Le Dr. Marcel Guitoukoulou s’est lancé à la conquête de Blois. A-t-il échoué ? A-t-il réussi ? On juge l’arbre à ses fruits. La moisson semble avoir été fructueuse vu le nombre d’adhésions réalisées à la fin de son intervention devant un auditoire qui, au départ, n’était pas forcément acquis à sa cause. Débat d’idées.

Blois aura été une étape importante pour le Congrès du peuple et son président, le Docteur Marcel Guitoukoulou. Ce rendez-vous de longue date était loin d’être une sinécure .Tant chacun des déplacements du parti nécessite une organisation matérielle et logistique. C’est, accompagné d’une forte délégation, dont Cicéron Massamba, son ambassadeur itinérant, que l’ex candidat à la présidentielle de 2009 a rencontré la communauté congolaise de Blois dans le Loiret. Rien ne semblait acquis sur ces terres où la présence des partisans du régime de Brazzaville, dans ce que l’on convient d’appeler communément « ville dortoir », est importante.
C’est donc dans un climat d’adversité que se noue cette rencontre ; d’adversité politique d’abord parce que Blois demeure un bastion du PCT par son équilibre démographique à l’échelle de la communauté congolaise qui y réside et surtout par son activisme faisant d’elle une des plus grandes réserves dans lesquelles les organisateurs du comité d’accueil de Denis Sassou-Nguesso ont su puiser pour lui garantir son accueil le 08 mai dernier à l’aéroport d’Orly.

On connaît l’histoire des pots de vin en billets de 200€ donnés gracieusement à qui voulait se rendre à l’aéroport.

Mais à Blois règne également une adversité citoyenne. Car il s’agissait de rencontrer des compatriotes révulsés par la politique, dont le quotidien en France a rendu difficile la réception du discours politique, échaudés par les discours de l’opposition, qui est loin de paraître comme une alternative crédible.

Aux yeux de nombreux congolais dont ceux de Blois, l’Opposition congolaise n’est qu’une une farce, un faire-valoir aux mains du pouvoir afin de se parer des vertus démocratiques. Elle est une organisation difforme dont le mode de fonctionnement très inadapté, est arrimé à une présidence tournante ; un groupement d’ambitions débordantes, mal canalisées, pour paraitre utile et efficace à toute ambition collective. Autrement dit, elle est un ramassis d’hommes et de femmes, des faméliques dénonçant le système le jour et rampant le soir. Tout y est mené de manière à tromper les apparences. Une opposition en trompe-l’œil décorant les murs d’une « démocrature  ».

Cette opposition là, les Congolais désireux du changement n’en veulent pas. C’est donc d’un air vigilant et sévère que Marcel Guitoukoulou est accueilli à Blois.

Nécessairement pas encartés dans des partis politiques mais résignés, ces citoyens attendent d’en découdre avec celui à qui, ils n’accordent pas, d’emblée, de blanc seing. Car les préjugés sont là ; ils ont la vie dure.
Les hostilités sont d’emblée ouvertes. Marcel Guitoukoulou et les siens devant se contenter de places en périphérie dans la salle. La tribune revenant de facto aux seuls organisateurs qui appelleront l’orateur du jour le moment venu.

Entrée en matière

En avant -propos une cassette vidéo de Marcel Guitoukoulou est projetée retraçant son chemin de croix depuis Cotonou où il fut chaleureusement accueilli par la communauté congolaise en 2008 mais expulsé par les autorités du Benin au prétendu motif de vouloir déstabiliser le régime de Brazzaville à partir de ce lointain pays ; puis l’accueil enthousiaste des militants du Congrès du Peuple et de nombreux brazzavillois à son arrivée pour la présidentielle de 2009 et pour laquelle sa disqualification est annoncée par le pouvoir en dépit de tout bon sens. L’objectif de la projection était de faire découvrir l’homme, surtout de montrer les turpitudes de la vie politique au Congo. Car le pouvoir ne ménage rien quand il s’agit de préserver ses intérêts, ni de cautionner une ascendance quelconque, fût elle d’un opposant qui cherche à se battre les armes à la main en jouant les failles constitutionnelles.

