Samedi 29 décembre dernier, Denis Sassou Nguesso a adressé, devant le parlement réuni en Congrès, un message aux Congolais dans lequel il a fait l’état de la Nation en 2018.

Pour nous qui ne reconnaissons pas sa réélection et sa nouvelle Constitution, c’est un non-événement. Il n’a pas retenu notre attention. En plus, nous savions d’avance que le Président autoproclamé du Congo allait encore rouler les Congolais dans la farine comme il se plait à le faire chaque année, à la même occasion, et depuis près de quatre décennies.

Cependant, c’est à travers les réactions de quelques leaders politiques que nous avons découvert le contenu de cette adresse à la Nation. Nous n’avons pas voulu nous faire bourdonner les oreilles avec ce mensonge, ce baratin très enfantin et infantilisant.
Nous avouons que malgré les réactions des leaders politiques de l’opposition, sauf celle du leader de l’opposition présidentielle, Pascal Tsaty Mabiala (qui est dans son rôle constitutionnel) nous avons failli ne pas y prêter attention. Nous n’avons pas compris pourquoi et comment des leaders qui disent ne pas reconnaitre le pouvoir de Brazzaville, ont eu le courage de suivre du début jusqu’à la fin, sans avoir la nausée sartrienne. On parle ici d’un homme dont le discours reste de bout en bout mensonger, et les mains sales égouttent encore le sang de ses compatriotes.

Pire, ils se sont déchainés et pris le temps de commenter son discours comme si Sassou Nguesso incarnait la légalité. Pour nous, nous pensons tout simplement que ces leaders font le jeu de Sassou Nguesso. Ils jouent au ping-pong avec lui, et lui permettent de gagner le temps. En effet ces leaders politiques ne font leur entrée politique qu’après une sortie de Denis Sassou Nguesso. Et, quand on analyse leurs textes sauf celui du Mouvement Sassoufit qui a dit ce qu’il a fait au cours de cette année, les autres leaders, en tout cas, ne se livrent qu’à des analyses du discours de Sassou Nguesso. Ils ne présentent jamais leurs propres bilans pour permettre aux Congolais d’apprécier leurs actions. Ces leaders ne vivent qu’au rythme des battements du cœur de Sassou Nguesso.

L’« affaire est entre ses pieds et dans sa maison »

Néanmoins ce qui nous intéresse dans toutes ces analyses que nous avons lues, ce sont les réactions sur la promesse faite par Denis Sassou Nguesso sur la lutte contre la corruption.

C’est à travers une image très significative et symbolique qu’il a abordé cette question vénielle : « Face aux délits économiques, quels qu’ils soient, il n’y aura ni menus fretins, ni gros poissons. Tout passera dans la nasse du droit et de la justice. Seule prévaudra la loi. »

Effectivement, en tant que fils du pays, natif rural, pêcheur, Denis Sassou Nguesso sait bien ce que c’est qu’une nasse, un fretin et un gros poisson. Pourtant, malgré cette belle image, les Congolais restent dubitatifs. Ils savent que ce n’est pas la première fois qu’il annonce solennellement cette lutte contre le corruption.
D’ailleurs, les Congolais lui lancent, déjà le défi. Ils sont unanimes et disent que l’ « affaire est entre ses pieds et dans sa maison  ». La balle est dans son camp.
Denis Sassou Nguesso ne pourra pas réussir à mettre fin à la corruption.

Il est lui-même le grand corrupteur et le grand corrompu du Congo. En témoignent : toutes ces affaires de corruption qui l’éclaboussent dans les contrats pétroliers, les élections et les procès politiques qui ont lieu dans son pays. Aussi, n’aura-t-il pas la volonté politique de balayer dans sa propre maison salie par son clan familial et son parti politique. Ceux qui ont pris ce chemin, avant lui, en l’occurrence Mickael Gorbatchev en Union soviétique, Frederick de Klerck, en Afrique du sud, et Joao Lourenço, en Angola, ont eu l’audace de commencer à balayer dans leurs maisons, notamment leurs partis politiques.

Mickael Gorbatchev en Union soviétique

«  La corruption est partout. En pleine conférence nationale du Parti, en juin dernier 1988 - et la coïncidence n’était pas fortuite car certains délégués avaient été accusés de corruption par la presse -, on a annoncé l’ouverture du procès de Tchourbanov, le gendre de Brejnev, ancien vice-ministre de l’Intérieur - donc de la police - impliqué dans les gigantesques détournements financiers commis sur plusieurs années en Ouzbékistan. Le nouveau secrétaire du Parti de la république Ouzbèke a révélé à cette occasion que 18.000 membres du Parti avaient été exclus pour corruption !
La propre fille de Brejnev était à la tête du trafic des diamants. D’autres hauts bureaucrates, eux, se sucraient avec la vente au noir du caviar des pêcheries de la mer Caspienne ou faisaient leur beurre dans la fourrure. Un certain nombre des plus voyants de ces renards très argentés ont été déboulonnés.

