JE LANCE UN CRI !

Message d’exhortation de son Excellence Monseigneur Louis PORTELLA MBUYU, Evêque du diocèse de Kinkala, aux Congolais pour la paix dans le Département du Pool.

« Crie, hurle, Fils d’homme, l’épée sévit parmi mon peuple »
(Ez 21, 17).

Depuis particulièrement le mois de septembre 2016, la partie sud du département du Pool est le théâtre d’une véritable tragédie humanitaire.

Voilà une population qui est ballottée, malmenée, déstabilisée, humiliée, déshonorée, ne sachant « à quel saint se vouer ».

Beaucoup ont été chassés de leurs villages respectifs, pour se retrouver dans des lieux d’accueil, souvent de fortune, dans l’impossibilité de subvenir à leurs propres besoins et donc réduits à la mendicité (interdiction d’aller aux plantations et difficulté de vendre les produits de leur travail antérieur), avec des cas de malnutrition déjà déclarés. Et pendant ce temps, les villages délaissés sont « proprement  » pillés.

Beaucoup de jeunes sont souvent appréhendés par les forces de l’ordre, parce que facilement assimilés à des ninjas, certains sont simplement éliminés, d’autres croupissent dans des prisons, avec quelque chance de libération moyennant une rançon.

Beaucoup de militaires, au grand désespoir de leurs familles, sont en train de tomber sous les attaques-surprises des ninjas-nsiloulou, qui donnent l’impression de disposer d’un arsenal étonnant.
Bref, on pourrait continuer à présenter d’autres aspects de ce sombre tableau. Mais, là n’est pas l’urgence.

Oui, je lance un cri ! Ce que vivent, en effet, les populations de la partie sud du département du Pool est difficile à supporter : c’est cruel ! C’est inhumain ! C’est intolérable !

 Au nom de Dieu, dont nous tenons tous « la vie, le mouvement et l’être » (Ac 17, 28), qui nous aime tous sans exception, qui est « riche en miséricorde » (Ep 2, 4), qui « dit la paix pour son peuple et ses fidèles  » (Ps 85, 9) ;

 Au nom de son Fils Jésus qui « a donné sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28), qui nous a laissé et donné sa paix (Jn 14, 27) ;

 Au nom de nos ancêtres qui, dans toutes les situations de tension ou de dissension, ont toujours su les surmonter grâce à une démarche communautaire de «  l’otwere » ou du « mbongui  » ;

 En vertu de notre cœur humain qui, normalement ne peut rester insensible à la souffrance humaine ;

 En vertu de la fraternité qui nous lie tous, fils et filles du Congo, « du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest  » et qui nous fait proclamer notre devise : « Unité, Travail, Progrès  » ;
Je lance un cri à l’adresse de nous tous :
Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas, nous n’avons pas le droit de laisser se perpétrer un tel drame si inhumain.
Aucun humain digne de ce nom ne peut se permettre de se tenir à distance par rapport à une telle tragédie.
Je m’adresse donc :
 À tous les croyants : mobilisons-nous dans la prière. Que partout, des supplications incessantes montent vers le Seigneur, pour que la paix revienne et que la réconciliation prévale.
 À nos chers responsables politiques, administratifs et militaires à quelque niveau que ce soit, à nos chers parlementaires et ministres, de quelque origine régionale ou ethnique que ce soit : je vous prie et vous supplie de manifester plus fortement votre préoccupation solidaire, dans la recherche efficace d’une solution de paix définitive mettant fin à la souffrance d’une population.
 À nos vénérés sages, vous êtes les porteurs de nos belles traditions de paix, de réconciliation, de consensus : nous comptons sur votre mobilisation générale, dans tous les départements, pour apporter votre précieuse et indispensable contribution dans la recherche d’une paix définitive.
 À Monsieur Frédéric BINTSAMOU : certains vous considèrent comme un envoyé de Dieu ou de l’un de ses anges. Comme nous l’a dit le Pape François : «  Tuer au nom de Dieu est satanique…La violence au nom de Dieu est un blasphème  ». Il est difficile de comprendre que vous laissiez un peuple que vous défendez, être cruellement malmené par ses propres enfants et être exposé à des traitements inhumains. C’est pourquoi, si vraiment vous aimez ce peuple, j’en appelle à votre conscience humaine : il ne tient, en partie, qu’à vous pour que ce drame prenne fin. Pour l’amour de Dieu et de votre peuple, osez donc sortir ; osez expliquer, de manière transparente, la cause que vous défendez.

 Aux Ninjas-nsiloulou : je prie pour que vous preniez conscience de la tragique impasse dans laquelle vous vous trouvez. Ce sont vos propres parents qui souffrent et qui meurent, en partie, à cause de la manière dont vous les traitez. Quelle est donc la cause exacte pour laquelle vous combattez ? Et vos propres vies, que deviennent-elles, dans un tel cycle interminable de violences et de cruautés ?? Non ! Sortez et tournez la page en cherchant à reprendre une vie normale où vous pouvez vous rendre utiles aux autres.

 Quant à vous, mamans, papas, grands-parents, jeunes, qui vous trouvez profondément meurtris par cette situation, le message, le voici :
pas de désespoir, pas de haine, pas de rancœur, mais l’amour, le pardon. En effet, le mal n’est jamais vaincu par le mal. Au contraire, comme le dit l’Apôtre Paul, « sois vainqueur du mal par le bien  » (Rm 12, 21).

Que cette conviction soit forte en vous : c’est Dieu qui a le dernier mot de notre histoire. Gardons donc ferme notre espérance en notre Dieu, source de la paix ; gardons inébranlable notre assurance d’être capables de relever ce département en souffrance.

Pour conclure, je relis avec vous cette exhortation de l’Apôtre Paul :
« Au reste frères, tout ce qu’il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d’être aimé, d’être honoré, ce qui s’appelle vertu, ce qui mérite l’éloge, tout cela, portez-le à votre actif (…). Et le Dieu de la paix sera avec vous  » (Ph 4, 8-9).

Donné à Kinkala, le 25 mai 2017
En la solennité de l’Ascension du Seigneur
† Mgr Louis PORTELLA MBUYU
Evêque de Kinkala