Une journaliste Kinoise, Paméla Shékola de la chaîne numérique ICNEW 243, est sur le point de tourner un direct dans une rue de la capitale rdécéenne (Il s’agit d’une prise de vue nocturne), lorsque, soudain, ça tourne mal. Elle avait compté sans les tracasseries de la police de Kabila. La vidéo qui suit a été mise en ligne le 21 mars 2017. Yoka aventure !

Tout s’enclenche au moment des dédicaces. Les condés (les policiers) surgissent dans le champ de la caméra. Chemin faisant, Paméla pense que les forces de l’ordre passent leur chemin.
Brusquement, sans la moindre salutation, les deux cognes en patrouille (l’expression de cogne est de Victor Hugo, romancier anti-injustice, pour désigner la police) demandent à la jeune dame de les suivre au commissariat au motif que les caméras les ont filmés (eux les flics).

Dans une ville comme Kinshasa où les télévisions privées son légion, le tournage en plein air, somme toute banal, bascule dans l’inédit, zone de toutes les incertitudes. Likambo ya ko kamwa.

Dans les Républiques bananières, on ne compte plus les cellules de prison qui regorgent de journalistes impudents ayant osé filmer. C’est le cas, à Brazzaville, de Christ Dengui, arrêté depuis le 19 janvier 2017 pour avoir eu l’idée de prendre en photo la séance de l’Assemblée où les parlementaires inféodés à Mpila levaient l’immunité parlementaire du député André Okombi Salissa.

Pour ceux dont le lingala kinois c’est du chinois, voici une transcription libre du dialogue Cognes/Paméla et son équipe technique.

Echange

Paméla à l’attention du policier : Bonsoir Papa. S’il vous plaît, je suis à l’antenne.
Le policier : Pourquoi filmez-vous ?
Paméla : Je fais une émission.
Flic : Je ne dis pas « non ». Pourquoi filmer dans la rue ? Pourquoi filmer les flics en uniforme ?
Paméla  : A quel moment, papa, vous-ai-je filmé ?
Policier  : D’abord montrez les documents. Quelle chaîne représentez-vous ?
Paméla : Je bosse. Je n’ai pas de problème avec vous.
Premier flic : Soit. Mais je veux voir vos documents.
Deuxième flic : Coupez !
Paméla : Hors de question de couper.
Premier flic : Mais vous n’avez aucune autorisation.
Paméla : On vous a fait quelque chose ?
Collaborateur de Paméla : Nous tournons une émission. A quel moment a-t-on troublé l’ordre public ?
Paméla à Eugène (caméra) : Tu ne coupes rien.
Flic : Dans tous les pays du monde existent des règles...
Deuxième flic : Qu’on lui mette des menottes.
Paméla  : C’est une histoire de fous !
Kiki (confrère de Paméla) : Paméla, arrête (tu vas te faire arrêter) !
Le flic : Maman journaliste, vous avez-vu votre ton ? On est des flics.
Paméla : Je sais que c’est la police. J’ai du respect.
Le flic : Alors montrez vos documents !
Paméla  : Je fais mon boulot. Je n’ai rien fait. Pourquoi ces tracasseries ?

Le deuxième policier arrache le micro. Kiki le confrère s’interpose.

Kiki le confrère : Autorité, écoutez. Toi Paméla, du calme. T’es toujours tête de mule. Ecoutez, autorités, nous sommes vos enfants, on vous explique...
Paméla : Eugène tu n’arrêtes aucune caméra. Personne ne va me menotter. Kiki, pourquoi tu t’écrases devant eux ? Francine, passe-moi mon téléphone.
Le premier flic : vous avez filmé la police.
Kiki  : Eugène, tu arrêtes la caméra. Paméla, tu es trop grande gueule.

Coupure d’image. Kin makambo ! On nous dira : « c’est une femme. Honte aux hommes qui subissent sans se battre. »

On l’a compris, Kiki fait semblant de prendre le parti de la police pour tirer sa consœur de ses griffes.

Pour certains, il s’agit d’un Fake (un faux). Pour faire le buzz.
Commentaire d’internaute sur YouTube ; « Rodelphe averti samba : C’est montage ,une réalité, ou bien leur moyen de gagner l’argent ? parce que avec les kinois on s’attend a tout. »

Comédie ? Qu’à cela ne tienne. Mais souvent la réalité dépasse la fiction.

Qu’est-il advenu de la journaliste ?
Un internaute sur Facebook (Franck Tadi Dia Semo ) tente une réponse :
«  imagine toi même la suite : coup de patte, gifle, déshabillage, palpage des parties intimes, humiliation de la femme congolaise, tabassage du jeune cameraman, intimidation.. etc. Il faut soutenir cette petite sœur Pamela Shekola. J’ai aimé son courage de kinoise ! »

Mise en scène ou non, l’important c’est la riposte opposable à l’arbitraire policier. Cette vidéo enseigne une méthodologie de la résistance. Pour reprendre le nom d’un puissant mouvement social français (La France insoumise) , un Congo insoumis doit se mettre en place. Les cris « Libérez Okombi » entendus à Talangaï pendant la reconstitution au domicile de l’opposant doivent s’entendre partout où s’entendent des bruits de bottes. La presse soumise de Télé-Congo a ici un contre-exemple. Quand la science politique dit qu’un micro est une arme plus redoutable qu’une kalachnikov, on ne le voit que trop dans le monde où le nombre de journalistes arrêtés, torturés, tués ne se compte plus.

Deux journalistes italiens, Luca Chianca et Paolo Palermo, venus enquêter à Pointe-Noire sur les liens entre le pétrole de Sassou et la corruption en Italie en ont fait l’amère expérience. Arrêtés par la police de Jean-Dominique Okémba, lesdits journalistes d’investigation ont été brutalement reconduits à la frontière non sans avoir goûté aux prisons nauséeuses ponténégrines.

Le précédent de Ngatsé le mbochi

Bien avant l’insoumission de Paméla Shékola, Adonis Ngatsé, fils d’un général de Denis Sassou-Nguesso, tomba sur un os, quand il tenta d’intimider un citoyen lamba avec un pistolet magnum parce que ce dernier s’était garé avant lui sur le parking qu’il avait visé. La scène se passe dans une artère à Brazzaville. Il s’agit d’une scène fondatrice de l’insoumission dans un univers politique où même des leaders comme Guy Parfait Kolélas, réputés charismatiques, s’aplatissent. Quand tous les Congolais auront le courage de la désaliénation comme Paméla, comme le « Katangais » de la vidéo ci-après, les Kabila et autres Sassou seraient de l’histoire passée.

Une dictature n’est jamais colossale que parce que le peuple est couché. Qu’il se lève seulement, se lève automatiquement toute illusion de grandeur et d’invincibilité de ces tigres de papiers. Et, du plus profond de la poubelle de l’histoire, Sassou pourra crier à sa guise : « je suis Mbochi et je n’ai plus le pouvoir. »

Paméla , ouméla !

http://www.congopage.com/Adonis-Ngatse-je-suis-Mbochi-nous-avons-le-pouvoir?var_mode=calcul

Thierry Oko