La vision politique du Dr. Guitoukoulou

Dans une sorte de mécanique et logique dont il semble détenir le secret, Marcel Guitoukoulou égrène ainsi sa vision politique. Une vision qu’il a construite au fil des enseignements de l’histoire et qui en fait un homme avisé.

Usant de pédagogie et de métaphore, il rappelle que le mal du Congo est dûment incarné par le pouvoir autiste de Brazzaville qui foule du pied les principes élémentaires de toute démocratie même quand les règles du jeu sont définies par lui, ne supportant guère la moindre contradiction, au-delà des discours politiques toujours prolifiques sur la démocratie, le développement mais qui laissent pantois quant aux résultats réels sur les populations. « Le chemin d’avenir  », un slogan de campagne est aussi infructueux que toutes les autres promesses qu’il s’agisse des libertés individuelles ou politiques.

La vie politique congolaise

Toutes les élections au Congo n’ont été qu’illusions, miroirs aux alouettes, chimères pour ceux qui, encore, semblaient croire à un sursaut d’orgueil. Les trucages électoraux n’ont rien d’étrange. Ils sont liés à la nature du régime qui mise sur la ruse sinon par la force.

Les élections, ce n’est plus ni moins que des nominations, des désignations arbitraires plus qu’un choix réel de l’électeur.
Un dirigisme qui touche toutes les activités de la vie nationale, politique et sociale et qui fait du seul chef de l’Etat le détenteur de tous les pouvoirs. Le sommet de la pyramide est, de fait, le lieu de prise de toutes les décisions publiques et politiques et qui demeurent discrétionnaires.
« Mais l’autre mal du Congo est l’opposition politique » précise Marcel Guitoukoulou. Cette opposition qui sert de marchepied ; qui n’est jamais parvenu à faire son mea culpa 15 ans après sa destitution. Jamais, elle n’a cherché à tirer le bilan de son action, ni à se retrouver. Elle a plutôt fait la mue en changeant d’appellation, de dénomination au gré des intérêts des luttes internes, intestines.

Les rivalités au sein de L’Opposition s’apparentent à une vraie bataille de chiffonniers : c’est à qui sera le mieux apprécié, le mieux entendu par le Président de la république et maitre d’hôtel afin d’être convié à la table de noces.

Ewo, Dolisie, marchés de dupes

Les rencontres d’Ewo, de Dolisie ressemblent à ce même jeu de chaises musicales astucieusement mené par le pouvoir et auto-entretenu par ces hommes eux-mêmes, opposants d’opérette, pour mieux se neutraliser ; d’où le refus obsessionnel de se donner un leader. Cette absence de leader fait de l’Opposition congolaise une figure de style à part dans le monde car nulle part ailleurs, une opposition politique n’a opéré sans chef de file.

Chacun s’improvisant leader pour pêcher en eau trouble, afin de s’attacher les grâces du prince. Les difficultés de l’opposition se doivent être appréciées à l’aune de ces agaçantes et trop nombreuses turpitudes.

« Mais tout le monde n’est pas à mettre au bûcher  » nuance Marcel Guitoukoulou. Il y a dans cette Opposition vraisemblablement des honnêtes hommes, des bonnes âmes qu’il convient d’identifier. C’est la mission dévolue à l’ambassadeur itinérant : faire l’état des lieux et tirer la quintessence afin d’en dégager des énergies positives.

Qu’est-ce que l’Opposition ?

Par l’Opposition, ce ne saurait, exclusivement, être les partis politiques. L’Opposition, au sens large, concerne tous les mouvements qui participent de la résistance : associations, collectifs, syndicats, groupements de jeunes et toutes les organisations féminines luttant pour le progrès social.
« Nous devrions réserver la plus belle part de notre énergie à la reconstruction de de l’opposition  » dit Marcel Guitoukoulou ; car sans opposition forte, digne de ce nom, il n’y a point de salut. Le chemin de la conquête du pouvoir sera aussi long et tortueux tant que ne seront pas franchis certain obstacles dont celui de l’unité des forces .Il nous faut donc mener le combat avec ceux des rares hommes veritablement engagés dans la lutte, ayant en prime dans leur subconscient cette idée comme une épigraphe.

