »

Cependant, pour protéger Ntumi contre la plainte des avocats français, Sassou Nguesso pourra promettre à Ntumi son parapluie qui est la constitution de 2015 qui protège le président et les dignitaires de son pouvoir contre toutes les poursuites judiciaires pour les crimes et les délits commis dans leurs fonctions.

Deuxième option : Ntumi, s’il veut sauver le Congo et les Congolais, pourra exiger la libération de tous les prisonniers politiques et la tenue d’un dialogue national sous l’égide de la Communauté internationale.

Dans cette deuxième option, Sassou Nguesso perdra le pouvoir parce que trois hypothèses seulement sont possibles : le respect de la Constitution de 2002 et l’organisation des élections générales anticipées ; la reconnaissance de Sassou Nguesso comme Président de fait et la nomination d’un premier ministre issu de l’opposition pour diriger une transition, ainsi que mettre le Congo sous tutelle des Nations unies pendant une certaine période jusqu’à l’organisation des élections générales.

Mais, Ntumi résistera-t-il à la corruption et à toutes les promesses politiques que lui fera Sassou Nguesso ? Sans le savoir, Sassou Nguesso a donné à Ntumi la clé non seulement de la sortie de la crise ; mais aussi celle de la porte qui pourra le mettre dehors.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain