Le tourisme de masse, une réalité du monde moderne. Il a pris un essor considérable avec le développement fulgurant des communications : transports, internet, téléphone. Phénomène au diapason de la mondialisation actuelle, il en représente aussi, à n’en pas douter, un volet important. Le secteur touristique induit la circulation d’une énorme masse de capitaux et représente une importante activité génératrice de devises pour les pays d’accueil. Pour un certain nombre de ces pays, il est même devenu la première source de devises. Il a, en outre, des effets d’entraînement sur plusieurs autres secteurs d’activité, générant des emplois et contribuant d’une manière générale à une élévation du niveau de vie.

A l’échelle de l’Afrique, l’activité touristique est décidément en hausse, note un récent rapport sur « l’état des lieux du secteur du tourisme et l’hôtellerie en Afrique en 2016  ». Les heureux pays d’accueil ont engrangé plus de 43 milliards de dollars américains en 2014, représentant 8,1% du Produit Intérieur Brut (PIB) du continent. Au cours de la même année, le secteur du tourisme a occupé 20 millions de personnes, soit 7,1% des emplois recensés en Afrique. En 2016, le continent a confirmé sa percée dans ce secteur, recevant un nombre plus élevée de visiteurs, à hauteur de 58 millions.
Les destinations favorites sont, à l’heure actuelle, d’après l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), le Maroc, l’Afrique du sud, l’Egypte, la Tunisie et le Zimbabwe auxquels il convient d’ajouter l’Algérie, le Nigéria et le Kenya. Ces pays représentent, en quelque sorte, la crème du tourisme parmi d’autres nations africaines où cette activité a décidément pris ses quartiers.

Un exemple particulièrement inspirant est celui de la Côte d’Ivoire où le tourisme était presqu’inexistant il y a encore peu d’années en raison, notamment, des crises politiques traversées par ce pays. Au cours des dernières années, des efforts soutenus portent désormais leurs fruits car le tourisme a généré 7,5% du PIB ivoirien en 2016.
D’autres pays subsahariens désormais conscients de leur potentiel touristique s’organisent activement pour en tirer profit. On le sait, notre pays le Congo a cruellement besoin de diversifier son économie, et l’activité touristique peut être considérée comme une des voies de cette inévitable diversification.

A l’heure actuelle, la visibilité touristique du pays est presque nulle. Ainsi l’ «  indice mondial de compétitivité touristique  » publié en avril dernier par le Forum économique mondial ne fait aucune mention du Congo sur les 136 pays relevés en tant que destinations touristiques (notons que la RDC est au nombre de ceux-ci).

Mais l’espoir réside essentiellement dans la nette prise de conscience des autorités qu’accompagnent les premiers pas annonciateurs, on l’espère, d’une action plus conséquente dans la bonne direction.

Avant tout il faut se féliciter de l’existence d’un Ministère à part entière, celui du Tourisme et loisirs, de sa vision de l’avenir du tourisme congolais et des projets qu’il entend mettre en œuvre. Les principaux axes du développement du tourisme à l’horizon 2025 sont désormais consignés dans une « Stratégie Nationale et Plan de Développement Durable du Tourisme  », un document de référence qui a bénéficié de l’expertise de l’OMT et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). A l’horizon 2025 le Congo escompte que le tourisme fournira 10% de son PIB.
Qu’il soit donc clair que nous mesurons la modestie de notre propos sur une question défrichée par d’éminents experts tant nationaux qu’internationaux.

Le Ministère du Tourisme est bien conscient que la nature du tourisme en fait une activité essentiellement multidimensionnelle. C’est, selon les propres mots de la Ministre, « un secteur transversal par excellence. Il concerne tous les domaines ou presque : le foncier, la santé, les transports, l’environnement, la culture, la ville, la sécurité bien sûr, les finances et bien d’autres encore  ». Par voie de conséquence, le développement du tourisme requiert une approche interministérielle impliquant l’ensemble des services de l’Etat. Peut-être une commission interministérielle ne serait-elle pas de trop pour superviser la mise en œuvre du programme national du tourisme, en assurer la coordination et réfléchir aux solutions propres à écarter les goulots d’étranglement au fur et à mesure de l’avancement du programme.

Il convient surtout de réfléchir aux meilleurs moyens de promouvoir le partenariat entre les pouvoirs publics et le secteur privé dont l’expérience, les réseaux et les ressources financières sont indispensables à la réussite des ambitions affichées par l’Etat. Il faut donc à tout prix intéresser les bailleurs de fonds. Et ce d’autant plus que la loi de finance pour 2017 n’alloue au secteur du tourisme qu’une portion congrue des investissements prévus, plus précisément 0,3% des dépenses d’investissements. Sans doute la conjoncture que traverse actuellement notre pays, avec la chute des recettes pétrolières, y est-il pour beaucoup. Malgré cette contrainte, la question de savoir si ce secteur est dans les faits une priorité nationale reste posée. Elle ne conditionne pas peu la mise en place prioritaire d’une infrastructure adéquate sans laquelle l’essor du tourisme sera une équation sans solution. Car le partenariat avec le secteur privé, si effectif soit-il, ne pourra pas suppléer entièrement à tout ce que l’Etat ne fait pas, surtout en matière d’infrastructure de base.

Il est entendu que le tourisme est d’abord un business, et que les professionnels du privé sont a priori les mieux à même de soutenir le développement d’une telle activité dans notre pays. Cette considération nous amène à mettre le doigt sur la culture de l’entreprise privée qui demande à être bien acclimatée au Congo. Après des décennies d’errements dans les eaux tropicales du “socialisme scientifique”, les Congolais savent désormais que c’est l’entreprise privée qui crée la richesse et les emplois durables fondés sur les capacités de cette structure. Et c’est hélas là où le bât blesse quand on consulte Doing Business, une publication de la Banque Mondiale qui mesure la facilité de faire des affaires à travers le monde. Le Congo y apparaît à la 177ème place sur 189 économies du monde. Ce constat est assurément un sujet de réflexion.
Les touristes ne se presseront pas dans notre pays s’ils ne sont pas assurés d’y trouver des loisirs, des facilités de nature à combler leurs attentes, en d’autres mots quelque chose de tout-à-fait agréable au regard du rapport qualité/prix comparé à d’autres destinations. Et Dieu si la compétition est vive entre les offres des différents pays, même en Afrique subsaharienne.

Saluons la sortie récente d’un « guide des hauts lieux du tourisme au Congo  ». Ne boudons pas notre plaisir car une excellente présentation de l’offre, au moyen d’un marketing intelligent, est un bon moyen d’assurer les affaires. Mais ayons présent à l’esprit que s’il est permis de faire rêver les candidats au tourisme, il est aussi impératif de soigner la qualité du produit qu’on va leur présenter à leur arrivée. Car si par malheur ils sont déçus, cette déception aura valeur d’une contre-publicité, la pire sans doute à la longue. En d’autres termes, la communication doit certes toujours accompagner l’offre, en exaltant ses qualités, mais l’offre elle-même doit être soignée, à la hauteur de son alléchante présentation. Il est clair que nos sites ont besoin d’être pleinement valorisés pour devenir des lieux d’agrément prisés par nos futurs visiteurs étrangers. JPEG
Un train d’autres mesures pertinentes se fait encore attendre. Ainsi le besoin d’une simplification des formalités pour l’obtention des visas d’entrée, une mesure relativement simple à prendre.

En outre, l’abaissement du coût actuel du transport aérien, tant domestique qu’international, est souhaitable et même nécessaire bien que plus difficile à mettre en œuvre. Une des solutions envisageables passera sans doute par la mise en concurrence des compagnies aériennes, suivant des modalités à définir.
Nous terminerons en soulignant un dernier point : l’échange d’expériences avec d’autres pays, plus ou moins comparables au nôtre. L’expérience des autres peut et doit nous inspirer, nous aider à cheminer plus sûrement en nous empêchant d’éviter bien des écueils.

Nous n’avons pas à « réinventer la roue ». Prenons celle qui existe déjà et adaptons-là à nos propres besoins. Nous ne serions du reste pas les premiers ni les derniers à procéder ainsi car enfin l’humanité progresse de cette manière. Le Rwanda et la Côte d’Ivoire, pour ne citer que ces deux pays, peuvent éventuellement se prêter à cet échange d’expériences avec nous.

Dans cet ordre d’idées, l’initiative, par le Ministère du Tourisme et des loisirs, des premières assises nationales du tourisme au Congo en juillet 2017 est un bon exemple du dynamisme dont le Congo a besoin.

Roger Ndokolo
Président du Parti du Centre UNIRR
(Union pour la Refondation Républicaine)