Le RICE (réseau internationale des Congolais de l’étranger) est une interface. Son rôle : accompagner les jeunes entrepreneurs dans le monde des affaires.

Vendredi 30 octobre 2018, le réseau s’est réuni bd Friedland dans le 8 ème arrondissement de Paris, Hôtel Napoléon, à proximité de l’Arc de Triomphe.

Le RICE en est à sa 4ème édition.

Exposés
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Afin de préparer le public à comprendre sa raison d’être, le RICE a ouvert son rapport annuel par de très instructifs exposés de spécialistes dans le domaine de la finance mobile, de l’énergie (facteur de développement) et du transfert d’argent via la téléphonie mobile, Western Union et Moneyram. Ont participé à la table-ronde, Jean-Michel Huet et Thamour Hemdane.

Christian Kader Kéita, secrétaire général du RICE a modéré la soirée en trinôme avec son président Ambroise Fouti-Loémba et Alfred Mignot du journal Afrique-Press.
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A l’écoute des exposés liminaires il est apparu qu’une révolution numérique est en train de se dérouler en Afrique, continent qui fait des prouesses en matière de prestations financières téléphoniques (Jean-Michel Huet). Parfois mieux que Occident. Justement, aucune technologie, encore moins sur le continent noir, ne tombe ex nihilo. Au contraire, elle nécessite tout une éducation (Thamour Hemdane). Peut-être qu’une articulation de la tontine, une tradition d’épargne africain, peut faire l’objet d’une intégration numérique et apporter son grain à moudre au système bancaire en train de se mettre en place dans une Afrique ambivalente, traditionnelle et moderne.
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Il a été noté que le champ de la diaspora est le centre d’une économie informelle. Ce constat a été fait par Elie Nkamgueu qui a structuré la socété africaine de France en trois générations. La 1ère génération, selon lui, est intégrée et paradoxalement incapable de réaliser des projets parce que endettée dans des crédits immobiliers. En revanche dans le milieu africain de Château d’eau et de Château Rouge se dessine un petit capitalisme grâce auquel les néo-migrants partent à l’assaut des fonds de commerce dans ce 18ème arrondissement. La chose semble d’autant plus inouie qu’elle émane d’agents économiques issue de la troisième génération parmi lesquels des migrants arrivés en France au péril de leur vie dans les eaux de la Méditerranée.
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INGA, énergie sans synergie

On a retenu que le développement de l’Afrique est, évidemment, conditionné par l’énergie. Sans cette force, la révolution numérique est une utopie. Sur le plan de l’électrification du continent noir, il se trouve qu’il existe une foule de lacunes. Un chantier immense nommé Inga sous le Zaïre de Mobutu s’est révélé être un éléphant blanc au sujet duquel le probable futur Président de la RDC, Martin Fayulu, a indiqué qu’il était dans un état « stationnaire. » La RDC, ancien Congo-Belge, illustre le cas de l’exclusion de l’Afrique au moment de la redistribution de ses propres richesses par les puissances occidentales. Le caoutchouc, l’uranium qui a « stoppé la 2ème guerre mondiale, » le coltan utilisé dans l’ingénierie des portables, n’ont jamais profité aux Congolais. Quand on postule parfois que les dirigeants africains refusent le développement, c’est cruellement vrai dans le cas des freins administratifs rencontrés par les opérateurs économiques porteurs de projets. C’est le cas en RDC, immense champ de tracasseries administratives. C’est le cas des panneaux solaires dont l’implantation dans ce pays est la proie du phénomène bureaucratique.
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Energie solaire

Or nous sommes, en Afrique Centrale, sous un climat équatorial insolent où la verticalité des rayons solaires est une aubaine pour les plaques voltaïques. Mais la politique de nos pays brille par son incurie. Même si le RICE se dit apolitique, difficile de ne pas pointer du doigt le niveau de résistance très lourd de la classe dirigeante.

Histoire d’eau

Idem pour l’accès à l’eau potable. La RDC, la RC, pays à forte pluviométrie, sont incapables de fournir l’eau potable à leurs populations alors que la nappe phréatique est à moins de 10 mètres du sous-sol. A contrario, au Mali, pays du sahel, l’eau, pourtant enfouie à plus de 10 m sous terre, est pompée puis stockée dans des châteaux d’eau grâce aux panneaux solaires.

