Les Congolais vont être pressés par la taxe foncière inspirée par Pierre Mabiala, un impôt inique qui s’enchaîne avec l’extorsion quotidienne de fonds que l’édile autoproclamé de Makéléké, Morel (ou Maurel) Kiwoundzou, opère dans les différents marchés de son arrondissement, aux dépens des commerçants du Pool.

A l’instar de Jésus-Christ qui comptait parmi ses apôtres, Saint Mathieu, le collecteur des impôts, au Congo-Brazzaville, le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso a au nombre de ses supporters zèlés outre Pierre Mabiala, Morel Kiwoundzou qui rackette les administrés de sa circonscription municipale : Makélékélé. A l’inverse de Morel, St-Mathieu abandonna ce métier quand sa route croisa celle du Christ.

En sus de l’hilarité générale qu’il suscite chaque fois qu’il l’ouvre, Morel Kiwoundzou, avec la bénédiction de Denis Sassou Nguesso, s’est improvisé grand collecteur des impôts bafouant le principe sacré du consentement de l’impôt.

Au Congo-Brazzaville, les principaux protagonistes de la décision fiscale ont longtemps été le gouvernement et le Parlement, avec le citoyen qui constitue la base de l’architecture démocratique, avec le régime dictatorial de Denis Sassou Nguesso, il semble bien qu’aujourd’hui la nature politique du citoyen-contribuable ait tendance à s’estomper en se fondant dans celle d’un client que l’on rançonne à souhait.

A quel titre, Morel Kiwounndzou, administrateur maire d’arrondissement, peut-il lever l’impôt qui relève du domaine législatif ? Au Congo-Brazzaville, chacun y va de son impôt. Du policier routier au personnel soignant en passant par le croque-mort, les agents du ministère du commerce, de la douane, du Trésor Public et de l’enseignant de l’école primaire jusqu’à l’université, le citoyen du Congo-Brazzaville est assujetti aux diverses taxes sans que cela n’émeuve personne.

Le contexte actuel du Congo-Brazzaville fait ainsi cohabiter des logiques qui relèvent d’époques et de mondes différents : d’un côté, une logique politique ancienne, qui procède de la tradition démocratique et qui privilégie dans l’organisation et le fonctionnement du pouvoir fiscal la capacité politique, c’est-à-dire celle des représentants des citoyens ; lui fait face une logique de prédation qui répond quant à elle à des impératifs d’enrichissement personnel institués par le pouvoir corrompu et corrupteur de Denis Sassou Nguesso et qui privilégie une expertise technique dans l’art de créer des taxes et des prélèvements fiscaux intimement liée maintenant aux possibilités offertes par le pouvoir de Denis Sassou Nguesso de s’enrichir indûment en affamant la bête.

On ne doit pas s’y tromper : c’est de la manière dont il sera répondu à ce dernier enjeu. Se dessine progressivement non seulement la fin d’une certaine façon de considérer le consentement de l’impôt, mais aussi de concevoir le rôle de la classe politique et la nature du citoyen. Le caractère crucial de cette question s’observe aujourd’hui à travers la perte de sens du devoir fiscal, qui s’exprime par la banalisation de l’évitement de l’impôt par la classe dirigeante et les nouveaux riches du Congo-Brazzaville épinglés dans le scandale des paradis papers et des panamas papers caractérisant le contexte du Congo-Brazzaville frappé par une crise protéiforme. Plus que d’une simple résistance à l’impôt, il faut y voir le germe d’un refus qui tend à s’étendre par capillarité, faisant l’économie du fracas des révoltes fiscales. Il en résulte une perte de légitimité de l’impôt qui est liée, d’une part, à ce que sa fonction budgétaire, pas plus que sa fonction d’instrument de justice sociale, ne semblent remplies, d’autre part, à ce que se développe un sentiment d’inégalité de la part des contribuables lambda du Congo-Brazzaville ne recourant pas à l’évasion fiscale. Les députés, les ministres, conseillers municipaux et régionaux payé en espèces échappent à l’impôt. Idem des membres des instances politiques budgétivores. Au Congo-Brazzaville, plus on est riche, moins on paye l’impôt. La fraude fiscale est flagrante dans les catégories socio-professionnelles aisées. Un tel état d’esprit finit par favoriser voire pour certains par justifier des pratiques d’évitement de l’impôt qui ne trouvent plus alors aucun frein, ni éthique ni social.

Morel Kiwoundzou, locuteur de la langue mbochi, collecte d’autorité des taxes auprès des transporteurs qui ravitaillent les différents marchés, des vendeuses et vendeurs des taximen, alors que ni les routes ne sont entretenues, les marchés non nettoyés et les gares routières non aménagées. Les services de voirie et les mobiliers urbains sont inexistants dans la circonscription de Morel Kiwoundzou. Où passe donc l’argent collecté par le saint Mathieu de Makélékélé ?

Benjamin BILOMBOT BITADYS