Depuis quelques semaines, des rumeurs grosses comme des nuages envahissent le ciel congolais. Elles font état d’un gouvernement d’union nationale que Sassou Nguesso et une partie de l’opposition congolaise envisageraient pour sortir le pays de la crise multidimensionnelle qu’il connaît.

Une sorte de « match nul  » pour dire que personne n’a gagné. Puisque sur le marquoir on lira : Pouvoir 0 – Opposition 0, les analystes apprécieront le coup de Jarnac dont le dictateur local a le secret.

La rumeur gagne du terrain sans être contredite. Avec l’efficacité de radiotrottoir, d’ailleurs, elle commence à prendre la forme d’une vraie information. Comme ce petit batracien, (la rainette) qui se coupe une patte souillée, Sassou est obligé de changer ce gouvernement à cause de certains ministres qui sont cités dans les audits, menés par la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire). Et, que les Congolais ne veulent plus voir au gouvernement. La DGST dans le rôle du gendarme financier, c’est comme si un curé défroqué confessait un pêcheur.

Mais, pacte avec le diable, ce serait surtout les leaders politiques, membres de la diaspora, qui comploteraient avec le pouvoir en place.

Un Sassou Nguesso superpuissant et fort qui jette les généraux en prison, et qui veut créer un gouvernement d’union nationale ? Il y a un loup quelque part. Cela ne peut que susciter des interrogations.

Volteface. C’est pourquoi, dans cet article, nous voulons tenter de trouver les raisons qui l’auraient poussé à accepter aujourd’hui ce qu’il avait refusé auparavant ; et voir ce qui pourrait se cacher derrière ce gouvernement dit d’ « union nationale » dans lequel même les partisans de Ntumi feront partie. En effet, Sassou n’est pas le genre à faire des cadeaux à des adversaires sans qu’il n’y ait anguille sous roche.

Mais, nous allons aussi chercher à comprendre pourquoi cette Opposition aurait-elle accepté une telle offre qui pourtant, de loin, sent le roussi.

Rappelons que, chat échaudé, cette Opposition avait rejeté le Référendum qui a permis à Sassou Nguesso de changer la Constitution afin de briguer un troisième mandat. Comme aussi elle n’avait pas reconnu les résultats de l’élection présidentielle anticipée de mars 2016, à l’issue de laquelle Sassou Nguesso s’est autoproclamé Président du Congo. « Wa ba houna, wé na meso » dit l’adage. Elle avait donc décidé de croiser le fer avec le pouvoir illégal et illégitime de Brazzaville, jusqu’à rétablir la démocratie. C’est la promesse qu’elle avait faite aux Congolais.

Magnanime, nous terminerons par un plaidoyer du peuple, la grande victime de cette combine politicienne.

Les raisons de la création d’un gouvernement d’union nationale

Les raisons de cette volteface de part et d’autre s’inscrivent sur les plans politique, sécuritaire, social, international. Elles peuvent aussi venir des négociations avec le FMI dont la pression est aussi légendaire que parfois inefficace.

Plan politique : comme le tyran local entend gagner du temps, la création d’un gouvernement d’union nationale n’est qu’une fuite en avant. Car cette tactique unitaire va lui permettre de contourner le Dialogue national réclamé par les partis de l’opposition et les Congolais. Il serait aussi demandé par la communauté internationale.

Plan sécuritaire : les conclusions des travaux de la commission ad hoc paritaire, chargée de l’application de l’accord de cessez-le-feu et de cessation des hostilités dans le département du Pool, signé le 23 décembre dernier à Kinkala, entre le gouvernement et Jean-Gustave Ntondo, le représentant de pasteur Ntumi, ne trouvent pas encore un cadre (juridique ou politique) dans lequel elles doivent être inscrites.
Aussi, ne cessent-elles de diviser le clan au pouvoir entre ceux qui avaient proposé une solution pacifique et les jusqu’aux-boutistes qui voulaient la guerre. Car, maintenant, il faut gérer l’après-guerre.

Par exemple, pris financièrement à la gorge, Sassou Nguesso veut vite avoir la reprise du trafic du chemin de fer ; mais il n’est pas sûr avec Ntumi. Rusé comme une vipère, Ntumi se méfie également de Sassou Nguesso, malgré l’accord de cessez-le-feu qui a été signé entre les deux parties.

Plan social  : Sassou Nguesso veut anticiper pour éviter la grogne des Congolais qui sera provoquée par les décisions du FMI. En effet, vu le désastre économique et financier dans lequel se trouve le pays, les mesures du FMI s’annoncent drastiques.
Comme qui veut la paix prépare la guerre, on apprend que c’est pour se préparer à neutraliser les manifestations des populations qui auront lieu que le gouvernement ne cesse de recruter des mercenaires et d’équiper la police en engins blindés.

Négociations avec le FMI : Depuis que le Fonds monétaire international (FMI) a exigé des autorités congolaises une transparence totale sur les comptes publics (la liste de documents incluant les noms des créanciers et l’allocation précise des sommes empruntées auprès de ces derniers, la Chine en tête ; et l’audit qui devra servir à mettre au point un programme de redressement financier) qui parait comme la condition indispensable pour entamer un programme d’appui budgétaire, le pouvoir de Brazzaville est très coincé et a perdu les pédales. Car, c’est du «  côté de la porte que tombe la maison » ou « l’affaire est dans ses pieds ». Comme dirait la sagesse kongo.

Fuit pourri de l’intérieur, dans toutes ces opérations, ce sont les membres du clan qui sont concernés. Ce sont les proches parents de Sassou Nguesso qui empruntaient, pour le compte du pays et celui du clan, voire aussi leurs comptes personnels, l’argent dans les institutions nationales et internationales. Le clan, un nid de vipères qui effraie même le FMI.

Trois différentes institutions à savoir le gouvernement par l’entremise du ministre de l’économie et des finances, Gilbert Ondongo, la Délégation générale des grands travaux, Jean Jacques Bouya, et la SNPC (Société nationale des pétroles du Congo), Christel Denis Sassou Nguesso, avaient ce pouvoir vénal.
Faire des audits dans ces trois institutions ainsi que dans les entreprises étatiques et paraétatiques qui ont été dirigées par les membres du clan, c’est faire écrouler la maison.

Déjà, les interpellations de quelques membres du clan à la DGST, même si jusque-là elles ne concernent que les « petits poissons » révèlent les méthodes irrégulières de la gouvernance du clan au pouvoir.

D’ailleurs, on apprend que Sassou Nguesso qui serait très gêné par ces révélations, craint que son fils Christel qu’il prépare à sa succession y perd tout son crédit. Pourtant, les Congolais l’ont déjà vomi depuis l’affaire des biens mal acquis et les sociétés écrans dans la vente du pétrole.
Voilà pourquoi Sassou travaillerait aussi pour se passer du FMI, en mobilisant plusieurs lobbies financiers et en allant chercher le soutient financiers dans les pays du Golf.

Plan international : l’ouragan qui a commencé à emporter des régimes dictatoriaux dans la région des Grands Lacs, fait peur au pouvoir de Brazzaville. Craignant une contagion, il y a aussi et surtout la tempête qui a lieu juste en face de lui, au Congo Kinshasa, qui lui provoque des cauchemars. Car, elle risque d’être transportée au Congo-Brazzaville dont la capitale est quasiment une banlieue de Kinshasa.

Devant ce sombre tableau qui se dessine à l’horizon, Sassou Nguesso veut donc prendre le devant pour tout étouffer, en créant un gouvernement d’union nationale comme on érige un pare-feu dans un incendie. En associant l’Opposition dans sa merde pour la rendre plus inefficace Sassou aura le plaisir de ne pas chuter seul dans l’abîme. Une véritable franc-maçonnerie.

Mais en réalité, il ne veut que se protéger contre le mauvais temps qui s’annonce. Lorsque l’incendie passera, il sortira de cette « tanière  » qui est le gouvernement d’union nationale, pour préparer la présidentielle et la guerre de 2021. Parce qu’il lui faudra une autre guerre pour achever son projet de dépeuplement de la partie australe du pays, Sassou a d’autres cordes à son arc. Après tant de batailles, Ntumi sera déjà très fatigué et facile à neutraliser. (Fatigué, Sassou aussi le sera par le poids de l’âge.)

Pourquoi l’opposition aurait-elle accepté cette offre ?

L’opposition, notamment celle de la diaspora, aurait accepté cette offre qui, pourtant sent le piège à cent lieues par l’appât du gain. Mais, elle se sent dans l’obligation de l’accepter car paumée, complètement désaxée, ne sachant plus définir ses stratégies, l’argent ne suffit pas à le mobiliser.

Pourtant, par opportunisme, l’opposition pourrait positiver sa participation dans ce gouvernement d’union nationale en exigeant avant tout la libération de tous les prisonniers politiques, et la gestion des ministères qui ont en charge la sécurité, les finances et l’organisation des élections. Une chose qu’elle n’obtiendra pas. Nous voulons tout simplement dire que le gouvernement d’union nationale, c’est encore une ruse de Sassou Nguesso.

Plaidoyer pour le peuple

Le peuple, c’est la grande victime de cette combine politicienne et cela, tout le temps ! Le rendez-vous lui est fixé en 2021. Car, on aura besoin de son vote et de son sang. D’ailleurs, Franklin Boukaka, grand artiste congolais, le lui avait déjà dit. « Ba voti tango ekoma ka. Ngaï na komi moto po na bango  ». Compris que ce n’est que pendant les votes que le peuple compte pour les politiciens. Le comble c’est que les voix du peuple lorsqu’elles sont majoritaires, ne comptent plus comme aux dernières présidentielles de 2016. Et, ca sera toujours le lot du peuple tant qu’il ne comprendra pas que la lutte de libération se mène dans la rue. Comme on le voit de l’autre côté du Fleuve Congo.

Serge Armand Zanzala, journaliste écrivain