Le général Jean Marie Michel Mokoko a décidé de ne pas répondre aux questions qui lui sont posées par les juges au cours de son procès qui s’est ouvert le lundi 7 mai dernier.

La rhétorique du silence

Le candidat vainqueur des élections présidentielles anticipées du 20 mars 2016 est devant la chambre criminelle du Tribunal de Brazzaville pour répondre aux faits qui lui sont reprochés, notamment l’atteinte à la sûreté intérieure de l’État. Mais, l’homme s’est retranché dans le mutisme.

Jean Marie Michel Mokoko justifie son attitude par le fait de «  ne pas donner crédit à un règlement de compte politique maquillé en procédure judiciaire  ».
Cependant l’un de ses avocats, Me Norbert Tricaud, a dépoussiéré toute l’histoire de la justice et du droit français pour trouver des arguments pouvant permettre d’étayer cette stratégie du silence.

Signalons que le droit pénal congolais n’est qu’une copie du droit pénal français. La jurisprudence française peut donc avoir une grande influence sur le droit positif congolais.
Pourtant, cette stratégie n’a pas seulement un sens juridique. Elle est aussi recommandée par Dieu. Le silence a donc un sens religieux très important et a des vertus fondamentales.

Quand Dieu recommande le silence

Devant les juges qui lui posaient des questions, Jésus ne répondait pas. Il restait silencieux. Mais, les Ecritures révèlent aussi que Dieu a, des fois, et lui-même, recommandé le silence.
« L’Eternel combattra pour vous ; et vous, gardez le silence  » dit le prophète Moïse aux enfants d’Israël. Après que Dieu lui ait confié la mission de les sortir d’Egypte (Exode 14:14).
Mais, il y a aussi les lamentations de Jérémie qui ressortent les vertus du silence : « Il est bon d’attendre en silence le secours de l’Éternel » (Lamentations 3:26).

Un silence qui produit des échos

Et, cette stratégie de silence semble déjà bien marcher et produire des effets très positifs que personne n’espérait avoir ou attendait. En tout cas, ça commence à bouger comme si l’affaire Mokoko venait à peine de commencer. Pour preuve, les réactions que provoque son procès à travers le monde.

En Afrique

Essy Amara, homme politique et diplomate ivoirien, mais aussi ancien secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) devenue Union africaine (Ua), a, entre autres, déclaré : « Sassou fait honte à l’Afrique. Car tous les chefs d’Etat africains savent que le général Mokoko a gagné l’élection présidentielle au Congo. Et, au lieu de rassembler, il prend une voie sans issue. C’est vraiment lamentable et pitoyable pour ce grand homme qu’il était. Ce qui se passe là, c’est la déchéance annoncée. Et, ce qui est déplorable, son entourage cautionne et ne peut pas le ramener à la raison. Cela ne fait pas avancer l’Afrique.  »

Nous avons aussi appris dans la foulée que beaucoup de ses homologues africains et même l’ancien président angolais, Edouardo Santos, lui auraient demandé de libérer purement et simplement Jean Marie Michel Mokoko, ainsi que tous les prisonniers politiques.

La réponse de Denis Sassou Nguesso ? Ces gens ont des problèmes avec la justice congolaise et non avec lui. Alors que tout le monde sait que c’est lui qui incarne cette justice médiocre.

En France

Le gouvernement français, par le truchement de son ministère des Affaires étrangères, a refusé d’envoyer à Brazzaville les sept ressortissants français qui seraient impliqués dans l’affaire Mokoko. Mokoko sera donc seul contre tous jusqu’à la fin de son procès. Aucun autre accusé ne viendra devant la cour.

L’affaire Mokoko à l’Assemblée française

C’est Louis Aliot qui, dans son intervention, a fait retentir les « échos de ce silence » dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale française. Le député du Front national s’adressait, en effet, au premier ministre, Édouard Philippe.

« J’alerte depuis déjà longtemps les dirigeants français (lorsque j’étais parlementaire européen) sur la situation catastrophique des libertés politiques et démocratiques ainsi que sur les atteintes aux droits de l’Homme dans ce pays pourtant ami de la France.
Après un référendum douteux et des élections présidentielles suspectes en ce qui concerne les résultats, le pouvoir en place à Brazzaville a multiplié les arrestations arbitraires de pratiquement tous les opposants politiques qui se sont présentés à ces élections. Assignations à résidence, surveillance généralisée et même détentions arbitraires avec à la clef un véritable procès de Moscou pour le Général Mokoko, ancien Saint-Cyrien, dont tout porte à croire qu’il a été le véritable vainqueur de l’élection présidentielle.
J’ai aussi alerté sur la situation dramatique dans la région du Pool où des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées et dont beaucoup ont été victimes d’exactions et de violences de la part de l’armée gouvernementale comme la presse l’a relaté non sans difficultés. Il semble que pour les occidentaux, les victimes n’aient pas la même valeur au Congo qu’en Libye ou en Syrie... et que les réponses des gouvernements soient à géométrie variable en fonction des « amis » au pouvoir. Il faudra un jour chercher à savoir pourquoi.
Si la France ne pouvait s’immiscer dans le processus électoral d’une nation étrangère, elle se devait en revanche de rappeler les principes démocratiques élémentaires et user de son influence pour protéger les droits de l’opposition, les droits de l’Homme, comme elle sait si bien le faire dans d’autres endroits du globe et dans d’autres situations.
Il est urgent d’agir et urgent de demander des explications au gouvernement congolais. Il est même impératif, monsieur le premier ministre, d’intervenir énergiquement auprès de celui-ci afin de lui montrer que la France n’entend pas tolérer ces atteintes graves aux libertés humaines et aux principes démocratiques.
Après la suspicion de corruption qui pèse sur de grands groupes français en Afrique, nous nous honorerions à défendre les populations civiles qui souffrent toujours plus des violences d’État et des conséquences d’une politiques économique désastreuse qui conduira à la faillite, et peut-être au chaos. Nous nous honorerions à demander la libération immédiate des prisonniers politiques et la fin des persécutions.
C’est à ce prix que la France retrouvera une crédibilité auprès des amis africains qui nous regardent. L’Afrique de demain sera un continent très important pour notre propre sécurité et notre prospérité. Il est temps de changer nos priorités, de rompre de vieilles relations douteuses pour faire confiance à une jeunesse qui rêve de paix, de développement, de sécurité.
Monsieur le Premier Ministre, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.
 »

Cependant, devant la détermination des Congolais d’en découdre une bonne fois pour toute avec Denis Sassou Nguesso, et ces déclarations qui paraissent comme étant un soutien indéfectible, il faudra craindre que l’affaire Mokoko déclenche, dans ce pays qui est déjà affaibli par la crise multidimensionnelle, un conflit généralisé. Car, la crise gagne toutes les couches sociales. Et, Sassou Nguesso a des ennemis presque dans tout le pays.

Dieu parle une fois, mais ceux à qui le Seigneur parle doivent écouter deux fois. C’est Dieu qui tance Sassou par le silence de Mokoko. « Libérez Mokoko » est une vieille injonction faite à Pharaon quand il emprisonna son peuple en Egypte. « Laisse mon peuple partir » dit Moïse. (Let my people go) On connaît la suite. Mokoko surnommé Moïse ne dit pas autre chose à Sassou depuis qu’il s’est lancé dans la politique. Que celui qui a des oreilles entende, que celui qui entend se détende.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain