Le Mémorandum de l’opposition politique congolaise qui a été signé, à Brazzaville, le 23 juin 2018, ne serait-il qu’une énième diablerie de Sassou Nguesso ? Ne viserait-il rien d’autre que la pérennisation de son pouvoir ou l’hégémonie des Mbochi au Congo ?

L’esprit du texte ayant été proposé par le ministère de l’Intérieur au « département gouvernemental de l’opposition  », dirigé par Pascal Tsaty Mabiala, y a t-il anguille sous roche ? Oui. Non seulement le leader de l’opposition est nommé par le conseil des ministres, mais aussi parce qu’il a les mêmes privilèges qu’un ministre.

Denis Sassou Nguesso qui confond politique et gangstérisme est, aujourd’hui, coincé. Toute la communauté internationale, avec elle l’Union africaine et tous les lobbies qui soutiennent le pouvoir de Brazzaville, l’obligent à détendre le climat politique dans son pays.

Notamment libérer tous les prisonniers politiques, organiser un dialogue national et mettre sur pied un gouvernement d’union national qui doit gérer la crise multidimensionnelle et les fonds qui pourraient venir des institutions internationales. C’est le prix à payer par le pouvoir de Brazzaville pour pouvoir bénéficier de l’aide internationale et faire renaître la confiance au niveau national et international.
La pilule est amère et difficile à avaler. Pourtant, c’est le seul traitement qui peut guérir le Congo.

« Ngue pesa yi mbwa, yi mbwa me manga »

Même le Fmi qui avait déjà entamé des négociations avec le Congo serait, lui aussi, contraint de tenir compte de ces obligations. Il passerait par certaines institutions internationales pour ne pas paraitre très politique. Comme aussi, la France passerait par le Fmi pour faire bouger les lignes au Congo-Brazzaville. « Ngue pesa yi mbwa, yi mbwa me manga  » disait mon aîné Joseph Pambou, Ya Djo, journaliste retraité à Radio Congo, lorsqu’il parlait d’une affaire compliquée.

Pourtant, Denis Sassou Nguesso a fléchi comme son homologue équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema, qui, lui, a déjà libéré tous les prisonniers politiques, sous la même pression internationale.

Mais, grand cinéaste, Sassou Nguesso a monté le scenario pour tromper la communauté internationale. Comme aussi il a déjà distribué les rôles. Douze partis politiques ont donc été sélectionnés pour jouer sa pièce de théâtre. Ils vont représenter et parler au nom de l’opposition.

Dans cet article, nous voulons revenir sur ce qu’une certaine presse prend déjà pour des révélations ou des vérités de Joseph Kignoumbi Kia Mboungou sur le Mémorandum. Mais, on en est loin, très loin. Car, ce comédien a toujours agi ainsi. Il fait des caprices lorsqu’on lui confie des rôles secondaires. Parce qu’il sait, d’avance, qu’il va être dorloté et gagnera plus que les autres alors il fait des caprices. Parce que le pouvoir de Sassou Nguesso se sent dans l’obligation d’acheter les consciences et le silence, Kignoumbi fait la surenchère.

« Wuba wuna wa weno messo » On ne trompe qu’un aveugle !

On ne trompe qu’un aveugle. Pourtant Guy Brice Parfait Kolelas, le président de Yuki, Henri Blaise Nzonza, son chargé de la communication, et Fidèle Nkanza, son conseiller spécial, ne sont pas des aveugles. Mais, comment ont-ils pu être trompés à la lumière du jour ?

« Wuba wuna wa weno messo » veut dire aussi : on n’a pas d’excuse quand on est au courant des enjeux. On les dupe en connaissance de cause. ils peuvent tout voir dans les négociations et se font avoir.

Guy Brice Parfait Kolelas et Joseph Kignoumbi Kia Mboungou ont eu dans leurs mains le même document. Tous les deux leaders politiques ont été dans la commission préparatoire du Mémorandum. Pourtant, le premier a signé le document, et le second l’a rejeté. L’un est-il aveugle, l’autre aura vu clair ? Que s’est-il passé entre temps ? Que cacherait ce document ?

Nous n’avons pas eu des informations sur les motivations de Guy Brice Parfait Kolelas. Ni lui-même ni Henri Blaise Nzonza ni la presse n’en parle. En plus, il n’y a eu aucune réaction de l’Udh-Yuki sur notre article « Signature du mémorandum de l’opposition congolaise : Parfait Kolelas, un leader « nkarismatique  », sans ambition et fidèle au « Tataboukatélisme  », et sur celui de Benjamin Bilombot Bitadys qui est plus pimenté et qui brule la gorge. Il porte le titre « Le parfait coup de Sassou avec Pascal ». Qui ne dit mot consent les maux ?

Ce qui semblerait être les révélations de Kignoumbi Kia Mboungou

C’est au cours d’une conférence de presse au siège de son parti politique, le samedi 30 juin 2018, que le président de La Chaîne, un parti de l’opposition, s’est déchainé en se prononçant sur le mémorandum de l’opposition politique congolaise. Rappelons que ce document avait été signé par quelques partis politiques, une semaine auparavant.

D’entrée de jeu, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou a rappelé à la presse que son parti avait participé aux réunions préparatoires de la sortie officielle de cette nouvelle plateforme politique qui devra désormais travailler avec les partis de la majorité présidentielle. Une grande première dans l’histoire politique du monde de voir une opposition et une majorité présidentielle travailler ensemble ! Un retour au monopartisme qui ne dit pas son nom ?

Pourtant, Kignoumbi s’est aussi demandé comment peut-on vouloir l’alternance et conclure des arrangements avec ceux qui sont au pouvoir et dont la politique est décriée par tous les Congolais et la communauté internationale ?

Rien qu’à travers cette question, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou a touché du doigt la réalité dans laquelle vit cette opposition congolaise qui a signé le Mémorandum.
Le président de La Chaine ne parle pas en l’air. Il se sert des fondamentaux de ce nouveau groupement politique : « J’ai ici sous la main deux documents majeurs qui régulent le fonctionnement du groupe des partis politiques de l’opposition signataires, à savoir : le mémorandum et le règlement intérieur. Quelques points posent problème et ont fait rétracter la Chaîne. Le premier point de désaccord est contenu dans le mémorandum. Il s’agit du sixième point intitulé : Travailler pour la conclusion d’un pacte républicain ». Et, d’ajouter « Dans notre contribution écrite, nous disions qu’il n’y a pas meilleur pacte républicain que notre Constitution, qui engage la majorité, l’opposition et le peuple congolais tout entier ».

Kignoumbi Kia Mboungou oublie carrément que le référendum d’octobre 2015 et la Constitution qui en sort avaient été rejetés par les Congolais et la communauté internationale. S’il en parle et se réfère à elle pour tenir son discours politique, cela veut tout simplement dire qu’il est, lui aussi, membre de l’opposition présidentielle donc aveuglé par le pouvoir.

Le danger du Mémorandum selon Kignoumbi Kia-Mboungou

Mais, Kignoumbi kia Mboungou ne fait pas seulement la critique. Il ressort aussi le danger de ce document. Ce Mémorandum n’engage, selon lui, que les deux blocs politiques que sont la majorité et cette « opposition présidentielle » dirigée par Pascal Tsaty Mabiala. Il exclut les autres acteurs de la vie nationale, en l’occurrence le peuple congolais. Une façon indirecte de parler de la vraie opposition qui représente la majorité des Congolais et qui est incarnée par l’Idc-Frocad et J3M. C’est un grand danger ! « Le danger est que les deux blocs politiques peuvent être amenés à faire de petits arrangements sur le dos du peuple ». Le premier danger serait la création d’un poste de vice-président pour permettre à Christel Denis Sassou Nguesso de succéder à son père.

Pourtant, il y a d’autres points qui ont poussé La Chaine à se déchainer et à ne pas signer ce document. Il y a par exemple les articles 12 et 16.

