Depuis quelques mois, une rumeur sur la nomination du fils benjamin de Denis Sassou Nguesso, Christel Denis Sassou Nguesso au poste de vice-président de la République du Congo, gagnait du terrain, au pays et dans la diaspora. Elle était reprise dans les medias sociaux.

Mais, c’est Brazzanews qui l’a transformée en un scoop c’est-à-dire une info importante, publiée en exclusivité. Et, Brazzanews n’est pas encore contredit par les autorités congolaises.

En tout cas, jusque-là, ni le porte-parole de la présidence de la République, ni celui du gouvernement n’a réagi. Encore moins celui du Parti congolais du travail, le parti au pouvoir (dont Christel Denis Sassou Nguesso est membre) ne la confirme ou ne l’infirme.

Mais, il ne faut pas aussi oublier le silence de l’Assemblée Nationale et du Sénat alors que, selon Brazzanews, c’est dans ces deux institutions que tout devra se jouer.
Puisque c’est le parlement réuni en congrès qui va d’abord voter des lois portant modification de la constitution de 2015. Avant que Denis Sassou Nguesso ne procède à la nomination, par décret, de Christel Denis Sassou Nguesso au poste de vice-président beaucoup d’eau doit couler sous le pont.

En procédant à cette nomination, Denis Sassou Nguesso va non seulement faire l’apologie de l’impunité et du crime économique, mais aussi il mettra fin à la démocratie dans son pays telle qu’elle avait été souhaitée à la conférence nationale souveraine. Il révèle, par ailleurs, ses intentions d’en finir avec le Fonds monétaire international qui lui exige de mettre fin aux malversations financières de sa gouvernance.

Mais, le scandale vient aussi de Christel Denis Sassou Nguesso, lui-même. Car, le fiston a les mains sales jusqu’aux coudes. Il les a plongées dans la merde. Peut-être aussi dans le sang.

Plus de 1500 milliards volés aux Congolais

Pourtant cette nomination, si elle va avoir lieu, sera une grave atteinte à la sureté intérieure de l’Etat ou encore un énième coup d’état de Denis Sassou Nguesso contre les institutions de la république et contre lui-même. Un crime ou un délit pour lesquels il condamne jusqu’à 20 ans de prison ferme ses opposants politiques, à l’issue de procès staliniens. Mais, elle va aussi accentuer le débat sur l’impunité des crimes économiques qui sont commis par les dignitaires du pouvoir de Brazzaville, et l’ouverture des audits sur la gestion du pétrole, du bois et d’autres minerais. Alors que le Fmi en a fait l’une de ses exigences dans ses négociations avec le gouvernement du Congo.

Selon les calculs que nous avons faits, à partir des informations qui sont publiées dans la presse internationale et à l’aide du convertisseur de monnaie Google, les avoirs de Christel Denis Sassou Nguesso qui sont découverts dans quelques banques à l’étranger, seraient estimés à plus de 1500 milliards de Francs Cfa. Celui qui est pressenti être nommé vice-président de la république du Congo a donc volé aux Congolais une bagatelle de plus de 1500 milliards de Francs Cfa. Alors que son parti et les autres formations politiques qui composent la majorité présidentielle se sont engagés, il y a quelques mois, à lutter contre le crime financier.

La psychose d’une guerre

Le pouvoir de Sassou Nguesso ne fonctionne qu’avec du sang humain de la même manière qu’un moteur tourne avec de l’essence ou du gasoil : c’est ce que nous avions écrit en substance dans notre roman Les « démons crachés de l’autre République » , roman, 214 pages, Paris, Éditions L’Harmattan, 2007. Nous croyions faire de la fiction et parlions des « démons crachés  » en caricaturant un personnage de notre ouvrage dont la bouche édentée éprouve des difficultés à prononcer le mot démocratie. Or le pays compte réellement des « démons crachés » vu la façon dont les dirigeants politiques actuels du Congo font la politique et leur obsession de s’accrocher au pouvoir. Même lorsqu’ils ont conduit le pays dans l’abîme, ne trouvons pas d’autres images pour les designer que celle de « démons crachés »

C’est pourquoi cette information publiée par Brazzanews sur la énième violation de la constitution par Denis Sassou Nguesso remet les Congolais dans la psychose d’une énième guerre. Les Congolais savent que cet homme n’entend que le langage des armes.

Comme en 2015, personne ne pourra lui faire entendre raison pour abandonner son projet qui est plein de risques. Le sang des Congolais risquera donc encore de couler à flot.

Pis : le clan a perdu le contrôle de la crise multidimensionnelle que connaît le pays.

En effet, les exigences du Fmi, les révélations qui sont faites dans les procès contre des officiers généraux des Forces armées congolaises et des leaders politiques de l’opposition, l’ont complètement affaibli et ont accentué les divisions.

Aujourd’hui, trois courants existent au sein de la famille biologique de Sassou Nguesso. Ils se font la guerre. Il s’agit du courant de Christel Denis Sassou Nguesso dans lequel se trouveraient Denis Sassou Nguesso, lui-même et sa fille Claudia Ikia. Celui du directeur du domaine présidentiel, le colonel Edgard Nguesso, qui serait formé, entre autres, par tous les autres enfants Sassou et Nguesso, et celui qui est dirigé par le conseiller spécial à la présidence, Jean Dominique Okemba.

Mais, il y a aussi la lettre des évêques du Congo dans laquelle ils demandent aux églises sœurs, notamment occidentales d’aider le Congo à récupérer l’argent volé et caché dans les paradis fiscaux, et la tenue d’un dialogue national qui faussent tous les calculs des partisans de Denis Sassou Nguesso et provoque la peur. Dommage que les Congolais ne se soient pas appropriés de cette lettre.

Le gouvernement veut accélérer le ramassage des armes détenues par les ninjas-nsilulu, la milice de Frédéric Binsamou, alias Pasteur Ntumi, dans le département du Pool. Il veut vite y implanter un contingent militaire composé par des soldats rwandais et ougandais, sous le label d’une société agricole. La mission est bien sûre celle de neutraliser les partisans de Ntumi et à mater tous ceux qui s’opposeront à la nomination de Christel Denis Sassou Nguesso.

A Brazzaville, une autre milice proche du pouvoir vient de voir le jour. Il s’agit du Klux Klux Klan qui, elle, veut s’attaquer aux parents et aux proches des citoyens Congolais de la diaspora qui critiquent le régime dictatorial de Brazzaville.

Tout commencerait par une réunion de famille à Oyo

D’après le très informé journal en ligne, Brazzanews, tout commencerait à Oyo. « En effet, lors de son dernier séjour à Oyo, le président Sassou Nguesso a réuni sa famille afin de désigner son successeur, en la personne de son fils Denis Christel Sassou Nguesso. Malgré la grogne des autres membres du clan, le président Sassou est resté de marbre » rapporte-t-il.

Le scenario qui serait mis en place

En analysant le billet (petit article d’humeur) de Brazzanews, on a l’impression que le pouvoir de Brazzaville veut que le Président de la république soit désormais élu au suffrage universel indirect c’est-à-dire par un collège composé des parlementaires (députés et sénateurs). Sassou Nguesso qui est conscient qu’il n’a jamais gagné une élection, durant toutes les décennies qu’il a passées au pouvoir, devine d’avance que son fils n’aura pas, lui aussi, cette chance. Voilà pourquoi le scenario élaboré et que rapporte Brazzanews consisterait, dans un premier temps, à modifier la Constitution en y ajoutant quelques nouvelles lois. A notre avis, elles pourront être trois. La première loi est celle qui voudra que le Président de la République soit, désormais, élu par le parlement réuni en congrès (le suffrage universel indirect), et non à l’issue d’un suffrage universel direct c’est-à-dire élu par tous les citoyens congolais qui jouissent leurs droits civiques et votent pour un candidat à l’élection. La deuxième créera le poste de vice-président de la République. Et, la troisième donnera au vice-président de la république la possibilité de succéder au président de la république en cas de vacance du pouvoir ou d’empêchement prolongé d’exercer ses fonctions manifesté par le président de la république. C’est donc après la promulgation de toutes ces nouvelles lois que Sassou Nguesso procédera à la nomination, par décret présidentiel, de son fils, Christel Denis Sassou Nguesso comme Vice président du Congo.

Un projet qui va provoquer l’ire des Congolais

Le projet va sans doute provoquer l’ire des Congolais. Comment pourront-ils accepter que pour des modifications aussi importantes qui seront faites sur la loi fondamentale de leur pays, qu’ils ne soient pas consultés pour donner leur avis. Que Sassou Nguesso fasse confiance à une assemblée nationale et un sénat dans lesquels il n’a que des courtisans est une félonie.

Même malgré ces trois lois qui seront votées par le parlement, le scenario semble toujours être incohérent et boiteux. Car, d’après l’esprit de l’article de Brazzanews, le vice-président de la République aura la mission d’achever le mandat du président de la république en cas de force majeure (inaptitude due à la vieillesse ou dégradation de la santé, par exemple). Il continuera donc la politique de ce dernier. Il n’a donc pas besoin d’un projet de société et d’une campagne électorale.

Alors que Christel Denis Sassou Nguesso a publié son projet de société « Ce que je crois » et est déjà en campagne électorale, dans laquelle il se fait accompagner par les ministres Adelaïde Modelé Ngolo et Thiery Lezun Moungalla. il y aura un problème juridique qui va se poser. Sur quel projet de société le vice-président de la république va-t-il travailler ? Celui de son père qui est un président illégal et illégitime ? Il est donc clair que Christel Denis Sassou Nguesso ne semble pas avoir la même vison que son père, puisqu’il s’est fait tailler un projet de société. Dans ce cas, il ne pourra donc pas être le vice-président de son père. Et, pourquoi Christel Denis Sassou Nguesso se fait-il accompagner, dans sa campagne, par des membres du gouvernement et non par ceux du Pct, le parti auquel il appartient et qui est censé battre campagne pour lui ?

