« La force de la cité n’est pas dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère des ses hommes. » . Thucydide, historien grec.

L’évènement, annoncé de longue date, était attendu avec fièvre et chaleur. La nuit du Pool a finalement eu lieu. Le caractère trempé de ses fils a triomphé. Ce fut une nuit blanche, un «  songe d’une nuit d’été » aurait dit Shakespeare car les fils de cette région en rêvaient depuis de lustres, depuis que le département a vu des bombes pleuvoir sur ses habitants.

Au départ, le concept, assez identitaire, il faut le dire, a suscité un sourire sur la commissure des lèvres chez les Cassandres. « Encore une expression d’intégrisme » ont cinglé les esprits chagrins pourtant, d’ordinaire, muets comme des carpes quand d’autres ressortissants congolais se regroupent autour de leur matrice régionale.

Un intellectuel congolais (paix à son âme) avait déjà senti le danger dans les années 1996 : « Une lettre confidentielle à mes frères du Pool prêterait invinciblement le flanc à une critique maligne de certains milieux. On la brandirait volontiers comme la preuve surnuméraire d’un esprit anachronique et frileux, professant un repli morbide sur soi quand la vocation du pool est "commerçante", c’est-à-dire tourné vers l’extérieur. »

Le sabordage ne s’est pas fait attendre. La même date, l’adversaire a instauré la parade. En effet « Le 25 mai, en début d’après-midi, la salle République de l’hôtel Mercure Paris Pantin a accueilli le public parisien pour suivre l’argumentaire de Clotaire Ouelo Louangou à propos de ce qui, à ses yeux, semble n’être « qu’une illusion mythomaniaque » », suite à sa lecture du livre de Dominique Kounkou dans lequel celui-ci a écrit que « dans toute l’histoire politique du Congo, les Laris ont connu persécutions, crimes et génocide  » (Les Dépêches du 27 mai 2019)
Vous parlez d’un contre-feu. C’est que, locomotive capable d’entraîner tout le Congo, le Pool effraie tous ceux qui s’amusent de conduire à la banqueroute. C’était malin d’attendre cette date pour allez remplir une salle parisienne où, précisément, s’est alimenté un débat sur le déni de crime contre le Pool ? La raison d’être de l’ouvrage du sieur Clotaire Ouelo Louangou (rapportent Les Dépêches) n’a pas échappé à la sagacité intellectuelle du lanceur d’alerte, Antoine Page Kihoulou. « C’est un livre de commande » a-t-il dénoncé. Une commande, bien entendu, du clan Sassou, passé maître en bailleur de fonds quand il s’agit de se laver du soupçon de génocidaire.

Le Pool, dans l’opinion internationale

Les doctes géographes n’ont jamais fourni une explication rationnelle de la toponymie de nos territoires. D’où vient notamment l’appellation Pool ? La connotation anglaise surprend. Pourquoi n’avoir pas retenu le syntagme « Préfecture du Djoué » ? Dans la nomenclatures postcoloniale, le territoire arrosé par le Djoué et La Loufoulakari prend inopinément le nom de Pool et ses limites géophysiques transcendent Mindouli et flirtent avec le grand Niari, aux confins d’un espace linguistique bembé (Kongo du Niari). Le Pool en question ici est une entité rétrécie et aménagée, se bornant à la structure kongo-lari stricto sensu. Ses ascendances se projettent ipso facto dans l’imaginaire mythique kongo des douze clans fondateurs du royaume éponyme. En vérité le Pool est un esprit. Ca se passe dans la tête et ça rime avec le cosmos.

L’Arlésienne

L’auteur de cet article se souvient de la réflexion d’un européen (un Français) à la fin de la conférence de Mgr Jean-Louis Portella à la Cathédrale d’Evry (Essonnes) le 28 mars de cette année : « Je connais le Congo, je n’avais jamais entendu parler du Pool » s’étonnait cet ami blanc de notre pays. L’étranger voulait sans doute dire qu’il n’était pas au courant de la tragédie du Pool alors que L’Evêque de Kinkala, Mg Louis Portella, en faisait l’objet d’une conférence et, bien que loin de Brazzaville, prenait d’incroyables précautions oratoires quand il abordait les relations entre le Pool et le pouvoir central de Brazzaville. Terra Nox (terre dans la nuit) Le Pool, Arlésienne d’Alphonse Daudet, on en parle beaucoup, mais très peu de gens sont au courant de ce qui se trame à ses dépens. Sommé par la presse de s’expliquer Sassou affirma haut et court à la face du monde qu’il n’y avait pas de problème dans le Pool. Autrement dit : « circulez, il n’y a rien à voir ! » Ca s’appelle blackout.

La terre de Nanterre

Le hasard fait bien les choses. Justement, jadis, obscure banlieue parisienne, Nanterre où a été célébrée la Nuit du Pool abrite l’Université qui fut le point de départ de Mai 68. Plus de quarante ans après le mouvement social qui fit trembler l’humanité, qui aurait imaginé que Nanterre servirait de base à une initiative identitaire congolaise. La société française changea après Mai 1968. La société congolaise bougera-t-elle après Mai 2019 ? Aux mânes Kongo de répondre à cette métaphysique de l’histoire. Projection historique ou illusion mythomaniaque ? Qui vivra verra.

Dans la lignée philosophique soixante-huitarde, comment ne pas penser à l’un des meilleurs intellectuels que le Pool (voire le Congo) ait jamais eu : Armand Brice Mata (rappelé trop tôt à Mpemba), plume alerte, plume verte, tordant le cou à la lange de bois sec. En 1996, peu de temps avant la guerre civile, Armand Brice Mata légua un testament à la postérité du Pool. Le titre : « Lettre à mes compatriotes du Pool. » Armand Brice Mata précéda son épitre de la citation de Thucydide : « La force de la cité n’est pas dans ses remparts, ni dans ses vaisseaux, mais dans le caractère des ses hommes. »

Prémonitoire, Armand Brice Mata coupa l’herbe sous les pieds des Cassandres en prévenant : « Une lettre confidentielle à mes frères du Pool prêterait invinciblement le flanc à une critique maligne de certains milieux. On la brandirait volontiers comme la preuve surnuméraire d’un esprit anachronique et frileux, professant un repli morbide sur soi quand la vocation du pool est "commerçante", c’est-à-dire tourné vers l’extérieur. » (Les Nouvelles Congolaises n°7 mars-avril 1996. Editions ICES.) « Il ne s’agit pas d’instrumentaliser une circonscription administrative à des fins de domination politique. Nos compatriotes du Nord l’ont appris à leurs dépens ; l’amère expérience actuelle des "hommes du Grand Niari" est un sujet de réflexion inépuisables » signalait A. Brice Mata en 1996, sous Lissouba.
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Samedi 25 mai 2019, les descendants de Matsoua n’ont rien moins fait qu’exprimer la fierté d’appartenir à la Nation Kongo. Ce sont les « bana ngo » disait Côme Mankassa (Ceux dont le totem est la panthère). Mais personne n’est dupe. Il ne s’agit pas de simple folklore ethnographique. Il s’agit d’un message destiné à qui de droit : la nuit du Pool symbolise l’attente du grand jour, quand brilleront des lendemains meilleurs. « Il ne s’agit pas d’instrumentaliser une circonscription administrative à des fins de domination politique. » Certes. Sauf que « Sol lucet omnibus ». Le soleil brille pour tout le monde. Le grand astre n’est pas l’exclusivité d’Oyo. La longue nuit du Pool et de toutes les régions du Congo doit s’achever. Le grand bonheur est célébré dans l’hymne national : à quel moment surgira-t-il dans la réalité de la vie quotidienne ? Quelle que soit la durée de la nuit, le jour finit par se lever. La chute de Sassou est le terme du pouvoir. Que ce terme soit long ou court, la chute est inéluctable.

Devine qui vient manger ce soir

Le Pool n’est pas revanchard, c’est là sa moindre qualité. Quand la diplomatie est un genre auquel le Pool est rompu, certains croient qu’il s’agit de naïveté. Les organisateurs de La Nuit ont eu l’intelligence de convier à la fête l’un des pires détracteurs de la région. Exit alors l’étiquette « d’intégriste » qu’on colle aux « bala ba yaya » . Edgar Bokilo, négationniste radical des bombardements du Pool, était de la partie sans être pris à partie par personne. C’était l’invité personnel du Pool. L’hospitalité n’est pas simple théorie dans la région de Matsoua. L’ennemi devient ami. L’invité-surprise. C’est l’inconnu de la question : « devine qui vient dîner ce soir à la maison ? »
Cigare à la main, Edgard Bokilo, drapé dans un costume bleu marine circulait au milieu de la musique comme un poisson dans l’eau. Ce fut l’une des surprises de la Nuit.
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De Michel Rapha du Ballet Lemba à Sam Mangwana l’éthique Kongo envisagé par la Nuit du Pool eut pu être totale. Kaly Diatou, D.J Sergino, Mav Cacharel, Nianzi Gaulard sont des symboles. Sam Mangwana accompagné de Balou Canta a, quelque part, démérité en pliant armes et bagages vers quatre heures du matin à la surprise générale. Etonnant ! Pour la petite histoire, issu du royaume du Grand Kongo, Sam Mangwana, congolais d’adoption, locuteur kongo-lari de surcroit, aurait pu faire une fleur à la Nuit du Pool. L’Association Nuit du Pool ne roule pas sur l’or. En tout cas pas comme les compatriotes du Chemin d’avenir capables de miser des milliers d’euros pour le mariage parisien de l’un des leurs. Sam Mangwana, ancien sociétaire du mythique Los Bachicha à Brazzaville dans les années 1960 est un Congolais fondamental. Il n’a pas, malheureusement, compris les enjeux de la soirée. Sa présence était une essence vitale à la Nuit. Coup de chapeau au général Défao, à Stino La Chorale et au Quartien Latin qui n’ont pas craché sur la symbolique.
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Miss ya Kongo
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Les filles sont belles. Le concours de beauté pour élire Miss Congo a laissé chacun sur sa faim. Faute de temps, la plus belle des filles n’a pas pu être désignée. Vous vous en doutez, toutes étaient belles et méritaient d’avoir le gros lot.

Identités remarquables

Personnalités vues dans la soirée de Nanterre : Hervé Mahicka, Tony Louya, Le Bachelor, Max Toundé, Ya Moïse, Antoine Page Kihoulou, Samba dia Nkoumbi, Aimé Robert Mathey, Massengo Ma Mbongolo (Malaki ma Kongo), Koko Waya ; Charles Madédé, Alain Kounzilat, Huguette La Moussodja, Huguette Lébanitou, Michel Ondongo-Mpandi, Alphonsine Mikouiza, Agnès Ounounou...

Simon Mavoula