Humeur :
Quand le Ghana bat la France et ses colonies africaines, 90 à 0. C’est du « tao-tao » !

Oui, c’est du « tao tao ! » disait le journaliste sportif congolais, Joseph Gabio, lorsqu’il parlait de la bonne ambiance des stades de foot.

Idem dans la tournée africaine du président français, Emmanuel Macro. Vu l’enthousiasme de l’opinion publique et la jubilation d’une jeune Afrique qui s’est sentie, un moment, frustrée, ce premier voyage du nouveau locataire de l’Elysée au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire et au Ghana, a créé une ambiance très particulière dans les trois pays où il est passé.

Pourtant, cette tournée africaine du président français n’a pas que révélé le fond de la politique africaine de la France, les rêves et les ambitions des jeunes africains qui, à travers les étudiants de l’université de Ouagadougou, se sont prêtés au jeu des questions/réponses avec lui. Elle a aussi fait découvrir la différence entre la culture politique des chefs d’Etat des pays francophones et ceux des pays anglophones.

Alors que dans notre livre titré « L’Inforoman, suivi de Quand la rue s’en mêle…, (recueil de nouvelles), Lévis, Québec, 2017, 264 pages, Fondation littéraire Fleur de Lys, notamment dans la nouvelle « La France ni marâtre ni mère patrie » qui peint les relations entre la France et l’Afrique, nous avertissons : « La France reste et restera la France c’est-à-dire un pays pauvre « mputu » (mputu est le nom donné par les Kongo à la France, depuis leur première rencontre avec le blanc jusqu’ à ce jour) dont l’économie reposera encore et pour longtemps sur le pillage des matières premières et l’esclavage monétaire de ses anciennes colonies africaines. Parce que ce pays n’a plus le génie d’antan qui lui permettait de concevoir et de créer des choses, ainsi que des concepts et des maquettes de développement. Il ne lui reste plus que la ruse qui lui permet de détrousser et de piller les richesses des pays africains, notamment celles de ses anciennes colonies. Et, toute sa politique africaine ne sera qu’un émail opaque avec lequel on recouvrira et protégera cette ruse pour lui donner de l’éclat qui va éblouir. C’est pourquoi je crains d’avance que la Macronie, le concept à travers lequel on désigne la gouvernance du nouveau président français, Emmanuel Macron, dont les Africains attendent déjà les conséquences dans leurs pays, ne soit qu’un diminutif ou une mauvaise prononciation du mot macaroni. »

Malgré cet avertissement, les chefs d’Etats africains, notamment ceux des pays francophones qui sont des anciennes colonies françaises, n’ont pas changé les relations entre leurs pays respectifs et la France qu’ils continuent de prendre pour une mère patrie qui doit tout leur donner sous la forme des aides matérielles, financières et technologiques, malgré les âges, 60 ans, de leurs indépendances.

Dans les deux pays francophones, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, l’ambiance a effectivement été minée par les relations historiques entre l’ancienne puissance et ses colonies. Les gouvernements avaient décrété des entières journées chômées et payées. Les paysans ont été interdits de vaquer à leurs occupations champêtres, les oiseaux ne devaient pas chanter, ni les coqs monter sur les poules. Tout ceci c’était pour réserver un accueil chaleureux au Président Emmanuel Macron.

D’ailleurs, pour prouver la discipline qui a toujours prévalu entre la France et l’Afrique francophone, même après le départ de Macron, le jeune étudiant burkinabé qui avait posé la question très embarrassante sur le Franc Cfa au président français, serait carrément renvoyé de sa Faculté. Tout simplement parce que la question liée à la politique aurait mis mal à l’aise le président du Burkina Faso, Kaboré.

En revanche au Ghana, la dernière étape de ce périple du Président français, l’ambiance a été toute différente. La journée n’a pas été chômée et payée et la vie a suivi son cours comme d’habitude. Et, c’est le Président Akufo-Addo qui a marqué des buts et gagné le match par un K.O. Score finale : 90 à 0.

En effet dès la première minute, le Président ghanéen qui s’adressait aussi à ses homologues africains, marque le premier but à l’aide d’un retourné acrobatique à la Massamba Mams : « Nous ne pouvons pas continuer de baser la politique de notre région, de notre continent, de nos pays sur le soutien des occidentaux, des européens, ou encore de la France, ça ne marchera pas, et ça n’a jamais marché notre objectif c’est de trouver le chemin nous même et de se dire Qu’est ce que nous pouvons faire pour développer nos Nations nous-même ? ». Le ballon est au fond des filets, et le gardien des buts, Emmanuel Macron, sonné par le but, marche kot-kot pour aller le chercher dans la cage.

A la deuxième minute : le successeur de Nkwame Nkruma marque le deuxième but, suite à un drible à la Ronaldinio des défenseurs et du gardien : « Après 60 ans d’indépendance nous ne pouvons pas laisser notre budget de l’éducation et de la santé être décidé par la charité des contribuables européens. »

A la troisième, un troisième but : « Regardez les 60 prochaines années ce sera des années de transition dans lesquels nous n’aurons pas besoin de l’aide du contribuable français dont nous apprécions la générosité. Ce continent malgré tout ce qu’il a subit est le continent qui détient encore plus de 30 % de matières premières indispensables et stratégiques au monde, avec des vastes terres fertiles avec la population la plus jeune au monde, une population dynamique remplie d’ingéniosité qui prend des risques pour traverser le Sahara et la Méditerranée pour atteindre un objectif. C’est ce dynamisme là que nous avons besoin ici en Afrique.
Nous devons offrir à ces jeunes des opportunités locales c’est notre objectif en tant que dirigeant pour qu’ils arrêtent d’aller chercher des opportunités ailleurs
. »

Quatrième minute, quatrième but à la manière de Zidane. Un coup franc direct tiré depuis le centre du terrain, désaxe tous les joueurs adversaires : « En ce qui concerne les migrations, elles ne sont pas nouvelles il y a toujours eu des migrations économiques, il est de la nature de l’être humain d’aller des endroits les plus pauvres vers des endroits les plus propices économiquement. Le XIXe siècle a été marqué par énormément de migration européennes, les irlandais, les Italiens ont tous migré vers l’Amérique car il n’y avait pas de travail en Italie, aujourd’hui les jeunes italiens sont en Italie, les jeunes irlandais sont en Irlande, nous voulons les jeunes africains en Afrique. »

Cinquième minute, cinquième but marqué à la Drogba, après avoir créé un embouteillage dans le camp adverse où les défenseurs et les attaquants qui ne sont autres que tous les chefs d’Etat et de gouvernements des pays francophones, parce que déséquilibrés et abandonnés dans la course, ne faisaient que courir derrière lui. « Nous devons changer cette mentalité de mendicité de charité qui attend tout des autres ; nous devons avoir un état d’esprit de faiseurs de personnes qui se disent « qu’est-ce que je peux faire pour ma nation ? »

Les gouvernements ont la responsabilité de s’assurer que ces personnes puissent avoir les opportunités localement afin d’abandonner leurs désirs de migrations et que l’Afrique soit remplie d’épanouissement mon objectif est de savoir ce que nous pouvons faire pour que ce XXIe siècle les populations africaines puissent remplacer l’état d’esprit de mendicité de charité par l’état d’esprit de responsabilité nous devons nous dire « nous pouvons le faire aussi  »

Sixième minute, sixième but. Le président Akufo-Addo saute plus haut que tout les autres joueurs et marque de la tête : « Il y a 60 ans, nous avons obtenu notre indépendance en même temps que les Coréens, les malaysiens et Singapour, etc. ils étaient plus pauvres que le ghanéen moyen. Mais aujourd’hui ils sont loin devant. Que s’est-il passé ces 60 dernières années ? Cette question devrait interroger tous les Africains et leurs dirigeants. Qu’est-ce que nous devons faire pour faire avancer nos pays pour qu’ils rattrapent les Coréens les malaysiens et Singapour ? Si nos jeunes partent c’est parce qu’il n’y a pas d’opportunités ici alors nous devons leur donner ces opportunités là et changer la mentalité de leur état d’esprit pour qu’on puisse arrêter avec le contingent de charité que nous avons reçu ces dernières décennies. »

Septième minute, septième but. Les joueur adverses sont désemparés et ne font que courir derrière le Président ghanéen comme s’ils jouaient dans la même équipe. Le président Afuko-Addo qui a déjà gagné le match offre un spectacle à ses supporters. Il va dans le camp adverse et revient dans son propre camp. Il immobilise le ballon sur sa tête et ses pieds, ses talons et son dos. Puis, il fonce vers les bois et marque le septième et dernier but qui cloue au sol le gardien et les joueur de l’équipe adverse : « Le temps de notre indépendance est réel et imminent, et dépendra de nous, c’est pourquoi j’ai adopté le slogan

« Nous bâtirons le Ghana sans aide et de façon autonome. Nous pouvons le faire »

Jusqu’à la quatre-vingt-dixième minute, les buts pleuvent dans les cages du Président Emmanuel Macron qui ne connaît que les aides financières pour renforcer la coopération entre son pays, la France, et ses anciennes colonies africaines ; et de ses coéquipiers (chefs d’Etat et de gouvernements africains) qui ne comptent que sur les aides pour développer leurs pays.

« Nous avons besoin du Fmi pour sortir le pays de la situation actuelle », a dit le ministre congolais, Clément Mouamba, au cours d’une conférence de presse sur les négociations de son gouvernement avec le Fmi.

A chaque minute, le président Afuko-Addo marque un but. A la quatre-vingt-dixième, l’arbitre (le peuple africain) siffle la fin du match. Le marquoir écrit en lettres capitales : Ghana 90 France et ses colonies 0.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain