Peut-on soupçonner d’analphabétisme les Bleus d’ascendance africaine sans risque de se tromper ? Les afro descendants qui composent l’équipe de France seraient-ils imperméables à la politique ?

Alors que les occasions de passer à l’offensive ne manquent pas, on est en droit de se poser des questions quand on voit le profond silence des champions du monde sur les problèmes du monde, en l’occurrence l’Afrique.

Lorsque Nicolás Maduro, Président du Venezuela, martèle que la Coupe du Monde gagnée par la France est une coupe d’Africains (étant donné la représentation noire de cette équipe), c’est compter sans le faible niveau d’attachement des joueurs Noirs à l’Afrique, notamment aux problèmes traversés par le continent de leurs ancêtres.

D’ailleurs nombre d’Africains vont dans le sens du président vénézuélien alors que les premiers concernés (les joueurs) n’ont jamais ouvertement proclamé leur conscience noire comme dans les années 70 les sportifs américains dans le contexte des Black Panthers.

Mieux : sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare d’entendre des remarques sur leurs choix conjugaux stricto sensu mixtes. Quant à leur culture générale, on pourrait également se demander si, pour eux, en dehors des terrains de foot, il existe un monde extérieur.
Ci-après quelques contextes.

« On va tout casser » a tranquillement chanté Paul Progba alors que les champions du monde sont reçus à l’Elysée par Macron. Il fait reprendre en chœur ce refrain surréaliste qui a dû déclencher des sourires jaunes dans l’assistance. C’est d’autant plus triste qu’on a déploré de la casse sur le terrain où l’on célébrait la victoire de La France. C’est d’autant plus triste à en mourir que dans la frénésie de la fête, une famille congolaise a perdu un fils de dix-huit ans à la suite de coups de feu d’origine inconnue. L’information partagée sur les réseaux sociaux est passée inaperçue.

Considérée comme une tribune mondiale, les joueurs de parents africains n’ont pas su utiliser la coupe en Russie pour s’impliquer dans l’actualité suivant le modèle Jacques vergésien de la plaidoirie de la rupture. Le célèbre avocat profitait d’un évènement pour parler d’un autre évènement. Là où des militantes russes de Pussy Riot ont pu défier Poutine, nos héros black sont restés muets comme des silures alors que l’occasion de rupture s’y prêtait largement, a fortiori après qu’ils avaient acquis grâce à leur titre de champion ce que Pierre Bourdieu appelle la légitimité de la parole.

Migration flottante

Les Bleus d’ascendance africaine ont triomphé quand l’actualité brûlante de la migration ne cesse de faire état des naufrages de leurs frères noirs en Méditerranée. Combien parmi ces fils d’immigrés nés en France ont dénoncé l’incurie occidentale, surtout italienne ? Combien ont eu de la compassion pour les morts (adultes et enfants) engloutis dans les eaux de la mer ? Personne. Ils ont tous, comme qui dirait, « botté en touche. »

En dépit des attaques racistes dont ils ont fait l’objet, aucun joueur « de couleur » n’a haussé le ton pour dire son indignation. La seule riposte est venue d’ailleurs. Mario Balloteli joueur italien a été celui qui a élevé la voix face à une presse transalpine ouvertement remontée contre l’équipe de France jugée trop composite. 98% d’Italiens avaient souhaité la victoire de la Croatie, pays d’identité blanche, de 4 millions d’habitants, qui a lutté contre le Goliath multiculturel français. On ne saura mesurer la colère noire du ministre de l’Intérieur Mateo Salvini.

Kanté n’est pas Kant

Kylian Mbappé qui a largement dépassé l’âge de la raison critique (19 ans) est resté muet comme une carpe alors que le pays de son père, le Cameroun, est dirigé par un vieux tyran octogénaire qui a entrepris de briguer un autre mandat présidentiel.
On ne critique pas Kanté de n’avoir pas lu la critique de la raison pure d’Emmanuel Kant. A-t-on besoin d’être philosophe pour dire que les soldats français ne meurent pas au Mali pour les beaux yeux des enfants noirs et que tout le monde n’a pas la l’agilité sportive d’un Mamoudou Gassama pour avoir la reconnaissance de la France.

Les soldats de Paul Biya viennent exécuter de sang froid des femmes et des enfants. Quel joueur noir des Bleus s’en est ému quand on lui a tendu un micro. L’occasion où jamais d’utiliser la plaidoirie de la rupture est chaque jour donnée à nos Champions sans qu’ils ne s’y engouffrent.