Le Pct n’est pas la Zanu

Désignation de Christel Denis Sassou comme successeur de Denis Sassou Nguesso à l’issue d’un conseil de famille et non d’un congrès du Parti congolais du travail, publication du livre « Ce que je crois » par le pressenti héritier du trône, des membres du gouvernement et non ceux du secrétariat du Pct qui accompagnent le futur vice-président de la république… Les Congolais se demandent où est le Pct ?

Alors qu’il y a quelques années seulement, lorsque le député et maire de Brazzaville, Hugues Ngouélondélé, avait publié son livre « Le Parti congolais du travail. Faire la politique autrement », paru en France, chez Jaguar-Edition Conseil, un grand débat avait eu lieu au sein du Pct. Les ténors de ce parti comme Jean Pierre Manoukou Kouba, Michel Ngakala, Serge Michel Odzoki, Pierre Massamba et autres, avaient trouvé l’occasion de vomir sur les plateaux de télévision tout leur savoir politique.

Pourtant, sur le livre « Ce que je crois » de Christel Denis Sassou Nguesso, personne ne dit mot. Pas même pour apprécier cette décision qui a été prise en dehors des instances du parti. La famille biologique de Denis Sassou Nguesso serait-elle au dessus de toutes les instances du Pct pour qu’elle décide toute seule sur la succession de Sassou Nguesso ?

Au Zimbabwe, le président Robert Mugabe était tombé en disgrâce avec son parti, et le processus de sa déchéance s’était accéléré tout simplement parce qu’il avait manifesté l’envie de transmettre le pouvoir à son épouse, Grâce Mugabe. Sans l’accord de son parti la Zanu.

Cependant, beaucoup d’observateurs de la politique congolaise pensent que le cas du Zimbabwe notamment celui de Robert Mugabe et son parti politique, la Zanu, ressemblerait entièrement à celui du Congo qui met en action Denis Sassou Nguesso et son parti politique, le Pct.

Mais, pourquoi le Pct ne se scandalise pas, reste muet et ne se sert-il pas de la situation du Zimbabwe pour faire comprendre à Denis Sassou Nguesso que le Pct, dont il n’est pas d’ailleurs le fondateur, n’est pas une épicerie familiale ? Et, que les grandes décisions qui le concernent doivent être prises au congrès. Que le Congo est une république et non une oligarchie. Le pouvoir n’y est donc pas héréditaire.
Et, créer un poste de vice-président de la république ne ferait-il pas que saigner le Trésor public ? Alors que le gouvernement est déjà incapable de payer régulièrement les salaires des fonctionnaires, les bourses des étudiants et les pensions des retraites. Et, quel serait le rôle du vice-président de la république en temps normal au cas ou le président de la république n’est pas empêché ou ne connaît pas une situation de force majeure qui pourra prouver son inaptitude ?

Comme la généalogie de Jésus

Mais, c’est la lecture des filigranes de ce projet qui fait découvrir le pot aux roses. Et, si les Congolais ne prennent pas garde, l’histoire de leur pays sera dominée par ce grand arbre généalogique. Denis Sassou Nguesso engendra Christel Denis Sassou Nguesso. Christel Denis Sassou Nguesso engendra… A l’image de cette belle histoire racontée dans la bible, notamment dans l’Evangile de Jésus Christ selon Saint Mathieu, qui retrace la généalogie de Jésus Christ. Fils de David, fils d’Abraham. Car, ainsi est le grand rêve de Denis Sassou Nguesso dans la succession au pouvoir en République du Congo. Avec cette généalogie, le général Norbert Dabira qui s’inquiète sur l’avenir des Mbochi après Sassou Nguesso, comme cela a été révélé au cours de son procès, peut, désormais dormir sur ses deux oreilles. Mais, osons aussi croire que les leaders de l’opposition Frocad IDC- J3M n’ont pas troqué leur entrée dans le futur gouvernement d’union nationale contre la nomination de Christel Denis Sassou Nguesso au poste de vice-président du Congo.

Quant aux Congolais, il ne leur suffira que de remplacer certains noms par celui de Sassou ou celui de Nguesso ou encore de mettre les deux dans la généalogie de Jésus pour deviner la longévité de la dynastie mbochi. A la différence que celle de Abraham à Jésus Christ, socle de notre spiritualité n’a rien en commun avec celle de Sassou à Christel Nguesso, source de nos tribulations.

Le nombre total des générations depuis Abraham jusqu’à David est quatorze ; depuis David jusqu’à l’exil à Babylone, quatorze générations ; depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ, quatorze générations.

Le nombre de générations depuis le coup d’état de Sassou (1977) jusqu’au bâtard Christel Nguesso est insupportable aux Congolais. C’est le « Ce que je crois » des vrais patriotes.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain