La célérité avec laquelle les restes mortuaires d’une célébrité comme Marcel Ntsourou ont été mis en terre en dit long sur la mauvaise conscience qui travaille ceux qui sont présumés avoir expédié le colonel Batéké dans l’autre monde.

Sassou n’a pas voulu prendre des risques inutiles en laissant les Téké organiser de longues obsèques selon leurs rites traditionnels. En effet, par les temps qui courent, une veillée, pourrait être le berceau d’idées peu orthodoxes quant à la paix civile. Ce n’était vraiment pas le moment de tenter le diable en laissant les parents de Marcel Ntsourou observer librement des us et coutumes de Lékana susceptibles d’accoucher d’actes séditieux sur fond de loi du Talion.

Certes Sassou peut dormir du sommeil du juste car jamais de mémoire de dictateur il n’a jamais remarqué le peuple téké se soulever comme le feraient les kongo/lari de Ntoumi.

Maquis téké

Les Téké des agneaux ? Pas si vite, car tant va la cruche à l’eau, elle finit par se briser ; et le coup du 17 février pourrait être la goutte qui fera déborder le vase. Ensuite, ajouté à la grogne des douaniers et des étudiants, grogne cumulée avec la crise du Pool, un maquis qui prendrait naissance dans les Plateaux Téké n’arrangerait rien. Au contraire l’incendie insurrectionnel ajouterait à une situation déjà ingérable du point de vue intra-clanique où les pro et les anti Kiki le pétrolier se battent à fleuret moucheté pour succéder au père-fondateur, papa 8%.

D’où la méthode expéditive de Sassou de mettre, illico presto , sous terre, le cadavre encore chaud de son ennemi juré, Marcel Ntsourou.

Comme un chien

Mort le 17 février 2017, le colonel frondeur est expédié manu militari à Lagué pour y être enseveli le 28 du même mois. Du jamais vu dans les représentations téké des funérailles. Les Téké, ces Egyptiens des temps modernes, mettent d’ordinaire un temps fou avant d’inhumer une dépouille, a fortiori celle d’un chef. Ils y vont mollo, le temps de faire le deuil. Ce n’est pas l’historien Théophile Obenga qui dira le contraire. Et le tempo de la mort est lent et long en société téké. Ce fut le cas des notables comme Marcel Ibalico, Prosper Nganzon, David-Charles Ganao, enterrés comme des pharaons. Ce sera le cas de Florent Ntsiba. Or l’illustre colonel Ntsourou a été mis au tombeau sans le cortège de rites ad’ hoc. En effet l’infrastructure institutionnelle des Téké intègre l’embaumement comme dans la société antique des bords du Nil avant le placement dans le caveau funéraire. Le mort passe également par la momification comme sous l’antiquité égyptienne. Il peut se passer six mois à un an entre les pompes funèbres et le placement dans la sépulture. Les Makoko bénéficient de ce mode de production rituel post-mortem hérité de la Haute Egypte. Or Marcel Ntsourou fut un roi dont la légitimité a reposé sur le baptême du feu. Sassou l’a enterré comme un chien.

Circulez il n’y a rien à voir

Pour parer toute déconvenue, le Khalife d’Oyo a commencé par écarter les parents téké de la dépouille du malheureux dès l’arrêt respiratoire dans sa cellule de la maison d’arrêt. Aux fouineurs de tout bord, Sassou a dit « circulez il n’y a rien à voir. » Pour joindre le geste à la parole, le bonhomme a mis la morgue municipale sous haute surveillance militaire. Le bougre a juste fait circuler sur les réseaux sociaux le buste gisant de l’ancien directeur adjoint du Conseil National de Sécurité. « Il n’y aura pas d’autopsie sauf si la famille l’exige » a feint d’être compatissant Sassou. « Précisément nous la réclamons » ont osé s’insurger les parents. Peine perdue.

Silence de mort

Le corps de Ntsourou ne parlera pas. Corpus motus. Celui de Marien Ngouabi eut droit à son autopsie alors qu’on se doutait des conditions de la mort (par arme à feu et par arme blanche) du supplicié du 18 mars 1977. Le mystère qui a entouré la mort de Ntsourou n’a pas excité la curiosité de Sassou au point de vouloir éclaircir les choses. Quand on ne veut pas savoir, dit un vieux proverbe mbochi, c’est qu’on sait.

Sassouléon

A un militaire que Napoléon s’apprêtait à fusiller, l’empereur dit « ne t’inquiète, ta veuve et ton fils auront droit à une pension. »
Généreux comme jamais, Sassou aurait pris en charge les coûteux frais d’enterrement de feu son adversaire Ntsourou. Ne voyez pas du cynisme napoléonien dans ce geste. Au Congo, la paix sociale est aussi à ce prix. Elle est au prix d’espèce sonnantes et trébuchantes. Jusqu’au jour où le corrupteur trébuche.

Thierry Oko

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Funérailles téké