La réaction à chaud du Président de la CDI au discours de fin d’année 2018 de Denis Sassou-Nguesso repose sur un indicateur politique : le mensonge d’un pouvoir dont plus personne ne veut. Menteur un jour, menteur toujours. Les années passent, les mensonges de Sassou se suivent et se ressemblent. Car l’année 2018 avec son népotisme écrasant n’aura pas été différente des années précédentes ni ne le sera de l’année 2019.

Le laïus monocorde de fin d’année 2018 de Sassou, aussi insipide a-t-il été, n’a pas laissé les congolais indifférents. Adrien Houabaloukou, Président de la CDI (Convention des Démocrates Indépendants) l’a simplement qualifié de tissus de balivernes. C’est du reste autour de ce pivot du bluff que ces fatigants messages rituels se sont généralement articulés.

La critique du Président de la CDI a d’abord allumé Sassou sur son insoutenable longévité au pouvoir depuis «  40 ans » sans que la mayonnaise ne prenne. L’homme n’est jamais enraciné dans le pays réel. Pour preuve, ce président évanescent a préféré adresser ses boniments annuels à des «  compagnons de fortune : parents, parlementaires et autres. ». Il a prêché devant des convertis comme Isidore Mvouba, triste sir, qui ne verra jamais la moutarde lui monter au nez alors que sa région, le Pool, est le foyer d’un génocide qui ne veut pas dire son nom.

Qu’a-t-il débité en vérité ?

Brazzaville vit les plus tragiques agressions écologiques jamais connues. Mais pour Sassou, il n’y a pas de quoi fouetter un chat : « L’érosion de Ngamakosso est une petite affaire qui relève d’un engagement municipal et non d’un Président de la République établi au pouvoir depuis 40 ans !  »

Quant aux délestages, le réseau électrique national est en « capacité nominale appropriée. » Or la triste réalité est que « la plupart du temps les congolais s’éclairent à la bougie. » A titre d’exemples qui éclairent cette incurie : les longs mois de coupure de courant vécus par des quartiers entiers des deux capitales, Pointe-Noire et Brazzaville ; l’incendie ayant paralysé le barrage d’Imbouilou ; les pylônes qui se sont écroulés comme le chêne de La Fontaine à Kintélé-Brazzaville.

Entre autres mensonges (fables), les prêts contractés auprès des Chinois. Pour le Président de la Convention, Sassou n’a pas dit la vérité «  sur les deux tours jumelles de 30 étages à Mpila : un don de la Chine. » Des dons qui laissent « dubitatifs  » en tant que vecteurs de développement.

Idem pour le Palais du parlement. « C’est encore un don de la Chine. » Or nous savons que la Chine n’est pas philanthrope. Elle se fait rembourser d’une manière ou d’une autre, en argent ou en nature. Au Kenya, par exemple, les Chinois ont fait un raid économique sur le port de Mombassa faute d’avoir été remboursés pour les travaux de modernisation de la ligne de chemin de fer local.

«  On ne peut pas développer un pays comme le Congo qui a des ressources naturelles énormes avec les dons de la Chine  » a tiré à boulets rouges Adrien Houabaloukou.

A quoi ça sert de se vanter que le Congo est membre de l’OPEP si les ménages n’ont qu’un « maigre repas par jour. » Le pétrole coule pour le clan Nguesso et rien que pour lui.

« Il n’y a pas de quoi pavaner sur les toits  » quand on paie à peine quelques fonctionnaires alors qu’on oublie «  le reste du peuple congolais  » déplore l’ancien candidat à la députation française.

Jadis le Congo fut la locomotive de l’Afrique Centrale. « Au Congo, le train du CFCO ne roule plus sur les rails. » Autant dire que la ligne de chemin de fer est inexploitable malgré la propagande. Il s’agit-là d’un coup de poignard au cœur de notre économie pour «  un pays de transit par vocation, avec un Port en eau profonde à Pointe Noire ; Port qui a un rayon d’action qui peut atteindre le Nigéria. » Un «  vrai gâchis ! » dit Houabaloukou dépité.

D’un côté, on observe des « éléphants blancs de l’économie congolaise : ECAir, aéroport d’Oyo, port d’Oyo, l’hôpital d’Oyo, … » ironise le Président de la CDI.
De l’autre on est abreuvé de propos d’un chef d’Etat qui parlait récemment de « poissons qui mouraient de vieillisse dans le fleuve Congo.  » (lui veut mourir de vieillesse au pouvoir)

Encore un mensonge de Sassou quand il affirme que « le port d’Oyo servirait pour la relance des activités de la pêche au Congo. » Pêche, élevage : Oyo veut passer aux yeux de Sassou pour la Vallée de la Ruhr congolaise. Habitué au goût du sang, c’est avec un plaisir jubilatoire qu’on l’a vu récemment vanter les abattoirs d’Oyo, le Guadolité du monarque de l’Alima, le Yamoussoukro de la forêt équatoriale. Voilà un mauvais modèle de délocalisation quand on sait que les abattoirs de Moukoundji-Ngouaka-Brazzaville n’ont plus jamais décapité une seule bête depuis des lustres.

Pour l’instant, le Président de la CDI attend que Sassou annonce «  une mise en place d’une politique familiale conséquente au Congo. » Il reste que Sassou n’a parlé que d’un « dispositif des filets sociaux qui concernent 10.000 congolais (es) sélectionnés. » Il s’agit bien sûr d’un mensonge.

La mémoire de Sassou flanche : «  Il a oublié de faire un bilan intermédiaire sérieux de son projet de société sur le lequel il s’était imposé à la tête du Congo : la marche vers le développement  » tance A. Houabaloulou.

Sassou, bien qu’amnésique, ne s’est pas moins rappelé d’une idée de La CDI à savoir : « c’est le travail qui est à la base de la création de la riche dans un pays et non l’emploi. »

«  Je lui épargne le détail de 350 emplois des jeunes congolais (es) » dit, indulgent, l’opposant congolais.

Menteur et fantomatique : le Président de la CDI qualifie ainsi Sassou, Président « fantôme à Brazzaville passant son temps à regarder les vaches à lait de la ferme d’État de Mbombo près d’Oyo. Et, par la suite venir s’étonner au grand matin en conseil des ministres de la disparition des agents de l’État dans la nature. Là, il y a un gros souci dans la gestion de l’État !  »

Enième mensonge : « La Conférence Nationale Souveraine n’avait jamais été servie sur un plateau d’argent par Sassou.  » Nous savons qu’elle lui coûta son fauteuil en 1991.

Au sujet de la manipulation, plat adoré de Sassou, A. Houabaloukou est catégorique : « Martin Mberi ne sert que de… décoration homéopathique pour aveugler la communauté internationale sur le dialogue au Congo. »

Quant à l’art de scier la branche sur laquelle on est assis : « Ne pas vouloir suivre les recommandations du FMI sur la bonne gouvernance, Denis Sassou Nguesso bloque un appui financier nécessaire pour la relance du développement économique et social de notre beau pays, le Congo. »

Adrien Houabaloukou conclue son commentaire de texte en enfourchant son cheval de bataille : «  Il incombe au peuple congolais de suivre le chemin tracé par la première Conférence Nationale pour imposer la seconde : la Conférence Nationale Bis au Congo. »
Cette proposition est faite sur arrière-fond d’autres options : l’élection, le coup de force...
Les Congolais auront-ils la patience d’attendre 2021, remake de 2016 ?

A bon entendeur...

Fidèle aux conventions, le Président de la CDI a ensuite adressé au Peuple ses vœux de nouvel an 2019.

Simon Mavoula