Durant le seul mois de janvier 1987, sont passés à la trappe : Kounaev, ancien membre du Bureau Politique, brejnévien inculpé pour ses trafics au Kazakhstan ; le vice-ministre de l’Industrie automobile a écopé de 15 ans de camp pour avoir vendu des véhicules au marché noir ; le chef de la construction de logements pour la ville de Moscou a été arrêté pour avoir attribué des logements contre des contre pots-de-vin ; le vice-président du Conseil de Géorgie et responsable du logement fut arrêté, lui aussi, pour le même motif. Mais, c’est après la mort de Brejnev, et du fait que sa fille et son gendre n’étaient plus protégés, que l’on a eu une petite image de ce qu’était la corruption dans les couches dirigeantes. » Ecrit le Cercle Léon Trotsky, dans la Lutte ouvrière, édition du 18 novembre 1988.

Frederik de Klerck, en Afrique sud

« En Afrique du Sud, alors que la campagne électorale bat son plein, le dernier président blanc du pays, met en garde contre la pauvreté et la corruption. Selon Frederik de Klerck, vingt ans après l’avènement de la démocratie, il reste encore beaucoup à faire. Les Sud-Africains doivent voter pour élire leur Parlement et leur Président dans deux semaines, le 7 mai prochain. Une élection qui se déroulera 20 ans après la fin de l’apartheid.

Celui qui a mis fin à l’apartheid et obtenu le prix Nobel de la paix avec Nelson Mandela, estime que « beaucoup de leaders de l’ANC ne suivent pas l’exemple de Mandela ». Pour de Klerck, de nombreux hommes politiques considèrent un poste au sein du gouvernement « comme une façon de s’enrichir personnellement  ».

Une référence à peine voilée au président de la République, Jacob Zuma, épinglé il y a peu de temps pour son utilisation de fonds publics pour rénover sa résidence privée. Un scandale qui, à quelques semaines des élections, pourrait faire très mal au président et à son parti, l’ANC.

L’ancien président Frederik de Klerck estime également que le gouvernement a failli dans sa lutte contre la pauvreté. Après vingt ans de démocratie, « on aurait pu s’attendre à plus de progrès. Le chômage reste très élevé - plus de 25% - et la croissance économique est faible. On s’attend à une croissance de 2,7% cette année, trop peu pour enrayer le chômage et la pauvreté » lit-on dans une édition du journal en ligne de Rfi.

Joao Lourenço, en Angola

C’est le site d’information Koaci. com, dans sa publication du lundi 15 Octobre 2018 qui vante les succès du président angolais, Joao Lourenço, dans sa lutte contre la corruption : « Le nouveau président angolais, Joao Lourenço, qui a succédé à Eduardo Dos Santos s’est réjoui des résultats de sa lutte contre la corruption qui ont visé plusieurs proches de l’ex-président. Alors qu’il avait dès son arrivée au pouvoir promis de lutter contre la corruption, Joao Lourenço a dressé un bilan plutôt positif des résultats de sa lutte marquée par des arrestations et des limogeages en boucle de proches de son prédécesseur Jose Eduardo dos Santos. « Les mesures prises depuis un an témoignent du sérieux et de la fermeté avec lesquels nous cherchons à lutter contre l’acceptation et la banalisation de pratiques non recommandables pour la gestion du pays », a déclaré M. Lourenço. Avant d’ajouter :

« Nous avons commencé à freiner et même à empêcher certaines des pratiques les plus préjudiciables au Trésor public et aux intérêts de la grande majorité  »

Dans son discours d’investiture, le nouveau Président angolais avait, entre autres promis aux Angolais que «  personne ne bénéficierait plus de privilèges  ».

Effectivement, après le départ à la retraite de l’ancien chef de l’Etat Jose Eduardo dos Santos, qui a présidé aux destinées de l’Angola pendant 38 ans, plusieurs de ses proches ont été limogés : parmi lesquels sa fille, de la tête de la puissante compagnie pétrolières, Sonangol. Son fils, Jose Filomeno dos Santos, croule en ce moment derrière les barreaux d’une prison à Luanda pour une affaire de détournement de fonds. »

Des morceaux choisis par Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain