Le Fmi déboise le sous-bois. Les Congolais doivent abattre le grand arbre !

En analysant les exigences du Fmi sur ses négociations avec le pouvoir de Brazzaville, plusieurs voix s’accordent aujourd’hui pour dire que Sassou Nguesso et son pouvoir ne sortiront pas victorieux de ces négociations. Le baobab d’Oyo va tomber.

D’ailleurs, personne ne peut aujourd’hui dire ou rassurer les Congolais et la communauté internationale que ces négociations vont être menées à terme.

Parce que les secteurs dans lesquels portent les audits, l’eau à travers la société nationale de distribution d’eau (Snde), l’électricité à travers la société nationale d’électricité (Sne), la santé à les hôpitaux, les grands travaux sont non seulement très sensibles, en plus ils concernent aussi les militaires censés défendre le pouvoir. Vont-ils continuer de défendre le régime qui les brime ou vont-ils prendre conscience de leur triste condition ?

Et, plus les rapports des audits seront fracassants, plus la tension va monter comme la sève, déjà dans le Pool et dans tout le pays.

Les Congolais n’accepteront pas de payer les pots qu’ils n’ont pas cassés

Et, lorsque l’on ajoutera aux conclusions de ces rapports les mesures d’accompagnement telles qu’on peut les répertorier : « suppression ou réduction drastique du montant de la bourse ou du nombre des boursiers de l’enseignement supérieur, hausse importante du prix à la pompe du carburant, réduction de moitié et le gel des salaires de la plupart des fonctionnaires, réduction par six de la rémunération des députés et par trois du salaire des ministres (Sassou se gardant naturellement la possibilité de payer des dessous de table), création d’un impôt foncier dont devra s’acquitter tout propriétaire d’immeuble, de maisons, création de taxes diverses qui frapperont les petits métiers, même informels  », les Congolais n’accepteront pas de payer les pots qu’ils n’ont pas cassés. Une révolte générale et un climat d’insoumission pointent à l’horizon. Et, les violences ne tarderont pas de suivre. 2018 est une année très incertaine au Congo-Brazzaville. Le roseau a déjà plié ; c’est au tour du chêne de tomber car des vents de plus en plus forts vont souffler.

Les Congolais seront, cette fois-ci très nombreux ( pour ne pas dire totalement tous) à descendre dans la rue et se livrer à la chasse aux dignitaires du pouvoir. C’est inévitable ! Les Congolais découvriront que les Sassou, les Nguesso, les Bouya, les Oko, les Ondongo etc. ne sont pas seuls. Il y a aussi le voisin du quartier. Que tel immeuble qui surplombe le quartier a été construit avec de l’argent volé. Que telle famille s’est enrichie avec l’argent des Congolais. Tous ceux qui ont cassé les pots vont payer.

Et, c’est donc la racaille politique et tous les présidents des institutions constitutionnelles qui risquent d’être emportés comme les arbres dans une forêt sujette à la tempête.

Malgré la perspective des actions en représailles de Jean François Ndenguet, les Congolais braveront les chars comme les Chinois sur la Place Tsianamen à Pékin. Il y aura de la résistance. Après tant d’années de soumission, les Congolais ont raison de se révolter ! Ils ne doivent pas payer pour le clan.

Le Fmi défriche le sous-bois. Les Congolais font les bûcherons …

La stratégie utilisée par le Fmi est simple et n’est pas loin des méthodes dont se servent les paysans lorsqu’ils veulent abattre une forêt même très dense pour se livrer à des cultures.

Une pratique dont les conséquences sur l’environnement sont pourtant très catastrophiques mais nécessaire. Il va de la méthode du Fmi comme celle des paysans : couper pour reboiser.

Les bûcherons commencent par délimiter le terrain afin de voir s’il est accidenté et connaître d’où vient le vent pour orienter la chute des arbres. Ensuite, ils déboisent le sous-bois pour circuler entre les arbres. Puis, ils coupent la moitié des troncs des arbres pour s’offrir le plaisir de les voir tomber tous ensemble. Enfin, les forestiers s’attellent à abattre le grand arbre qui domine tout le bois et qui dans sa chute emportera tous les autres arbres et fera disparaître la forêt.

En clair, nous voulons tout simplement dire qu’après les audits sur les sociétés publiques et parapubliques, le tyran aura du mal à relever la tête ou à sauver sa propre vie.

Non seulement le Fmi pousse Denis Sassou Nguesso à ouvrir plusieurs fronts, mais Sassou est assis sur la branche qu’il doit scier selon les injonctions du FMI.

« Nzete etengama bo mwana » !

Aussi les différents programmes que le Congo avait déjà eus par le passé, même le plus récent, avec le Fmi, suffisent pour bien peindre les faiblesses de Denis Sassou Nguesso.
A vrai dire, ce n’est donc pas ce énième programme avec le Fmi qui’ pourra le transformer en bon gestionnaire et en démocrate. « Nzete etengama bo mwana » dirait Simaro Lutumba ( la tare est congénitale ) .

Les Congolais savent que Sassou Nguesso est un crocodile qui pêche en eaux troubles. L’eau calme ne lui est pas propice pour les coups fourrés. Il lui faut créer une situation. Mais, dans la plupart des cas, il déclenche la guerre pour maintenir les populations dans un climat d’insécurité et profiter de la peur qu’il crée pour modifier les constitutions à tour de bras, organiser des holdups électoraux. « Quand il y a le désordre, j’aime commander » dit-il en paraphrasant de Gaulle.

Le tyran est un mangeur de miel dans la fumée ! Malheureusement, chaque fois qu’il s’en délecte, et goulument, il toussote et se fait prendre la main dans le pot. Une fois sa main prise dans le pot de miel, il a le culot de dire que ce n’est pas la sienne.

Des procès ou des montages des puzzles ?

Comment Denis Sassou Nguesso pourra-t-il défendre son image devant les puzzles que vont démonter les juges durant son procès ? Denis Sassou Nguesso est-il sûr que ses avocats convaincront l’opinion sur les atteintes à la sûreté de l’Etat par les sieurs Jean Marie Michel Mokoko, et André Okombi Salissa ? Pourquoi bien avant même son arrestation a-t-il voulu une solution négociée avec Jean Marie Michel Mokoko si les preuves que détient sa justice sont palpables et suffisent pour le confondre ? D’ailleurs, la dernière tentative de négociation qui va dans ce sens aurait eu lieu à la veille de son discours sur l’état de la nation, le 31 décembre dernier.

L’accord de paix que le gouvernement vient de signer avec Frédéric Binsamou alias Ntumi pour mettre fin à la guerre du Pool est en fait un piège tendu à l’adversaire. Mais, arroseur arrosé, il s’agit d’un piège dans lequel il est lui-même tombé.

En effet, on apprend de source gouvernementale que Sassou Nguesso s’attendait tout simplement à un rejet catégorique de cet accord par Ntumi, pour montrer à l’opinion nationale et internationale qu’il est en face d’un bandit et terroriste. Le but ? Ecarter Ntumi des négociations dans le processus de pacification du département du Pool. Ensuite continuer de le traquer et in fine l’éliminer. C’est que Ntumi en sait trop sur la guerre du 5 juin 1997 dont les dossiers pendent déjà dans un tribunal international.

Pire, Sassou sait que Ntumi est imprévisible. Il peut bloquer le dialogue si son souhait d’associer toute la classe politique et de l’organiser sous l’égide de la communauté internationale n’est pas pris en compte.

Paradoxalement, les tergiversations du Pasteur Bitsamou faisaient l’affaire du pouvoir. Mais, son ressaisissement que l’on attribuerait à certains grands lobbies de la politique internationale (qui veulent le changement au Congo), a complètement désaxé Sassou Nguesso. Parce que Ntumi devient un partenaire de paix, comme après la guerre du 5 juin 1997, les communauté nationale et internationale doivent désormais reconnaître son statut de partenaire de paix. Voilà le grand piège dans lequel Sassou est tombé et qu’une partie de son propre clan ne lui pardonne pas.

Puisque le secrétaire général des Nations unies et certaines institutions internationales ont pris acte, Denis Sassou Nguesso, médiateur international, sait très bien que tout le projet a capoté. Ntumi ayant tiré son épingle du jeu, Sassou ne sait plus à quel saint se vouer. Il a foutu un bordel tel que même le diable aurait du mal à reconnaître ses diablotins.

Et, c’est le député Digne Elvis Okombi Tsalisan qui a été le premier à sentir l’échec de Sassou Nguesso et qui en souffre beaucoup. Mais, ne pouvant pas l’accuser directement puisque c’est lui qui l’a nommé à l’assemblée nationale, le jeune député s’en prend aux ministres de l’Intérieur, Zéphirin Mboulou, et de la Défense, Mondjo, qu’il qualifie de « pyromanes reconvertis en pompiers ».

La gestion des entreprises publiques vue à travers quelques révélations

Les Congolais n’attendent plus grand-chose sur les audits qui seront faits dans les sociétés étatiques et paraétatiques avec le concours du Fmi.

Les informations publiées sur les réseaux sociaux et qui concernent les grands établissements sanitaires du pays, suffisent déjà pour comprendre tous les mécanismes de pillages et de vols des deniers publics et des enrichissement illégaux conçus par le clan Sassou Nguesso. Et, dans toutes les entreprises et les institutions constitutionnelles, c’est la même technique qui a été utilisée partout et dans toutes les administrations. Mais, il faudra aussi y ajouter les fonctionnaires fictifs avec lesquels les dignitaires du pouvoir ont saigné les caisses de l’Etat.

Ces révélations sur les établissements sanitaires du Congo sont publiées sur les réseaux sociaux.

Elles font entre autres état des prélèvements allant de 10 à 30 % sur les budgets des principaux établissements sanitaires que faisaient ou font encore tous les ministres de la santé, Georges Moyen, François Ibovi et Jacqueline Lydia Mikolo, qui se sont succédé à la tête de ce département.

Une bagatelle de près de deux milliards de Francs Cfa allait droit dans les poches de chacun et chaque année. S’il faut multiplier ce chiffre par 34, le nombre d’années du pouvoir de Sassou Nguesso, nous pouvons déduire que les ministres congolais de la santé ont détourné 68 milliards de Frans Cfa.

Mais, on parle aussi d’autres prélèvements qui, eux, étaient faits directement sur les recettes générées par ces mêmes établissements dont les sommes varient entre 10 à 15 millions de Francs et qui atterrissaient chaque mois aux salons de leurs domiciles.
Jusque-là Denis Sassou Nguesso pense que ces audits ou les rapports qui y sortiront ne concernent que ses anciens ministres et leurs proches collaborateurs. Alors que c’est tout le pouvoir qui est concerné.

Les ministres, directeurs généraux ou centraux des entreprises publiques ou parapubliques qui vont être éclaboussés sont comme ces arbres que l’on coupe dans le sous-bois et qui vont être emportés par le grand arbre qui domine toute la forêt. Et, si le Fmi déboise le sous-bois c’est- à-dire fragilise le pouvoir de Denis Sassou Nguesso à partir des ministères et des entreprises publiques et parapubliques, il appartient aux Congolais d’abattre le grand baobab qui emportera toute la forêt dans sa chute !

D’ailleurs, dans le cas précis du Congo, on ne sait plus qui emportera l’autre. Serait-ce l’ensemble des petits arbustes coupés dans le sous-bois ou le grand arbre qui domine toute la forêt équatoriale ? Mais, parfois, les paysans sont aidés par des vents qui viennent d’ailleurs et qui font chuter tous les arbres de la forêt noire.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain