Le pouvoir, tout pouvoir, a ses déracinés de la raison humaine. Sans ces ingénieurs du crime, la représentation de la rupture serait vaine. Raymond Zéphyrin Mboulou, ventriloque du "chemin d’avenir", est antivaleur par excellence.

On parle de Dominique Okemba comme fer de lance bien aiguisé du régime de Sassou. On oublie souvent Raymond Zéphyrin Mboulou, mbochi supposé né en 1956 (malgré son visage boxé par le temps), personnage-clef du système de répression que le Congo ait jamais connu depuis les révolutions marxistes des années 1960.

Les physionomistes comme Balzac qui croquent les sujets atypiques diraient que Mboulou a une tête d’œuf ; pertinente description confirmée par le luisant de son scalp et la longitude rectiligne de la partie supérieure de son buste qui lui tient lieu de chef. « Moutou ya liké » ou « Moutou ya likélélé » (c’est selon) est le terme lingala qui servirait de meilleure photo de son portrait. Cezare Lombroso, psychiatre italien, qui déduisait la criminalité selon la morphologie de l’individu dirait de Zéphirin Mboulou que la forme de sa tête est annonciatrice de la cruauté. Il a aussi une tête à claques.

Le pire du rire

Mboulou est l’homme de toutes les situations complexes auxquelles est confronté le régime de Sassou. Ce Mbochi d’Oyo est le florentin du prince de l’Alima à qui nous devons la rivière de sang qui coule sur le champ de la République. Petit bonhomme à l’embonpoint rondelet, son ombre n’est jamais loin au moment des situations difficiles quand le glaive mord dans la chair. Le visage sillonné de deux crevasses symétriques qui donnent l’illusion qu’il sourit en permanence, l’homme à la tête ovipare est un faux jovial comme ce dieu de l’antiquité qui donnait la mort en riant. Sous le velours, une main de fer ; sous le rire, le pire empire des sens détraqués. On a connu Oko Camille, mais Zéphirin Mboulou est le plus le cruel du régime mbochi de Sassou. « C’est pour ça qu’on l’a mis au ministère de l’Intérieur, zone de tous les coups tordus » dit un connaisseur du terrorisme politique made in Alima. En effet il a la conscience nazie du devoir accompli. Wikipédia dit qu’il détient une licence et travaille dans l’administration depuis les années 1980. Mais comme tous les cadres rouges, Mboulou ne sait pas s’exprimer. « Tête d’œuf » accouche des mensonges les plus vils de la République. Avant la grande tricherie électorale de 2016, ce bonhomme qui a la tête du célèbre extra-terrestre E.T, raconte au journaliste du très corrompu canard Jeune Afrique que l’Opposition congolaise a coutume d’inviter à ses meetings des étrangers (venus d’on ne sait quelle planète) pour faire nombre. « Vous parlez pour vous ! » n’a pas pu, hélas, lui dire le journaliste du très corrompu canard de François Soudan puisqu’il avait la bouche pleine des retombées de la corruption de son patron cocufié par l’insatiable libidineux Sassou. En matière de distorsion du fait électoral, en vérité, il a un doctorat d’Université.

Pour preuve l’ovovivipare s’impliquera corps et âme dans la fraude électorale de 2016 où monsieur 8% sera validé Président de la République alors que Kolélas et Mokoko le devancent. C’est à partir de minuit, heure du crime, que « Moutou ya likélélé » annoncera les résultats du vote donnant vainqueur Denis-Sassou-Nguesso dès le premier tour. Oiseau de proie, oiseau de nuit, faucon-rapace, chouette qui énerve !
La fraude au Zimbabwe a pris Mboulou comme modèle politique. Là-bas aussi les résultats électoraux sont nuitamment annoncés comme le fit Mboulou pour Sassou.

Les thèses à géométrie variable

Arrive le drame de Chacona. Mboulou doit avoir pour totem primitif le chacal comme l’indique son nom de charognard. « Tête d’œuf » nous pond dans une première version la thèse des Bébés Noirs à l’origine du carnage de Ngamakosso. « Moutou ya liké », par solidarité de gredins, piaille comme Oko-Ngalala et Thierry Moungalla, deux vautours sans foi ni loi ayant mis la mort des quatorze sur le compte de la délinquance juvénile urbaine. « Ce sont les "Arabes" et les "Américains" qui se sont étripés à Ngamakosso » hulule Mboulou avant de lâcher Ngakala et Moungalla devant les députés qui l’assaillent de questions.

Toutefois ce faucon ne jette pas les deux véritables bébés noirs du chemin d’avenir avec l’eau du bain trouble. Moungalla et Ngakala sont quasiment dédouanés. Mboulou nuance la première thèse des deux brigands, Thierry et André, soutenue à RFI. Devant les parlementaires, il confesse que les quatorze bébés noirs sont morts non pas à Ngamakosso mais à Chacona via Kibéliba ; en revanche leur présence au commissariat de Yoro-Chacona se justifiait parce qu’ils avaient assassiné un citoyen répondant au nom d’Ondongo.

Qui est Ondongo et pourquoi quatorze jeunes hommes se seraient-ils acharnés sur sa personne sans qu’on ne montre la photo et ne dise où ont été organisées les funérailles du malheureux riverain de Djiri ! Mboulou le chacal s’assoie sur la pièce à conviction. Mieux, il ne se rend même pas sur la scène du crime.

Après la violente levée de boucliers des réseaux-sociaux, papa Zéphyrin Mboulou fait rapidement marche-arrière sur la pointe des pieds, enfin ressort son museau pour confesser cette fois-ci qu’il ne s’agit pas de Bébés Noirs (microbes en Côte d’Ivoire) mais d’innocents et paisibles lycéens et étudiants raflés tout azimut dans les quartiers nord.

Compassion avec les familles

C’était alors une bavure policière. « Le ministre Mboulou qui a reconnu ce tort, au nom du gouvernement, a dit toute sa compassion pour ce deuil qui frappe les familles et promis que tout sera mis en œuvre pour faire la lumière sur les causes de ce drame qui n’honore pas la police, encore moins la République »peut-on lire dans Les Echos du Congo-Brazzaville de ce 4 août 2018.
Ce chacal verse des larmes de crocodile alors qu’auparavant il avait un rictus sur la commissure des lèvres en qualifiant la scène du crime de banal lieu de règlement de comptes entre lumpenprolétaires.

Magie

Chacona est l’incarnation de la pulsion de mort au cœur du système de répression mis en place par Mboulou. Comme Beria sous Staline, au plus fort de la terreur bolchévique, Zéphirin Mboulou se situe à la périphérie de la raison, espace où le pouvoir n’a de sens qu’en tant qu’antivaleur. Wikipédia le catégorise d’emblée comme Mbochi. A en croire Norbert Dabira, les mœurs et coutumes mbochi seraient menacées dans un futur proche. L’acculturation au sang semble la stratégie pratique adoptée pour conjurer le sort apocalyptique qui préoccupe le Mbochi Dabira. Mboulou y met les bouchées doubles avec un zèle de subalterne car en définitive le tueur froid n’est que sous-traitant du boss Lékufé.

Une hystérie collective dont le symptôme est Oko-Ngakala s’est emparé du pouvoir boréal du bord de l’Alima. Ca s’appuie sur la déraison mystique rituelle. Le goût du sang devient une superstructure de survie. Quand ce n’est pas au Pool qu’on recherche le substrat sanguin, c’est à Ngamakosso que nos aliénés se rabattent. Et la violence qu’ils déploient est telle que même le diable aurait du mal à reconnaître les siens.
Pour avoir couvert Alexandre Benalla qui donna deux gifles à deux manifestants Gérard Collomb a failli laisser sa tête en France. Après la boucherie de Chacona, Mboulou est en train de corrompre tranquillement les familles éprouvées.

Le sang des autres, les autres vous le feront payer un de ces quatre.

Isidore Akouéli
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