Congopage : Les choses s’accélèrent depuis que Le Général Président Denis Sassou a dévoilé ses intentions constitutionnelles à Washington.

Me Philippe Youlou  : Oui ça va vite. Le 1er Ministre Jean-Claude Junker auquel se compare Monsieur Sassou avait dit en février 2004 à Bruxelles « Si le ridicule tuait, les rues de Bruxelles seraient jonchées de cadavres. » Aujourd’hui, le Général Président Sassou prend exemple sur quelqu’un qui se moque du comportement des hommes politiques qui n’ont pas peur de sombrer dans la honte. C’est là où le bât blesse.

Congopage : La chancelière A. Merkel doit rire après les déclarations de Sassou.

Me P. Youlou  : La Constitution du Luxembourg date du 17 octobre 1868. Elle est revêtue d’une grande stabilité. Quant aux Allemands, leur Constitution est appelée « Loi fondamentale  ». Il s’agit d’un régime parlementaire stabilisé c’est-à-dire qui respecte l’Etat de Droit. La Loi Fondamentale Fédérale de l’Etat Allemand date de 1949. En son article 79 elle interdit toute modification de la Loi fondamentale. Mr Sassou a cité la Chancelière A. Merkel sans savoir sur quel fondement juridique elle est assise et comment est-elle arrivée au Pouvoir. Selon cet article, quiconque violerait la Constitution serait déchu de ses droits fondamentaux. Au cas où il toucherait la Loi Fondamentale, pour les Allemands, Monsieur Sassou serait déchu de ses droits. Le paradoxe est que l’un et l’autre ont des origines communistes. Mme A. Merkel vient de l’Europe de L’Est ; Monsieur Sassou a fait ses écoles dans les pays de L’Est. L’Européenne est devenue démocrate, l’Africain ploutocrate. Cherchez l’erreur.

Congopage : A quoi serait due cette divergence de parcours ?

Me P. Youlou : L’exorcisme de 1992 (La Transition) fut un rituel qui n’est pas allé au bout de son accomplissement. Les vieux démons ont survécu au désenvoûtement. Les voilà toujours à l’œuvre. En revanche la réunification des deux Allemagnes a correspondu au respect d’un mythe, celui de la Grande Allemagne que Hitler réussit à falsifier. En 1989, la chute du mur de Berlin renvoyait à la correction d’une grave anomalie. Là se situe la différence entre Monsieur Sassou l’Africain et Mme Merkel la Germain. Elle est issue d’une société où les catégories de la démocratie fonctionnent comme un « béhaviorisme  » , une théorie du comportement. Tandis que Monsieur Sassou s’inscrit dans ce qu’on pourrait catégoriser dans sa société de référence comme le mythe de la termitière, les hommes à l’image des termites obéissant à une reine. Ce que Monsieur Sassou a délivré comme message à Washington mérite un coup de pied dans la termitière, a fortiori quand on entend ses « spécialistes de la Constitution » (à l’image de Thierry Moungalla) qui s’interrogent naïvement « Comment allez-vous diriger »(sous- entendu - si on ne change pas la Constitution). Balivernes et inepties : comme si le Congo les a attendus pour naître en tant que République.

Congopage  : Foutre un coup de pied dans la termitière, pour l’instant on n’en est pas encore là.

Me P. Youlou  : Mieux, L’Etat Congolais mérite d’adhérer à l’Union Européenne puisqu’il se situe (a dit Monsieur Sassou) à la hauteur de L’Allemagne. Les Turcs doivent d’ailleurs envier notre Etat, eux qui peinent à entrer dans l’Union à cause d’un mauvais assainissement de leurs Institutions. Par ailleurs, les Afghans semblent plus démocrates que Monsieur Sassou puisque chez eux le mandat présidentiel se limite à deux ans. Et il est non renouvelable. Le dernier Président, Hamid Karzaï, vient de quitter la tête du pays après avoir épuisé son temps constitutionnel. Il est parti sans faire du chichi. Vous vous rendez compte. Les Talibans qu’on dit « terroristes » sont plus démocrates que l Monsieur Sassou. On est là dans la boutade.

Congopage  : A votre avis pourquoi a-t-il pris le Luxembourg comme référence ?

Me Philippe Youlou  : C’est son inconscient qui a parlé. Comme il ne s’imagine pas quitter les affaires en 2016 et, comme il se croit indispensable aux Congolais, il se considère en Monarchie comme Junker le Luxembourgeois. Or il ne sait pas que Le Luxembourg est une Monarchie Constitutionnelle et que si Junker a perduré au pouvoir c’est moins en tant que Roi ou Prince du Luxembourg que parce qu’il a un brillant parcours politique, parcours tellement brillant que ses pairs l’ont désigné à la tête de l’Union Européenne en novembre 2014. Son Excellence, Sassou, veut instaurer une Monarchie féodale, les enfants succédant au père. Ca, ça ne passe pas au Congo.

Voilà qui justifie ma présence au sein des Assises de Paris présidées par Jean-Luc Malékat pour une alternance apaisée après avoir mis hors d’état de nuire les talibans constitutionnels.