Depuis quelques mois, le phénomène des érosions ne cesse de s’accentuer et d’affecter gravement certains quartiers de Brazzaville. Il fragilise ainsi la vie de ces quartiers qui sont déjà pauvres et rend impraticables certaines routes. Que fait l’Etat ?

Néanmoins, les populations tentent, elles-mêmes, d’endiguer ce phénomène avec des moyens du bord comme les houes, les pelles, les ordures ménagères, les vieux pneus et les sacs en plastique qu’elles remplissent de sable. Mais en vain ! La pluie y est très dévastatrice et très folle. Et, les sols qui sont, dans la plupart, sablonneux ne résistent pas aux glissements.

La pluie, phénomène naturel que l’on peut facilement maitriser avec le développement de la météorologie et le suivi par satellite, est devenue un bouc-émissaire dans ce pays. C’est elle que l’on accuse être à l’ origine des érosions enregistrées dans la ville-capitale ou dans tout le pays. Néanmoins, même si elle est diluvienne dans certaines parties du pays ou de la ville-capitale, la pluie joue un rôle très prépondérant dans le cycle de l’eau et de la régénération de la vie.

Aussi, faut-il dire que le phénomène des érosions à Brazzaville ou dans tout le pays n’est pas nouveau. Il peut s’expliquer et peut être maitrisé.

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Le phénomène des érosions peut s’expliquer et être maitrisé

Il peut s’expliquer par la qualité des sols où sont construites les villes du pays, l’urbanisation, le manque du tout à l’égout , l’occupation anarchique des terrains.
Quand Denis Sassou Nguesso accuse l’occupation anarchique des terrains sa théorie semble innocenter l’Etat et culpabiliser les populations riveraines. C’est trop facile.

La faute revient à l’Etat qui manque littéralement de politique d’urbanisation, d’aménagement du territoire et de construction des logements sociaux.
L’érosion n’est pas une fatalité. Le phénomène peut être maitrisé par l’Etat.
Car, les villes congolaises sont loin d’être des agglomérations urbaines. Elles sont des prolongements des villages. On est dans le rurbain. Georges Balandier ne dit pas autre chose dans les Brazzavilles Noires.
Non seulement la survivance ethnique ou tribale y est encore très forte, ce qui ne favorise pas leur développement, mais, en plus le type d’habitat et les plans des quartiers ne cadrent pas avec ceux des villes modernes.

D’ailleurs la construction d’une Nation et d’un peuple en pâtissent. Car, des leaders politiques tribalistes instrumentalisent cette configuration dans leurs conquêtes électorales. La tribalité érode la conscience politique.
Mais, restons dans l’occupation anarchique des terrains par les populations.

De l’occupation anarchique des terrains

Les quartiers aujourd’hui victimes des érosions étaient appelés, jadis « Tout pour le peuple ». Comme si au Congo le peuple était un tout !

Soit les parcelles avaient été octroyées par Marien Ngouabi par populisme soit achetées à bas prix par des gens qui se sont autoproclamés propriétaires tout simplement parce qu’ils y avaient vécu longtemps.
Mais, le véritable problème ne se situe pas sur le mode d’acquisition des propriétés. ». « Foti ya commerçant ?  » Non. La faute revient à l’Etat.

Foti ya l’Etat

L’état ne dispose pas d’une carte topographique du pays ou des villes avec les plans des reliefs du terrain et des détails morphologiques des sites naturels ou artificiels déclarés inhospitaliers à l’habitat. Aussi bien sur l’espace urbain ou sur l’ensemble du territoire. Le plan d’occupation du sol (le POS) est un fonctionnalisme. Aucun aménagement du territoire ne peut s’en passer.
Quand on pose la question du choix des sites précaires par les populations ; la faute incombe à l’état dans leurs réponses.
On jette volontiers la pierre à la puissance publique parce qu’elle ne propose pas une bonne politique du logement social. Le postulat est que habitat précède l’habitant, non l’inverse. Or à « Tout pour le peuple » l’habitant a précédé l’habitat.
Pour l’heure le citadin, néo primo-urbain ou ante-urbain, n’a pas le choix de son insertion résidentielle.

Investir dans la pierre

Sans valider la fonction HLM, avec ses barres typiques des banlieues occidentales, à l’heure où l’on parle de la diversification de l’économie congolaise et où l’Etat ne semble pas avoir d’autres sources de financement que la vente du pétrole et celle du bois, la pierre semble une activité qui peut permettre au gouvernement d’agrandir son assiette de recettes. Notamment en pratiquant les villas pavillonnaires façon « quartier chic ». La culture des grandes habitations à plusieurs niveaux n’est pas encore nationalement intériorisée chez le Congolais. La fonction « building » va bousculer ses habitudes. Donc à éviter.
Il est recommandé aux collectivités locales d’avoir d’autres sources de financement en dehors des subventions de l’Etat.
En théorie et en pratique les collectivités locales sont appelées à avoir une autonomie financière selon la loi qui les régit.
Aussi, vu l’a croissance démographique, vu la politique de l’offre et la demande, les privés devraient, eux aussi, s’intéresser à ce secteur de l’économie qui est un secteur d’avenir.
Il doit donc y avoir une concurrence loyale entre l’Etat, les collectivités locales et les privés dans la construction des logements sociaux.

Pourtant, nous n’ignorons pas l’intérêt que le gouvernement a commencé à accorder aux logements sociaux, même s’ils sont encore insignifiants et si ces logements ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Cas de Bacongo Moderne, sur Guynemer.

Le publireportage réalisé par Jacqueline Obele et Odette Nganga, publié dans plusieurs journaux papier (Le Troubadour) ou en ligne, montre bien cette volonté du gouvernement. Nous lui adressons nos encouragements même si ces logements ne semblent pas cadrer avec la culture des Congolais.

En effet, les familles congolaises sont souvent nombreuses et sont habituées à vivre dans des grands espaces qui sont privés. Les habitudes ne peuvent pas facilement changer du jour au lendemain.

C’est pourquoi nous pensons que les superposer dans des grands bâtiments va poser des interactions problématiques.
Le souhait serait donc de faire des plans architecturaux où chaque famille aura un « chez soi  », une parcelle et une maison. Le pavillon individuel est l’idéaltype.

Comment juguler l’exode rural ?

Cependant, pour déconcentrer les grandes agglomérations il y a lieu de construire des villes nouvelles, sur la base du brassage social. Aussi, l’Etat devra-t-il décentraliser.

Mon peuple périt faute de connaissance

Quand, pour se défendre, Denis Sassou Nguesso pointe du doigt les occupations anarchiques, que le ministre de l’ aménagement du territoire et des grands travaux, Jean Jacques Bouya, met en cause des sections des cages et des vols des cailloux par les riverains, et le président du sénat, Pierre Ngollo désigne les ordures ménagères qui obstruent les caniveaux, nous disons qu’il s’agit d’échappatoire de ces autorités politiques et qu’il était temps qu’elles prennent leurs responsabilités c’est-à-dire quitter le pouvoir que les crimes financiers ont érodé.

Le prophète Osée a dit : «  Mon peuple périt faute de connaissance  » ! Faute de connaissance de ses… dirigeants.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain