« L’ignorance est un danger que tout homme doit éviter » nous enseignait Auguste-Célestin Gongarad Nkoua, homme de lettres et personnage politique congolais, à travers son célèbre poème « Le départ pour l’école  ». Alors que nous étions encore dans les classes du primaire. Ce vers n’a pas fait école au Congo de Sassou.

Denis Sassou Nguesso, l’écolo, officier général des Forces armées congolaises et Président de la République du Congo, ignore l’histoire de la formation de l’écosystème social du pays dont il dirige les destinées depuis bientôt quatre décennies. Pour preuve, il a érigé le tribalisme en une doctrine politique, sociale et économique, et aime faire la guerre en opposant les Congolais entre eux ou en se servant des mercenaires étrangers. Pire, il a monté l’opération Mouébara pour dépeupler la partie australe du Congo. Ce qui est un génocide puisque l’activité est programmée et planifiée dans le temps et dans l’espace, et renforce le discours sur ses origines qui sont ouest-africaines. Béninoises, disent certaines langues, et ivoiriennes, d’autres.

Denis Sassou Nguesso comme le Président Manouana ?

« Kue Ngo ou le Congo des origines » est donc une leçon d’histoire sur le peuplement du Congo et la formation de son écosystème social que nous faisons à Denis Sassou Nguesso dont la passion : la guerre, rappelle celle du président Denis Manouana, alias Tchombé-Tchombé, l’un des personnages de cette nouvelle, et que le peuple kuengo condamne à l’exil à cause de sa violence et sa brutalité dans la politique. Nous espérons que Denis Sassou Nguesso trouvera le temps de lire ce livre. Même si d’aucuns diront que ce n’est qu’une histoire romancée ou un mythe ou encore une légende. Ce qui n’est pas grave !

Il y a dans l’histoire des Nations et des Peuples, des légendes ou des mythes qui sont appelés « mythes de fondation » ou « mythes fondateurs » ou encore « mythes nationaux ».

Parce qu’ils servent de pierre angulaire dans la construction des Nations et des Peuples on ne doit pas les reléguer au registre des fantasmes. Cas de Romulus et Remus, les fondateurs de Rome ; et d’Erechthée, fondateur de la Grèce.

Néanmoins, les Congolais ont, eux aussi, un mythe : celui de Ngonou, la femme qui a eu quatre fils : Kongo, Loango, Ngoyo et Tyo qui sont les fondateurs des royaumes sur la rive droite du Fleuve Congo, et une histoire : celle de la rencontre de leurs ancêtres, les bâtisseurs du kongo, avec la panthère que renferme le sens du nom de leur pays ainsi que ceux de beaucoup de noms patronymiques, des villages, rivières… qui fortifient leur écosystème social, rendent irréversible le « vivre ensemble » et font d’eux une Nation et un Peuple.

A cause de l’ignorance, les Congolais ont connu des guerres

Pourtant, à cause de l’ignorance de ce mythe et de cette histoire, les Congolais ont connu des guerres meurtrières et un génocide dans le département du Pool.

D’entrée , nous signalons que cette nouvelle avait déjà été publiée en ligne, dans le recueil « 50 cheveux sur une tête nue », à l’occasion du Cinquantenaire de l’indépendance de la République du Congo, par la Fondation littéraire Fleur de Lys qui est au Québec, au Canada.

Cependant, devant le tribalisme érigé en une doctrine politique, au Congo, et vu les dégâts sociaux que cela provoque ( déchirure du tissu social et menace de destruction de l’écosystème social, par les dignitaires de l’actuel pouvoir) , nous nous sommes senti obligé de faire une relecture et une édition imprimée sous le format d’un album, comme celui d’une bande dessinée pour la rendre plus visible, et la classer dans la littérature de jeunesse.

Puisque c’est avant tout pour la jeunesse congolaise que nous faisons cette édition, le
projet était, à vrai dire, d’illustrer cet ouvrage avec des dessins pour rendre notre histoire plus attrayante et compréhensible, de dire à travers les dessins ce que nos mots et nos expressions n’ont pas pu ou su dire. Malheureusement, nous n’avons pas pu avoir de quoi financer notre projet.

Une édition qui ouvre une série d’autres nouvelles

Mais, il faut aussi signaler que cette édition ouvre celle d’une série d’autres nouvelles qui caricaturent tous les Présidents qui se sont succédé à la tête du Congo, depuis l’indépendance.

Il s’agit de : « Le premier fruit d’un arbre stérile qui peint quelques scènes de la vie politique du premier président congolais, l’Abbé Fulbert Youlou » ; La cinquantième tombe du cimetière du centre-ville dans laquelle nous nous interrogeons encore sur les conditions de l’exécution du Président Alphonse Massamba-Débat qui avait été condamné à mort par une Cour martiale, dans l’affaire de l’assassinat du Président Marien Ngouabi, et qui jusqu’à ce jour est sans sépulture, malgré la réhabilitation de sa mémoire faite à la Conférence Nationale Souveraine ; La cinquantième poche d’une veste kaki, pour ironiser sur le mystère qui entoure encore l’assassinat du Président Marien Ngouabi. Alors que la Conférence Nationale Souveraine avait révélé que les vrais assassins ne sont pas ceux qui avaient été jugés, condamnés et exécutés au petit matin ; Le cinquantième étage d’une termitière, dans laquelle nous caricaturons le Président Jacques Joachim Yhombi Opango dont le nombril était sorti du ventre, alors qu’il était Président du Congo, à cause de la «  bourgeoisie bureaucratique  », selon le terme du Parti Congolais du Travail, le parti unique pendant la période du monopartisme, qu’il avait introduite dans le pays ; La cinquième chambre du parlement, pour dénoncer l’autorité sur les institutions de la République et la mainmise sur toutes les matières premières du Congo par les membres de la famille de Denis Sassou Nguesso ; La cinquantième porte d’un pouvoir moribond dans laquelle nous faisons une représentation grotesque du comportement de Pascal Lissouba, atteint de la mégalomanie et imbu de sa personnalité.

Le sens du dessin qui illustre la couverture de ce livre a été donné dans notre ouvrage, « Jean-Marie Michel Mokoko, Mon Président ». Il symbolise le nouveau drapeau du Kongo. Le Nouveau Kongo que nous rêvons tous et que nous appellerons « Kongo Ya Sika. » Il sera, désormais écrit avec la lettre K, pour le différencier du Congo de Denis Sassou Nguesso qui est criblé de dettes et dans lequel coulent des fleuves de sang humain.

Les onze étoiles jaunes qui entourent la tête de la panthère, symbolisent les onze départements administratifs que compte le Congo. Les trois étoiles rouges, les départements politiques qui doivent être créés et qui symboliseront les trois grandes diasporas congolaises : celles de l’Afrique, l’Europe et de l’Amérique. Car, les Congolais de l’étranger ne doivent plus être écartés de la vie politique et économique de leur pays.

Le fond vert traduit le milieu naturel dans lequel vit la panthère ; mais aussi les diverses richesses naturelles dont regorge leur pays.

Mais, nous voulons aussi qu’au-delà de son côté roman que « Kue Ngo ou le Kongo des origines » provoque un sursaut de conscience dans les populations kongo de l’Angola, du Congo-Kinshasa, du Congo-Brazzaville et du Gabon qui forment un seul Peuple. Le Peuple Kongo. Nous les invitons à colmater les fissures provoquées par la Conférence de Berlin sur ce grand territoire et son peuple, dépoussiérer cette histoire commune, l’enseigner aux jeunes générations et la promouvoir à travers des manifestations culturelles, les rencontres des jeunes et des intellectuels à travers les conférences, par exemple.

Parce qu’il faudra souligner qu’à l’heure où l’Afrique cherche ses repères pour retrouver son identité, afin de rebâtir les fondations des Etats et des Peuples, voire celles des Etats Unis d’Afrique, cette histoire de la panthère peut, elle aussi, aider à construire une grande institution régionale ou sous-régionale qui couvrira les quatre pays qui font partie du grand territoire de la panthère, en se fondant sur les atouts que présente cette grande communauté socioculturelle, linguistique et historique qu’elle promeut.

Certes, les Etats modernes africains, même s’ils sont artificiels, pourront faciliter et accélérer le projet de création des Etats Unis d’Afrique ; mais nous pensons et nous en sommes convaincu, d’ailleurs, que c’est sur les Etats traditionnels africains qui sont naturels, tels qu’ils ont existé avant la Conférence de Berlin que ce projet devrait s’asseoir pour être solide.

A vrai dire, pour réussir le projet des Etats Unis d’Afrique, pacifier et développer leur continent, ou lutter contre le terrorisme, les Africains doivent beaucoup compter sur la configuration des Etats traditionnels africains. Les ensembles sous-régionaux et régionaux devraient tenir compte de cet écosystème qui est devenu presque naturel. C’est dans la réunification de tous les peuples qui ont été divisés par la Conférence de Berlin et qui se retrouvent au-delà de toutes les frontières, dans toute l’Afrique, que tout doit partir, désormais.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain