La grande faucheuse a encore frappé. Sans transition, Marc Mapingou a effectué... sa transition. La nouvelle a résonné comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.

A la sortie d’une réunion politique, rue Dunkerque à Paris, en 2016, le ministre William Ota que je devais raccompagner chez lui me demanda qu’on dépose d’abord un frère. C’était Marc Mapingou. Dans la voiture, Marc que je connaissais de réputation me fit comprendre qu’il me connaissait. « Je suis sociologue comme toi. » La puce à l’oreille était mise. C’était un disciple de l’école de Côme Manckassa, l’Auguste Comte congolais, l’Emile Durkheim de notre gnose phénoménologique. Son allusion à la discipline de Bourdieu fut un signe d’intelligence qui nous rapprocha.

« On prend la direction de Neuilly » me dit William Ota qui ne prend jamais soin de maquiller les variables de la distinction (chère à P. Bourdieu) quand il s’agit de souligner les positions des uns et des autres sur l’échiquier social. C’est tout à son honneur. Dans les représentations de la diaspora, Marc Mapingou était perçu comme un résident de l’un des quartiers les plus aristocratiques de Paris dont les riverains sont des agents de la classe politique, par exemple Nicolas Sarkozy.

Du point de vue de la distinction esthétique, on disait que Marc Mapingou Mitoumbi était habillé (sur mesure) par les meilleurs couturiers des Champs Elysées et était chaussé par des bottiers de renom. Un vrai dandy.

Chemin faisant Marc se mit à échanger avec William Ota dans une langue qui avait des consonnances Téké. Cela me surprit puisque je le croyais locuteur béembé, vu le rôle qu’il joua dans la victoire de Pascal Lissouba aux présidentielles. D’ailleurs en réponse à ma question (comment avait-il connu le président de l’UPADS ) , il me donna une explication praxéologique, à savoir :«  son père fut un ami de Lissouba. » Que son père fut une connaissance du professeur Lissouba, lui, le fils avait toutes chances de faire partie de la classe politique.
Justement, Bourdieu, l’auteur des Héritiers postule que : « le capital social est un facteur de reproduction des positions.  » Vilfredo Pareto le dit autrement : « le pouvoir est le cimetière des gens qui se connaissent. On y naît, on y meurt. »

En vérité, originaire de Zanaga, Marc Mapingou faisait partie de l’aire culturelle Téké qui regroupe également les Nzabi de Lissouba et les Mbeti, groupe ethnique de l’ancien ministre William Ota.

A la faveur du combat pour la résistance : voilà comment ma route croisa celle de Marc Mapingou. On ne se revit quasiment plus, sauf dans les représentations des réunions politiques, des médias et des réseaux sociaux.

Le génie littéraire

Ce 5 mai 2020, Marc Mapingou vient de « passer à l’Orient éternel » ( selon le mot des frères de lumière). Etre disciple du Grand Architecte, il ne s’en cachait d’ailleurs pas. Plus tard, il me confia lors d’une interview : « Le Maçon Marc Mapingou avance toujours avec les symboles. » Voilà qui était clair et dit sans détour. « Il n’y a rien de caché qui ne se sache » dit La Bible.

Tous ceux qui l’ont connu tombent en extase devant le puits de connaissances littéraires qu’il incarnait.

Je l’imaginais en Bossuet lisant l’oraison funèbre du passage à l’orient du tyran de l’Alima. Je le voyais en André Malraux annonçant d’une voix chargée de trémolos la fin de la fin de l’homme de Mpila. Il aurait pu lire Les Châtiments et Les Lamentations de Victor Hugo au pied du catafalque de l’homme de Mpila. Fiodor Dostoïevski ne se serait pas effarouché si Mapingou avait emprunté sa plume dans Crime et Châtiment. Marc Mapingou a été l’Albert Camus qui s’est inscrit en faux face à la logique aberrante où chacun est l’étranger de l’autre.
A l’unanimité, ses compatriotes l’ont classé dans le rang des démocrates, des modérés et des humanistes, établissant les passerelles entre les frères ennemis.

Il était pressenti pour un destin d’envergure après avoir aidé Pascal Lissouba à prendre son envol en 1992.

Mais quelqu’un, Mwinga Biango (Congo-Liberty 5 mai 2020), a rappelé que Marc Mapingou a reproduit Moïse (Deutéronome 34 : 1-9) qui n’est jamais entré en Terre Promise après s’être battu contre Pharaon et guidé le peuple d’Israël dans le désert.

Ce fils d’un député de l’ancienne UDDIA de l’Abbé Fulbert Youlou n’aura pas eu le plaisir et la joie d’assister à la chute du dictateur dans un sol congolais expurgé de la peste camusienne des Nguesso.

Gémissements, rages, désespoirs, douleurs, contritions, tristesses, pleurs...

Simon Mavoula