Depuis une certaine période, la promotion de la culture au Congo semble se focaliser sur les arts musicaux. Le théâtre qui nous a révélé des grand noms tels Guy Menga, Sylvain Bemba, Letembet Ambily Maxime Ndébéka, et plus près de nous Sony Labou Tansi, n’a pas gardé sa flamme avec la « vieillesse » du CFRAD (Centre de formation et de recherche d’art dramatique) et la disparition des chapiteaux qui nous rappelle le passage de l’illustre Tati Loutard au ministère de la Culture et des Arts dans les années 70.

La création littéraire (roman, nouvelle et poésie) n’a pas pu consolider la phratrie jadis mise en œuvre par les grands noms de notre littérature tels Dongala, Tchichelle Tchivéla et bien d’autres déjà cités ci-dessus. A cette phratrie, il faut ajouter l’écrivain Léopold Pindy Mamansono qui a eu à jouer un rôle prépondérant pour la nouvelle génération des années 70-80. On lui doit « La Nouvelle génération des poètes congolais » publié en 1984. De cette anthologie, sortiront des noms aujourd’hui remarqués tels Caya Makhélé, Jean Blaise Bilombo Samba, Marie Léontine Tsibinda…

Il faut reconnaître que malgré le travail fourni par la jeune génération, les Lettres dans le champ de la Culture n’ont plus le dynamisme qu’elles avaient conquis à l’époque du président Marien Ngouabi et de Sassou I avec le travail fourni par l’Union nationale des artistes et écrivains congolais. Le prix du Président de la République initié par Marien Ngouabi et consolidé par Denis Sassou Nguesso n’a pas été pérennisé, particulièrement après les années 90.

Aujourd’hui, en dehors de ce prix octroyé à Henri Lopes dans les années 2000, les écrivains semblent être oubliés par cette distinction nationale. On parle de littérature surtout à partir des écrivains de la diaspora quand ceux-ci se distinguent sur le plan international. Les écrivains qui « se débrouillent » au pays ne semblent pas attirer l’attention des autorités culturelles. Les musiciens peuvent se prévaloir de leur « Fespam » et de leur « Tam tam d’or » pour se faire remarquer. Les dramaturges, jadis mis en valeur par le Concours théâtral interafricain de RFI, ne sont que l’ombre d’eux-mêmes, n’ayant pas des espaces valables pour s’exprimer normalement, la salle du CFRAD étant devenue désuète avec le temps. Heureusement il y a l’espace du Centre culturel français qui accepte le travail de nos dramaturges.

Au cours des journées à lui dédiées pour ses œuvres, le ministre écrivain Henri Djombo, marqué par l’honneur qu’on lui avait fait à Pointe Noire, n’hésitait de reconnaître qu’il faut « encadrer » et aider les jeunes écrivains. Mais comment ?

Reconnaître la nouvelle génération d’écrivains de notre pays devrait être le leit motiv du pôle gouvernemental qui s’occupe de la Culture et des Arts.
Reconnaître la nouvelle génération, c’est aussi recréer l’ambiance de la phratrie des années 70 où les jeunes écrivains étaient reçus par les doyens sans complexe de supériorité.

Reconnaître le travail des écrivains, c’est réhabiliter le Prix littéraire du Président de la République au niveau national. Pourquoi pas un Prix de la poésie, un Prix du roman, un Prix du théâtre et un autre de la critique littéraire pour la promotion de notre littérature ? Pourquoi pas des journées du livre chaque année ou tous les deux ans, journées pendant lesquelles l’on exposerait tous les livres écrits par les Congolais ? Une sorte de salon du livre « à la congolaise ». Le peuple congolais, en particulier sa jeunesse, doit découvrir les écrivains de leur pays. Danser tous les deux ans à l’occasion du Fespam, c’est bien. Mais se pencher sur les livres écrits par des compatriotes serait encore mieux pour les Congolais. Et cela pourrait donner une autre dimension à l’éducation scolaire et universitaire.. Dans les années 70, les jeunes préféraient poursuivre leurs études quand on leur proposait le « travail à la kalachnikov ». Aujourd’hui ils préfèrent l’univers des armées que de poursuivre leurs études. Un changement de mentalité, sûrement provoqué par la non manifestation du goût de la lecture. Un changement qui doit faire réfléchir nos décideurs politiques.

Nous avions eu notre Tchicaya U Tam’Si, notre Tati Loutard, notre Létembet Ambily, notre Sony Labou Tansi. Aujourd’hui, nous avons Mabanckou, Caya Makhélé, Bongolo, Nsondé… Et demain ?

Bien sûr que la littérature congolaise est toujours prolifique quand on voit le nombre de publications qui se fait remarquer chaque année, surtout dans la diaspora. Mais malheureusement ceux-ci sont plus connus à l’étranger qu’au pays. Et le salon du livre « à la congolaise » souhaité serait une occasion donnée aux écrivains de se découvrir ensemble tout en se faisant découvrir par le peuple.

Noël KODIA (romancier, poète et critique littéraire