Le monde appartient à ceux qui sont les mieux organisés et habités par des convictions.

Tâche, certes, rude et difficile mais dont le caractère indispensable nous oblige à nous affranchir de nos égoïsmes.

Les changements espérés resteront lettre morte aussi longtemps que les hommes n’auront pas compris le sens du sacrifice qu’impliquent l’unité des forces et le sens du devoir résultant de la prise de conscience de chacun.

Dans la mêlée confuse d’aujourd’hui, difficile de se projeter un avenir radieux. Les concitoyens n’ont de cesse de nous interpeler, de fustiger nos atermoiements comme pour mieux nous rappeler à ce devoir de rassemblement.

« Mais l’autre mal du Congo » dénonce Marcel guitoukoulou « c’est le citoyen congolais lui-même. L’homme devient son propre loup dira le philosophe. »

Lorsque le citoyen habité par la cupidité court après quelque billet de banque que lui tendent des hommes véreux qui ,sans vergogne, puisent dans des caisses publiques pour l’inviter à se rendre complaisamment à l’aéroport ou inonder les meetings, n’est-ce pas du tort qu’on se fait à soi-même et à notre cause commune ? N’est-on pas coupable de son propre malheur ?

Apologie du mal

Il apparaît une responsabilité du citoyen lui-même dans la genèse du mal. Une apologie du mal que la victime se refuse de voir et de tenir en compte. L’argent public dilapidé, loin de constituer un sujet de gêne, de honte ou d’humiliation, fait la fierté voire le bonheur des fossoyeurs.

« D’où l’éducation des populations comme thérapie nécessaire et obligée dans notre pays » renchérit l’orateur : prendre conscience du possible, c’est changer le concept de politique mais également changer de mentalité ; autrement rompre avec cette conception de l’argent facile consistant à pointer l’autre du doigt en se disculpant soi même.

Il est plus qu’affirmatif de dire que sans participation de tous, il n’y aura guère de changement. Car, Il n’y a pas de libération octroyée. Le combat politique est un feu qui s’allume mais qui peut s’éteindre si nul n’est décidé à le nourrir du meilleur de lui-même.

« L’alternative à une société qui se désintègre comme la nôtre est sa transformation radicale » conclut Marcel Guitoukoulou.

L’image de l’Opposition est trop manifestement figée pour qu’elle bénéficie de soutien des populations. Sa refondation est la clé de la restauration de la crédibilité et d’une adhésion des populations. Cette refondation implique des dispositions particulières de rassemblement : signature d’une charte notamment afin de créer un cadre institutionnel de fonctionnement et améliorer ainsi efficacement les choses.

Car il faut en finir avec le mou des engagements volontaire ; prôner un volontarisme afin d’amener un consensus minimum. Ce sursaut n’aura d’objectif que d’accroitre les chances réelles de sa victoire.

C’est dire que, en répondant de façon constructive et persuasive aux nombreuses questions de son auditoire, questions souvent semées d’embuches sur son projet de société, son implication personnelle afin de surmonter l’équation politique que constitue cette désunion de l’opposition.

Renversement de la situation

Marcel Guitoukoulou est parvenu à retourner la salle, à renverser la vapeur en sa faveur au grand bonheur des hommes et des femmes venus l’écouter. Il est parvenu à conquérir une opinion publique, faisant du coup des militants. Dans une kermesse indescriptible dune salle clairsemée au départ et très bondée à l’arrivée, le Dr Guitoukoulou a reçu de ceux qui l’ont accueilli le témoignage de leur joie et leur adhésion, le conviant expressément à y revenir afin de revivre une seconde édition d’un après midi ô combien riche et époustouflant.

Donatien Mavoungou