Drôle de fin de semaine et de fin de mois de février 2020 au Congo-Brazzaville qui en a vu des mûres et des pas vertes en matière de corruption, de malversations financières et de détournements de fonds.

Les conseillers municipaux de la ville capitale Brazzaville ont obtenu la tête du premier magistrat de Brazzaville. Qui se cache derrière les élus municipaux ? La question vaut son pesant d’or au Congo-Brazzaville où l’impunité a été pourtant instituée en mode de gestion de la cité. Faut-il voir dans la mise à l’écart de Christian Roger Okemba un tournant dans la gouvernance de ce petit pays pétrolier d’Afrique Centrale dirigé d’une main d’acier dans un gant d’airain par le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso ?

La mise entre parenthèses de Christian Roger Okemba constitue un premier succès dans la lutte contre le vol des deniers publics qui va dans le sens de l’histoire, même si ce jugement est incomplet et imparfait : le côté prédateur de l’ancienne équipe municipale managée par Hugues Ngouolondelé caractérisée par la distribution des véhicules 4X4 aux musiciens de la RD Congo, n’a pas été retenu. La suspension de Christian Roger Okemba est intervenue au moment où s’achevait une mission du Fonds monétaire international(FMI) à Brazzaville. Simple coïncidence ? La tête de Christian Roger Okemba va-t-elle être brandie aux institutions financières internationales comme gage de la lutte contre la gabegie financière en attendant l’installation de la haute autorité de lutte contre la corruption (HALC) et l’application des 48 mesures réclamées à hue et à dia par le FMI ?

Villes cruelles

La ville de Brazzaville était-elle mieux gérée à l’époque où l’ancien élève du CEG de la Paix Hugues Ngouolondelé était aux manettes ? Brazzaville était-elle mieux lotie en infrastructures municipales, les voiries mieux organisées ? Pourquoi les élus municipaux n’ont-ils jamais réclamé l’audit de la gestion de Hugues Ngouolondelé durant les trois mandats d’exercice ? Idem pour Roland Bouiti-Viodo pour la mairie de Pointe-Noire. Les deux chouchous de Sassou Nguesso, le beau-fils Hugues Ngouolondelé et le protégé d’Antoinette Sassou, Roland Bouiti-Viodo ont cédé leur fauteuil sans rendre des comptes, laissant les finances de Brazzaville et de Pointe-Noire exsangues et les deux cités urbaines aux allures de décharges publiques dans un état d’insalubrité indescriptible.

Remercié

« Pour permettre de mener des investigations appropriées sur les irrégularités constatées dans la gestion administrative et financière de sa commune, monsieur Christian Roger Okemba, président du Conseil départemental et municipal, maire de Brazzaville, est suspendu de ses fonctions à compter du 28 février 2020  », peut-on lire sur l’arrêté signé du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Raymond Zéphirin Mboulou.

Le premier vice-président adjoint au maire de la ville de Brazzaville Guy Marius Okana assurera l’intérim durant la période de suspension. Christian Roger Okemba est arrivé à la tête de la mairie de Brazzaville en 2017. Il est suspecté de détournement d’un milliard deux cent cinquante millions de FCFA : un appui budgétaire du gouvernement destiné à la mairie qui serait versé dans un compte d’une structure privée. Dans le cadre des investigations ouvertes, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, au nom du gouvernement, a ordonné le blocage du compte dans lequel a été ordonné le virement à la Banque Sino-Congolaise pour l’Afrique (BSCA). « Cette situation appelle des investigations des corps de contrôle de l’Etat, conformément aux règles de transparence régissant la gestion des finances publiques. Une procédure est en cours en vue d’obtenir une ordonnance des fonds  », précise le courrier adressé au directeur général de la BSCA (Les Dépêches de Brazzaville, 29 février 2020) .

Au Congo-Brazzaville, plus on excelle dans la médiocrité, plus l’estime augmente dans le cœur endurci, du khalife d’Oyo Denis Sassou Nguesso. Il a à la place du cœur ce «  cœur artificiel  » que chanta Simaro Lutumba Massiya, cœur de pierre qui a ses raisons que la raison ignore. Cœur d’aryenne (Jean-Malonga) ou cœur d’airain ?

Pourquoi moi et pas eux ?

Christian Roger Okemba est arrivé en 2017 à la mairie de Brazzaville en installant femme et enfants dans les structures financières de la municipalité conformément aux us, pratiques et coutumes du PCT. Inès Emilienne Nguesso Mouébara a été parachutée à la mairie de Brazzaville au poste de responsable des recettes municipales. Son job s’est limité au paiements des factures au profit de la société dirigée par Landry GANTSOUI, son époux. Pourquoi reprocher à Christian Roger Okemba le vol qui est un sport national exercé avec maestria par Jean Jacques Bouya, Christel Sassou, Claudia Sassou , Edgar Nguesso, Gilbert Ondongo, Lucien Ebata, Willy Etoka, Henri Djombo, Denis Ngokana, Jean Dominique Okemba, Rigobert Maboundou, Claude Alphonse Nsilou, Isidore Mvouba, Rodolphe Adada, Bruno Jean Richard Itoua, Blaise Onanga, Oscar Etoka, Jean Didier Elongo … à grande échelle ?

Deux poids...

Ebonga ébonga té, toujours meilleur. Pourquoi cet acharnement contre Christian Roger Okemba ? Est-il la victime expiatoire d’une guerre de tranchée au sommet du pouvoir ? Christian Roger Okemba n’est-il qu’un fusible dans le combat de leadership qui oppose Christel Denis Sassou à son cousin Edgar Nguesso ? La Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA) est dirigée par l’ancien ministre des finances et ancien directeur de l’autorité de régulation des marchés publics Roger Rigobert Andeli. L’ordre de virement à la BSCA de 1250000 francs CFA a été signé par le trésorier payeur général à la retraite Albert Ngondo. Christian Roger Okemba, Roger Rigobert Andeli et Albert Ngondo seraient-ils de mèche ? Pourquoi Albert Ngondo a-t-il laissé faire et n’a pas signalé le mouvement de fonds et surtout pas tiré la sonnette d’alarme ? Quelle sanction réservée à Albert Ngondo ? Guy Marius Okana, qui n’a rien vu et qui n’a rien dit de la gestion municipale de Hugues Ngouolondelé, qui mène la fronde contre le maire éjecté serait-il en service commandé ? Qui tire les ficelles de cette guérilla municipale ? Le parquet de Brazzaville est aux abonnés absents ; la Cour des comptes et l’Inspection générale des finances dirigée par Lauric Ngouémbé, ancien élève du lycée de la Révolution, sont muettes comme une carpe. Raymond Zéphirin Mboulou se réveille d’un long sommeil. Pourquoi, lui et ses services n’ont-ils jamais sévi contre la gestion de Hugues Ngouolondelé et Roland Bouiti-Viodo ?

Benjamin BILOMBOT BITADYS