Le monopole exclusif des américains Western Union et Moneygram

La démarche de RICE porte sur les projets de microsociétés en tant qu’enjeu de développement. La perspective d’accompagner des jeunes entrepreneurs, le projet de trouver des alternatives aux institutions bancaires solidement établies (Banques, Western Union, Moneygram) représentent le cheval de bataille. Le but est de mettre en place un réseau de structures molles capables de faciliter l’intégration économique des familles. Car Western Union et Moneygram sont des monstres froids très durs dans leur éthique.

Les banques officielles pratiquent des taux trop élevés ? Justement des mastodontes comme Western Union avec leur contrat d’exclusivité dans les pays africains méritent d’être pris d’assaut afin de briser le monopole.
On comprend alors la démarche de la société EMS Négoce d’Edwige Yombi Sitou qui a opté pour les agences de transfert maliennes de la diaspora pour réaliser ses affaires avec l’Afrique.JPEG

Les africains (sûrement par le panafricanisme) ont intérêt de contrecarrer cette mainmise car ce ne sont pas ces institutions financières qui enrichissent leurs clients mais l’inverse. A titre d’exemple, selon Christian Kader Kéita, ici en France, les agences de Western Union ressemblent à de tristes salles d’attente où les africains tiennent davantage du mendiant que du client. Le client n’est jamais le roi dans ces cabinets de transfert d’argent. Ils ont pignon sur rue sur le continent noir mais les sièges de leurs bâtiments ne paient pas de mine.
C’est alors sans surprise que la redoutable association des consommateurs UFC - que choisir a assigné en justice Western Union en raison de sa vision prédatrice de la clientèle africaine.

Le transfert d’argent des africains dans leur pays fait apparaître le paradoxe que les taux sont très élevés alors qu’il s’agit de pays pauvres. A noter que (selon Elie Kamgueu) le montant des transferts de la diaspora est plus élevé que l’aide au développement octroyée par les pays occidentaux aux pays du continent noir. Mais ces sommes colossales issues de la diaspora africaine n’ont jamais accouché de projets de développement.

L’enseignement de l’histoire

Aussi, il y a lieu d’intégrer dans les programmes de développement la notion de panafricanisme pour faire face aux géants de la finance dont l’aide aux pays dits « intermédiaires » est le cadet de leurs soucis. Voilà pourquoi il faut promouvoir l’enseignement de l’histoire africaine car ces pays qu’on croit différents les uns des autres reposent sur la même réalité.

Théorie du balai

A cet effet RICE se base sur la théorie du balai pour que les Africains soient forts face à l’adversaire. Prenez la brindille d’un balai. Détachée du balai, elle se casse facilement. Prenez le balai dans son ensemble. Aucune force herculéenne ne pourra le casser. Il en va du balai comme de l’unité africaine (le panafricanisme).

La théorie du balai consiste aussi d’innover pour se substituer par exemple au système de transfert conventionnel.

A titre d’exemple, le RICE dispose d’une application intégrée au réseau informatique de l’ambassade du Congo. L’usager qui demande un visa en ligne tombe sur un lien qui le dirige vers cette application grâce à laquelle l’argent qu’il veut emporter en Afrique y est déposé puis récupéré lorsqu’il foule le sol de son pays. Le taux d’intérêt est bas. Tout bas qu’il soit, ce taux est reversé dans une caisse qui servira à financer des micro-projets.
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Précisément, en matière d’innovation, le RICE a été édifié par trois entrepreneurs congolais auxquels il a remis des prix d’encouragement. L’un des lauréats, Worms/Lez, a conçu une application intégrable à une caisse enregistreuse. Cette application indique les stocks dans le magasin, le personnel en activité. Mlle Anna Events a crée une agence de com basée dans le 93 qui dresse de façon anecdotique les histoires de vie des acteurs dans le milieu de la « basket » (chaussures) et fournit des codes aux nouveaux arrivants dans le monde de l’entreprise. Etienne Eusty a lancé une ligne de vêtement. Son dernier défilé de mode a été financé par le RICE.
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Autres acteurs également présents à la 4ème édition du RICE : la parfumeuse Motsé Akanati et l’AECF (association des étudiants congolais de France).

Le RICE Tél. +33 (0) 61435 27 30
Siège social : Quai d’Anjou 75004 Paris.

Thierry Oko

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