Denis Sassou Nguesso, Président autoproclamé du Congo Brazzaville, a été interviewé, le 7 mai dernier, par deux journalistes de France 24 et Rfi. Cette interview suscite encore beaucoup d’interprétations et de jugements dans l’opinion nationale et internationale sur ses enjeux.

Si une première opinion pense que Denis Sassou Nguesso a fait un clin d’œil au monde de la finance internationale, après la baisse du prix du baril de pétrole, pour lui dire qu’il est encore là et qu’il faut penser à lui ou l’aider à juguler la crise économique qui sévit dans son pays ; une deuxième pense que le président putschiste du Congo a encore raté sa sortie médiatique. Il est resté imbu de lui-même qu’il ne doute pas un seul instant de son succès.

Les vrais enjeux de cette interview réalisée pendant cette période où l’actualité du monde est dominée par la pandémie du Covid 19.

Permettez que nous vous informions sur les préparations d’une interview accordée à une haute autorité, en l’occurrence le Président de la République.

L’interview d’une haute autorité politique peut être soit négociée par un organe de presse auprès du cabinet de cette autorité. Soit il veut avoir des informations ou l’avis de cette autorité par rapport à un événement passé ou une actualité ; soit elle est demandée par le cabinet d’une autorité qui a des choses à dire ou qui veut faire savoir son point de vue sur un fait passé ou une actualité. Mais, il y a aussi des cabinets présidentiels qui programment, dans leurs agendas annuels, les sorties médiatiques du Président de la république. Cependant, l’organe de presse dans lequel est accordée une interview peut aider à deviner les enjeux de l’interview et à qui le message est adressé.

Signalons que Rfi et France 24 sont deux grands médias basés en France, et qui ont une audience internationale. On dit aussi qu’ils sont la voix du ministère français des Affaires étrangères.

Préparation de l’interview

L’interview d’une haute autorité politique est préparée par les deux parties. Les journalistes et le cabinet, par le truchement du Conseiller à la communication. Dans cette phase, on peut écarter les questions qui peuvent fâcher ou qui semblent s’écarter de l’enjeu de l’interview ou de l’actualité. Par ailleurs les deux parties ont la possibilité d’ajouter ou de retirer une question. Dans ce genre d’interview, on n’improvise pas. Le journaliste ne prend pas le risque d’introduire une question qui n’a pas été inscrite dans l’interview. Quand Sassou Nguesso esquive ou banalise la question sur la candidature de Christel Denis Sassou Nguesso à l’élection présidentielle de 2021, c’est une manière de dire des choses sans vouloir les dire.

D’après notre analyse, trois questions et trois réponses ont permis de saisir les enjeux de cette interview. Et, si pour Rfi et France 24, les enjeux étaient dans la gestion du Coronavirus, notamment dans l’utilisation du Covid-Organics, remède dont le Président malgache a validé les essais pour un traitement à base de la plante artemisia ; mais qui suscite des doutes de l’Organisation mondiale de la santé et la France quant à prévenir ou guérir la maladie, il y a aussi les révélations des médias étrangers sur un traitement israélien contre le VIH-Sida qui serait testé au Congo et défrayé la chronique. Mais la question sur ce dernier sujet a, sans doute, été écartée. Pour Denis Sassou Nguesso, les enjeux ont été plus politiques et sociaux qu’économiques et financiers. Le prouvent les réponses qu’il a données sur la baisse du prix du baril de pétrole et sur l’aide financière accordée par le Fmi à quelques pays. .

