La question n’est pas : « Donald Trump va-t-il recevoir Sassou ? ». Car c’est non. La seule vraie question est : « Quand donc Sassou va-t-il rentrer à Brazzaville, après le camouflet de ce 27 décembre à New-York ? ». Quand va-t-il, voyageur infatigable, rentrer la queue entre les jambes, rasant les murs, comme un loup chassé de la meute, poule mouillée dans une ville de Brazzaville sous les eaux depuis le 25 décembre ? Ô rage, ô désespoir ! Et, une fois rentré du fiasco américain, que va-t-il faire ?

Les trappeurs américains disent qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En publiant, avant-coup, la photo de la poignée de main entre le futur Président américain et le vieux dictateur congolais, la cellule de communication de la présidence de Mpila a mis la charrue avant les bœufs. Elle a vendu la peau du caïman avant de l’avoir attrapé dans le marigot. Règle fondamentale américaine : ne jamais dégainer avant l’heure dans un duel.

En réalité, la vraie fausse réception de Trump relèverait d’un savant montage des colombes du régime. Le but de la manœuvre serait de ridiculiser à souhait le vieux chef devenu la risée de toute la planète en raison de sa longévité au pouvoir. Les modérés du régime voudraient le pousser à la faute jusqu’à la chute finale ; à l’image du coup d’état que des officiers allemands antinazis tentèrent contre Hitler. Dans l’hypothèse de la cabale mbochi, les modérés de Mpila envisageraient un coup d’état sans effusion de sang, dans la même veine que celui que Sassou opéra contre son cousin Joachim Yombi Opango en 1979 après que les deux compères eurent égorgé l’autre cousin, Marien Ngouabi.

Le problème est de déterminer également qui est « faucon » qui est « colombe ». Si le doute quant à leur radicalisme n’est pas permis pour Jean-François Ndenguet, Nianga-Mbouala Ngatsé, Cristel Nguesso, Pierre Mabiala il n’est pas évident de classer le contre-amiral Jean-Dominique Okemba (immortalisé par une avenue à Talangaï), Edgar Nguesso, Firmin Ayessa, Hugues Ngoulondélé, Thierry Moungalla parmi les tendres du régime. Mais, ne faisons pas non plus Thierry Moungalla l’auteur de cette fourberie. Il n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Quoiqu’il en soit, le dinosaure d’Edou réputé rancunier, ne se laissera pas mener en bateau sans mordre. Pour la petite histoire, Hitler liquida sans pitié les officiers rebelles qui attentèrent à sa vie. Autre question : que va faire Sassou des fourbes qui l’ont envoyé chez l’oncle Sam ?

Luttes intestines

Mais quelle mouche a donc piqué le prince d’Oyo pour effectuer le voyage transatlantique après être à peine rentré de Cuba pour les obsèques du leader maximo ? Que diable est-il allé faire dans cette galère ?

Les explications divergent à ce sujet. Il se susurre que pour se donner une légitimité extérieure que ses 8% ne sauraient lui conférer au Congo, Sassou aurait saisi une opportunité offerte par les enfants Trump à n’importe quel quidam de rencontrer leur richissime papa moyennant 500.000 dollars. L’idiot du village d’Oyo, alias le dépensier infatigable, aurait alors bondi sur l’occasion car la méconnaissance de son pouvoir par l’Opposition congolaise constitue à ce jour une épine qu’il voudrait extirper de son pied. Sans chercher midi à quatorze heures, bien qu’en général Sassou soit méfiant comme une vipère, pour le convaincre, son conseiller et beau-père Firmin Ayessa lui aurait dit simplement la formule magique « Allons seulement  ». Ils y sont allés, ils n’en sont pas revenus.

Manipulation

Cette extraordinaire formule « Allons seulement  » cache mal la manipulation qu’elle connote dans la sassousphère. Il se chuchote qu’il y aurait une cabale qui se fomente dans le clan familial d’Edou-Penda divisé comme jamais. La fracture familiale séparerait d’une part les durs du régime qui ont fabriqué les 8 % des dernières présidentielles et, d’autre part, les repentis gênés par cette immense tricherie et qui voudraient s’amender. C’est le remake des Bons et des Méchants, à la John Wayne. Ceux qui ont suivi sur les réseaux sociaux la vidéo où un ancien militaire de la garde présidentielle, aujourd’hui déserteur, un certain Jax Okouya, se répand en critiques anti-mbochi, pourront se faire une idée de cette ruée vers le pouvoir autour de Sassou.

TOTAL versus Exxon

Reste à examiner l’autre scénario qui a poussé Sassou dans cette aventure américaine digne d’un western spaghetti. L’alibi du règlement du conflit libyen ne tient pas la route. Il s’est murmuré dans les couloirs que Sassou, par le biais d’Aimé Emmanuel Yoka, aurait un vieux contentieux avec la major américaine Exxon.

Lire aussi REX TILLERSON, FUTUR SECRÉTAIRE D’ÉTAT AMÉRICAIN, LE PIRE ENNEMI DE SASSOU-NGUESSO. Par Rigobert Ossebi Publié le 13/12/2016 par congo-liberty.com

Un gisement off shore découvert jadis au large de Pointe-Noire par les Américains fut cédé in extremis à ELF, contrat et technologie compris. Les Américains n’aiment pas qu’on les roule dans la farine. Rex Tillerson, le Monsieur pétrole yankee que Sassou escroqua va faire partie du gouvernement de Trump à compter du 20 janvier 2017. Le futur homme fort américain aurait convoqué Sassou aux USA pour lui faire payer son forfait.
Dans ce cas le pauvre bougre d’Oyo serait entre le marteau et l’enclume. C’est que Total ne supporterait pas une volte-face de Monsieur 8%. Aussi a-t-il promis lui faire la peau en soutenant désormais l’Opposition congolaise comme en 1997, quand il le soutint contre Lissouba. C’est ce qu’on appelle être face à un dilemme. Ca ne présage rien de bon pour sa carrière de dictateur. Le lion est édenté. Il ne se vengera pas comme Hitler. Il procèdera sans doute à des représailles à son retour à Brazzaville après l’humiliation américaine. Par exemple en limogeant les farceurs de Noel. En tout cas il n’aura pas le culot de son ami Hollande qui a préféré ne plus remettre le tablier en 2017 pour échapper à la honte.

La presse aux ordres

En contribuant à la propagande, la presse française, à commencer par RFI, a été prise le doigt dans la confiture en matière de complaisance envers un dictateur. Elle mérite qu’on l’asperge de goudron et de plumes comme les outlaws dans les BD de Lucky Luke. Jeune Afrique, la voie autorisée du pouvoir de Brazzaville, semble se dédouaner, emballée elle aussi par le communiqué des pères Noel. JA va plus loin en affirmant (espérons que c’est vérifié cette fois-ci ) que la rencontre Trump/Sassou n’aura jamais lieu.

Bref, à quelques jours de la fin de l’année 2016, le sujet de conversation de toutes les chancelleries, des saloons et de toutes les rédactions du monde, c’est le lapin que l’imprévisible futur locataire de La Maison Blanche a posé au sempiternel Président de la République du Congo-Brazzaville, cow-boys à ses temps perdus dans son ranch d’Oyo.

Simon Mavoula