On est loin des prises de position de Dieudonné Mbala-Mbala, métis camerounais, qui croque dans ses sketchs le bientôt nonagénaire Paul Biya, chef d’Etat africain vivant totalement en Suisse.

Manifestement le monde sportif n’a rien en commun avec celui du spectacle et de la littérature où les critiques contre les dictateurs sont, si on dire, des coups francs.

On est loin des engagements politiques de Tommie Smith et John Carlos, respectivement médaillé d’or et de bronze aux 200 mètres des Jeux Olympiques de Mexico. Ces deux athlètes noirs américains profitèrent de la notoriété des podiums olympiques pour dénoncer la ségrégation raciale olympiques en levant les poings dans des gants noirs.

Hitler défié

L’afro-américain Jesse Owen, avant eux, en 1936, aux jeux olympiques de Berlin devant Hitler sera le percusseur de l’usage du sport en tant qu’enjeu politique. Il invalida grâce à ses prouesses la thèse de la supériorité aryenne défendue par les Nazis.

Poisse

Jo-Wilfried Tsonga, tennisman dont le père est congolais s’en alla tranquillement manger dans les bras de Sassou au plus fort de la crise congolaise alors qu’à l’instar d’Alain Mabanckou (écrivain) on attendait qu’il utilise les médias pour dénoncer la dictature dans le pays de sa famille paternelle. La légende dit que Sassou apporta la poisse à Tsonga après son séjour à Oyo. Depuis il n’a jamais gagné un grand Chelem.

Yannick Noa est aussi une exception. Il n’aimait pas Nicola Sarkozy en raison de sa politique extrémiste. Profitant de sa légitimité de la parole, il le signifia haut et fort à l’homme dont la campagne politique fut financée par Kadhafi.

Pour le reste, les champions de 2018 semblent avoir « tout dans les pieds, rien dans la tête » (propos d’internaute).

Jusqu’à preuve du contraire, on est loin, très loin de leurs aînés de 1998. Lilian Thuram, par exemple, s’est impliqué fortement dans des causes politiques en faveur de la diaspora noire. Il a utilisé sa notoriété pour être entendu sur la question de la discrimination et a dénoncé récemment la politique des quotas ethniques que la Fédération française de Foot a failli instaurer dans la sélection nationale.

Musiciens versus sportifs

Michael Jackson (We are the World) Bob Marley, Sting, Salif Keita, Akendengué, Youssou N’dour, Alpha Blondy, Youss Band se sont servis de leur impact sur l’imaginaire pour passer des messages engagés. Souvenons-nous aussi de Franklin Boukaka tué pour ses idées révolutionnaires. Ray Lema est aussi un modèle d’engagement politique. Koffi Olomidé fait tâche d’huile de palme dans ce tableau sublime d’artistes engagés. Koffi est un griot qui passe son temps à cirer les godasses de Sassou.

Dans le sillage de Sony Labou Tan’Si, Tchicaya U Tam ’Si, Hamadou Kourouma, Chinua Achébé, on remarque la présence des plumes comme Alain Mabanckou, Wilfried Ntsondé, Toussaint Siassia qui sont dotées de qualités littéraires et de conscience politique. Les ploutocrates du continent africain sont leur bête noire.

Voler comme un papillon, piquer comme une abeille

A l’inverse, nos talentueux joueurs de foot font preuve d’un apolitisme désarmant. Et peut-être si les autres pays du monde se foutent de la gueule de ces joueurs de foot c’est en raison de leur manque d’épaisseur politique. Kylian Mbappé vient de voir son nom affublé à un taureau argentin de plus de 200kg exposé à l’équivalent du salon de l’agriculture du pays de Maradona Diégo. On ne doit pas prendre ça comme un compliment. C’est du racisme sournois. On n’aurait jamais osé comparer Cassius Clay alias Mohamed Ali à un singe du ring comme nos bleus surnommés singes du ballon. Mohamed Ali assena des coups violents à la face du monde blanc suprématiste. Il est entré dans l’histoire comme un mythe. Sur le ring il volait comme un papillon et piqua Sony Liston comme une abeille.

Soni en congolais signifie la honte : c’est l’état dans lequel nous plonge la cuvée sportive 2018.

Simon Mavoula

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