La question et la réponse sur le Covid 19

Rfi et France 24 avaient un grand intérêt sur la gestion de cette pandémie au Congo. A travers cette question, ces deux médias ont cherché à avoir le point de vue de Sassou Nguesso, vieux président et grand serviteur de la France, sur le Covid Organics, le produit malgache. Cependant, la réponse de Denis Sassou Nguesso est à double sens. Le premier fait allusion au traitement du Coronavirus à base de deux produits : le Covid-Organics, le produit malgache, et la Chloroquine recommandée par le professeur Didier Raoult qui, pourtant, a suscité un grand débat en France dans lequel le président Emmanuel Macron, avait pris position.
Le deuxième sens : Denis Sassou Nguesso s’est démarqué complètement d’Emmanuel Macron. Il l’avait déjà fait sur le vaccin du Covid 19 lorsqu’il a refusé d’utiliser et d’imposer, dans son pays, le vaccin fabriqué par les laboratoires occidentaux. C’est que les Africains prennent ce vaccin pour du poison destiné à les tuer. On voit donc un Denis Sassou Nguesso qui rumine encore sa colère contre la France et qui n’arrive toujours pas à digérer les informations publiées par la météo politique française sur le Congo et certains d’autres pays africains.

La candidature de son fils à la présidentielle

Sassou Nguesso a voulu esquiver la question. Il a demandé que l’on passe aux questions plus importantes qui sont liées à l’actualité internationale. Pourtant, il y répond quand même en disant tout simplement que c’est une légende. Or le mot légende est défini par un récit populaire traditionnel, plus ou moins fabuleux. A travers cette réponse, Denis Sassou Nguesso a voulu apaiser la tension que fait monter la rumeur de la candidature de son fils à l’élection présidentielle de 2021, au sein de sa propre famille biologique, son clan et le pays tout entier. Devant les menaces des Congolais et des membres de son clan, il a donc renoncé à son plan qui pourtant était très visible. Christel Denis Sassou Nguesso n’a-t-il pas publié son Programme de gouvernement, dans un ouvrage titré « Ce que je crois ? »

Qui a dit que Sassou Nguesso ne recule pas devant un danger ou la pression ou encore les menaces des Congolais ?

Libération de Mokoko et Okombi Salissa

Sassou Nguesso veut être courageux, jusqu’à la fin de l’interview. Il refuse de libérer Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa. Alors qu’il y a quelques mois seulement, il aurait confié à son neveu, Serge Blanchard Oba, un projet faisant état de leur libération. En effet, selon certaines sources proches du pouvoir et devant les informations que ne cesse de livrer la météo politique nationale et internationale sur le passage d’un ouragan en Afrique centrale, Denis Sassou Nguesso aurait proposé de troquer la libération de Jean-Marie Michel Mokoko et d’André Okombi Salissa contre une « évolution » de la constitution qui allait être votée dans les deux chambres du parlement. Il était question, devant le temps qui passe vite et vu les difficultés financières que connait le gouvernement, que l’on organise à la hâte un dialogue national à l’issue duquel Denis Sassou Nguesso allait accorder la grâce présidentielle à plusieurs prisonniers, et accepter les propositions sur l’évolution de la constitution. Un accord politique allait lui permettre de nommer un premier ministre de l’Opposition. C’est ainsi qu’il croyait éteindre les foyers de tension qui existent dans tout le pays, paraitre comme étant le père de la nation qui pardonne et réconcilie les Congolais. Son neveu, Serge Blanchard Oba, le président du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), n’avait-il pas proposé d’établir les ponts avec le pouvoir : « Si votre enfant est aux mains d’un ravisseur, il faut soit négocier avec le ravisseur, soit laisser l’enfant mourir. Nos frères Okombi et Mokoko ont été arrêtés. Il nous appartient de changer de stratégie » La Semaine Africaine. Mais, les leaders de l’IDC auraient refusé d’aller faire un deal avec Denis Sassou Nguesso.

C’est pourquoi dans l’interview accordée à Rfi et France 24, Sassou Nguesso a refusé de libérer Mokoko et Okombi. A travers sa réponse, il a voulu décourager les Congolais ; mais surtout faire mal aux leaders de l’Opposition qui ne comptent que sur Mokoko et Okombi Salissa pour redonner vie à l’Opposition et redevenir crédibles devant les Congolais.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain