Le feu d’artifice vient d’être lancé par les réseaux sociaux congolais pour fêter leur 1ère victoire. Ils ont outrancièrement exploité notre rejet de Sassou pour nous faire oublier l’origine véritable de la tragédie congolaise. Leur vœu secret, en instrumentalisant notre aversion pour le tyran d’Oyo, a toujours été de frapper nos esprits d’amnésie : effacer le souvenir de ceux qui ont perverti et ensanglanté notre combat pour la démocratie. Et par suite leur éviter d’être traduit, au même titre que le tyran du moment, devant un tribunal populaire pour avoir tué dans l’oeuf notre projet démocratique.

On le sait, dès les débuts de l’aventure démocratique initiée par la Conférence nationale souveraine, la violence a été sacralisée comme mode de gouvernement au prétexte qu’il s’agissait d’une violence légitime c’est-à-dire exercée par un pouvoir démocratiquement élu. Aujourd’hui, personne ne veut plus s’en souvenir alors qu’il s’agit d’un fait majeur sur lequel il faut sans cesse revenir et réfléchir sérieusement pour éviter les errements de la résistance congolaise qui fait de l’anti-sassouisme primaire une panacée. En ce sens, les réseaux sociaux congolais ont gagné leur premier pari : faire triompher l’oubli en utilisant Sassou comme l’alibi qui leur permet de disculper et d’éviter un procès public aux vrais fossoyeurs de notre « démocratie ».

Maintenant, ces mêmes réseaux sociaux veulent passer à la deuxième phase de leur plan plus ou moins concerté : utiliser leur puissance médiatique pour s’octroyer le droit de désigner les vrais et les faux opposants à Sassou. Par où on apprend que le vrai satellite de Sassou au sein de l’opposition congolaise, ce n’est pas celui que Sassou lui-même a mis en orbite, celui qu’il a publiquement élevé au rang de chef de l’opposition. Pourtant il s’agit d’un homme connu pour son manque de loyauté démocratique. Avec d’autres, il porte cette responsabilité d’avoir criminalisé la jeune démocratie congolaise, en l’entraînant dans une violence généralisée par le recours abusif à l’armée, laquelle était alors mise à contribution même pour tuer une mouche. Et aujourd’hui sa tartufferie fait de lui l’allié objectif de l’homme d’Oyo…

C’est dire que nous ne sortirons pas de l’imbroglio politique avec la personnalisation des débats. C’est certes plus aisé d’accrocher le lecteur en lui jetant en pâture des individus en chair et en os que de lui proposer un débat d’idées désincarné. Mais les masses congolaises n’ont rien à gagner dans cette idéologie médiatique de diabolisation et de promotion du messianisme politique qui surfe sur les passions politiques et s’abreuve de la personnalisation des débats. C’est même dangereux parce que pendant ce temps la Rue meurt.

A quand les vrais débats, par exemple, sur la formation de véritables partis à caractère national, ou sur les origines profondes du tribalisme, ou bien sur l’exploitation éhontée des populations notamment rurales par les salariés mensualisés du public qui bénéficient seuls avec les politiques de la gestion de la manne pétrolière, ou encore comment lutter contre la corruption qu’on nous présente comme une tare de la classe dirigeante alors qu’elle est un mal plus profond. N’en déplaise à ceux qui nous chantent à tout bout de champ que « le poisson pourrit d’abord par la tête » et qui prennent le Congo pour un hareng. Éclairons l’opinion sur tous ces points pour assainir le débat politique et démasquer l’opportunisme politique qui dit œuvrer pour le Congo alors qu’il ne pense qu’à en vivre.

En clair, c’est par la force des idées qu’on viendra à bout d’un « système politique » mortifère qui pousse les Congolais à fuir le Congo et non par la simple diabolisation du tyran, qui dans tous les cas en cache toujours un autre. Mais force est de constater qu’on se mobilise plus autour des hommes politiques qu’autour des idées, chacun veillant à son positionnement personnel. Comment, dans ce cas, mettre au pas le politique ? N’est-ce pas que chacun se considère lui-même comme un politique potentiel ? Or l’essentiel, c’est avant tout d’instaurer un État de droit, donc d’avoir des institutions respectables et respectées, et non pas de courir après un leader messianique. La question du leader politique perdra toute son importance à partir du moment où plus personne ne sera au-dessus de la loi. Tout nous invite donc à opérer une révolution copernicienne : convertir nos passions pour les grands hommes en passions pour les idées. Programme moins exaltant, bien sûr, pour tous ceux qui rêvent d’une proximité avec le politique quand ils ne désirent pas l’incarner. Là est le vrai dilemme des intellectuels congolais que la mauvaise foi égare dans des débats ad hominem pour ne pas affronter leur propre contradiction qu’est leur amour-haine du politique, qu’ils envient et détestent à la fois.

ZIKA WA ZIKA