En effet, si le premier élargit le conseil des partis politiques de l’opposition aux personnalités qui sont désignées par le chef de l’opposition, alors que la loi sur le statut de l’opposition parle, plutôt, des partis et des groupes de partis, le deuxième qui veut que l’ordre du jour des réunions extraordinaires soit de la seule compétence du chef de l’opposition et soit communiqué séance tenante, n’est qu’un diktat du leader de l’opposition aux autres leaders.

Pourtant, Guy Brice Parfait Kolelas a signé. Mais, le désaccord vient aussi de cette contradiction qui sort de l’article 19. En effet, ce texte permet aux partis politiques de l’opposition signataires du Mémorandum de garder leur autonomie de fonctionnement. Même s’ils doivent, dans leurs prises de position publiques, respecter les engagements contenus dans le mémorandum et le règlement intérieur.
Cependant, le grand piège de ce document vient de son article 20. Il dispose qu’en cas de négociation politique ayant trait au mémorandum, les membres du conseil des partis de l’opposition désignés, consensuellement, peuvent accompagner le chef de l’opposition.

Pour Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, c’est le verbe pouvoir t utilisé et qui n’a pas de caractère obligatoire qui pose problème. Il fallait, d’après lui, le remplacer par le verbe devoir pour engager tous les signataires.

Néanmoins, les Congolais qui connaissent bien Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, ne sont pas surpris de ce jeu qui l’a toujours caractérisé et dans lequel il est devenu un fin professionnel. D’ailleurs, il en tire des grands profits.

Le leader de La Chaine est enchainé à Sassou Nguesso

Les Congolais savent très bien que le député de Sibiti fait des caprices parce qu’il sait, d’avance, qu’il va être dorloté pour gagner plus que les autres. Cela a toujours été sa façon de faire la politique et de dire autrement à Sassou Nguesso « Je suis donc j’existe, et pense à moi  ».

Et, sa politique n’a toujours été ponctuée que par ces revirements de la dernière heure. Ce, depuis son départ de l’Upads, le parti créé par Pascal Lissouba, jusqu’ à la création de son propre parti politique, La Chaine. Effectivement, c’est aussi avec une grosse chaine métallique que Kignoumbi Kia Mboungou s’est enchainé à Sassou Nguesso. Et, il n’arrive pas à se déchainer, malgré les nombreuses violations des constitutions et les guerres récurrentes que provoque son allié politique.

Néanmoins, La Chaine semble, aujourd’hui, perdre son maillon qui la lie à Sassou Nguesso lorsqu’elle désapprouve l’idée d’un gouvernement d’union nationale qui, selon lui, ne se justifie pas.

La Chaine se déchaine et se casse. Puisqu’elle ignore que la question de la création d’un gouvernement d’union nationale avec la vraie opposition est, aujourd’hui, à l’ordre du jour dans les milieux de la Real politik. Elle est la seule voie de sortie de la crise que la communauté internationale propose à Sassou Nguesso. Et, ce dernier l’a déjà accepté pour sauver sa vie et celle des membres de son clan. Voilà pourquoi Sassou Nguesso s’est empressé à publier la liste des partis politiques reconnus par lui et par son gouvernement, et regrouper son opposition dans une nouvelle plate-forme. D’où le Mémorandum du 23 juin dernier. Il a aussi libéré, sans procès, des prisonniers qui croupissaient, depuis des années, pour certains, et des mois, pour d’autres, à la Maison d’Arrêt et dans d’autres prisons. Et, ce n’est pas par une bonté de cœur qu’il va bientôt libérer tous les grands prisonniers politiques. C’est inévitable. La pression est très forte. Kignoumbi Kia-Mboungou et sa Chaine se déchainent tout simplement parce qu’ils n’ont eu qu’un second rôle à jouer dans cette pièce. Le bonhomme n’est pas un démocrate. Il a raté plusieurs occasions pour s’affirmer comme un défenseur de la démocratie. La bassesse dit Alain Mabanckou n’est plus ce qu’elle était. Désormais on se prostitue toute honte bue.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain