La légende dit qu’à l’occasion des prestations de Wendo dans les bars de Léopoldville, des belles femmes, revenues du séjour des morts, entraient en piste provoquant la panique générale au milieu des danseurs.

Antoine Kolosoy (ou Nkalasoy) Wendo doit être considéré comme le premier pédagogue populaire qui s’était fait champion de la traduction musicale de ses souvenirs de voyage sur le bateau "Luxembourg" et composera presque exclusivement pour la guitare son confident. Son œuvre poétique est le reflet de ses sentiments exprimés dans des chansons mémorables parues entre 1948 et 1954 aux éditions "Ngoma" de l’éditeur grec Nico Jeronimidis.

Doué d’une vive sensibilité musicale, il se révéla comme chanteur individuel à la voix suave et très remarquable. A ses débuts Il s’accompagnait seul à la guitare ou avec deux ou trois musiciens sur la base d’une structure comparable à celui des années 20 du Trio Matamoros de Cuba (formule du « Son  » ou de la « Trova » ) avant de s’inspirer en 1943 de la brillante expérience de son aîné Paul Kamba.

Né le 25 Avril 1925 à Mushie dans l’ancien Congo Belge (région actuelle de Bandundu - RDC) il perd très tôt son père, Jules Botuli, alors militaire, et sera élevé par sa mère Albertine Bolumbu, morte alors que Wendo avait neuf ans. Son histoire se confond quelque temps après avec celle de nombreux compatriotes originaires de son village natal, fondée exclusivement sur l’activité fluviale dont dépend l’économie de la région du Lac. Léopold II (Maï Ndombe)

C’est ainsi qu’il entame et poursuit plusieurs années durant la profession de batelier (graisseur) sur le bateau Luxembourg qui navigue sur les fleuves Kassaï et Congo. A ses heures d’évasion, Wendo s’installe sur le pont du bateau et s’applique à gratter sa guitare tout en chantant la poésie dans la grande tradition du délire vocal des riverains du fleuve Kasaï et du grand fleuve Congo

Au cours de l’année 1943, la renommée considérable que connaît le groupe Victoria Brazza de Paul Kamba sur les deux rives du Congo, ne laisse pas insensible, Antoine Kolosoy Wendo. Il décide de créer à Léopoldville son premier groupe Victoria Kin sur le modèle de Victoria Brazza de Paul Kamba, lui qui n’évoluait qu’en individualité.
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Wendo, interprète à partir de ce moment, une musique de variété composée ou arrangée par lui-même, et qui emprunte quelques éléments formels à la musique moderne. La séduction du répertoire et des sonorités, la musicalité simple et parfaite et le talent de quatre musiciens qui composent son groupe : François Ngombe Boteko « Me Taureau », Bongeli Bape et Tango, autant d’explications au succès assuré d’un ensemble que seule la voix de Wendo suffisent à identifier.

Le Victoria Kin, va s’appuyer également sur un groupe d’animation de jeunes filles dénommé « La reine politesse  », dirigé par la grande danseuse brazzavilloise, Germaine Ngongolo et dont on reconnaît le travail important fait au sein des associations féminines basées au bar-dancing « Chez Faignond » à Brazzaville, dans les années 50 et 60.

L’influence de Wendo prit une nouvelle tournure en 1946 grâce à l’installation à Léopoldville des hauts parleurs de Radio Congolia qui ont largement fait sa promotion et, lui ont permis de commencer l’expérience phonographique à la première Maison de disque kinoise, la firme Olympia.

Enfin, Wendo et Paul Kamba qui collaboraient sincèrement, ont eu plusieurs occasions de se produire ensemble à Kinshasa comme à Brazzaville, à la grande satisfaction des mélomanes congolais des deux capitales. En effet, Victoria Brazza et Victoria Kin étaient arrivés, après plusieurs tentatives fructueuses et enrichissantes dans un contexte en pleine mutation à l’époque : l’instrumentation et le rythme, qu’ils ont su magnifiquement exploités aux éditions N’Goma à partir de 1948.

Cependant, sa carrière va avoir un vrai changement après sa rencontre avec Henri Bowane à Cocquylatville (Mbandaka) alors qu’il montait le fleuve vers Stanley ville (Kisangani). Il le parraina et le ramena à Kinshasa au retour, ainsi ils pouvaient chanter ensemble les soirs et les weekends, et Bowane pouvait rester garder sa maison. Une fois, pendant que Wendo était en voyage. Bowane, fait la connaissance du grand commerçant et éditeur grec Nico Jeronimidis qui depuis 1947 avait posé les premiers jalons des Editions « Ngoma ». Il manifesta le désir de faire partie des musiciens qui travaillaient déjà avec lui. Le grec fut très impressionné par sa voix et surtout sa touche de guitare. Il décida, immédiatement de l’engager dans son studio.

Modestement, Bowane révéla au grec que meilleur d’entre tous fut son « grand frère » Antoine Wendo, en voyage sur le fleuve. Comme les bateaux arrivaient toujours aux jours et heures précis, Wendo fut tout surpris d’être accueilli, à son retour, au port fluvial par Bowane qui vint avec Nico Jeronimidis, dans sa limousine de marque « Douglas ». Ce fut la fin de la carrière fluviale de Wendo pour celle de musicien. Il intègre les éditions « Ngoma  » en 1948 et fait preuve d’un lyrisme chaleureux plein d’élégance, dans l’une des plus belles chansons d’Henri Bowane « Marie Louise » chantée par dialogues alternés de voix avec son ami Henri Bowane, et qui battit tous les records de vente et de célébrité. Une œuvre réalisée avec des moyens relativement simples, mais qui demeure un modèle de noblesse et de grandeur.

A Léopoldville, et depuis 1946, Wendo habite précisément au n°31 de l’avenue de la Croix Rouge (Commune de Barumbu) avec dans sa guitare acoustique, les secrets inédits de ses accords. Il est désormais un des poètes tendres et paumés qui chantent, les voyages, la solitude, les nostalgies de la jeunesse et des amours perdues, les belles femmes, avec la lucidité de l’intelligence. Une carrière phonographique aux Editions Ngoma qui va le conduire à une renommée internationale.

L’Origine du pseudonyme « Wendo »

L’origine de son surnom «  Wendo » à l’allure internationale, il le tient du gouverneur belge de la ville de Léopoldville (Kinshasa), Monsieur Pétillon qui au cours d’une manifestation au Kongo bar, qu’animait Wendo devant les colons belges, Pétillon fit le commentaire suivant :« lorsqu’ Antoine Nkalasoy bat sa mesure, il bondit comme les amortisseurs de la voiture anglaise de la marque « Duc de Windsor ». Le commentaire arriva aux oreilles d’Antoine Nkalasoy et de ses amis, et le surnom fit sa petite route à travers tout Kinshasa et tout le Congo. Et Antoine Nkalasoy fit surnommer « Duc de Windsor » qui devint avec la déformation linguistique "Wendosor", abrégé tôt en "Wendo" au point de remplacer son véritable nom.

Depuis sa mort le 28 Juillet 2008 à l’âge de 83, (dont 65 ans de carrière musicale) la personnalité de Wendo domine encore, notre Rumba éternelle. Les néo-novateurs des deux rives du Congo ne se gênent pas à lui donner l’auréole de représentant de toute une histoire : « Tango ya ba Wendo  »

Clément Ossinondé
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