Repenser le réseau de représentations diplomatiques du Congo (Article paru sans La Semaine Africaine du 24 février 2017)

La diplomatie est un ensemble de règles et de pratiques, sanctionnées par le droit international, au moyen desquelles les Etats agissent les uns sur les autres afin d’atteindre des objectifs correspondant à l’idée qu’ils se font, individuellement, de leur intérêt national. Ils peuvent aussi agir ensemble ou individuellement pour réaliser un certain ordre international jugé nécessaire à l’instauration d’un « climat sain » des relations internationales. Mais même dans ce cas ce qui est visé, en définitive, c’est l’intérêt bien compris des Etats. Chaque Etat donc définit ce qu’est son intérêt, dans les domaines de sa compétence, et met en œuvre les moyens appropriés pour l’atteindre à court, à moyen ou à long terme.

C’est ici le lieu de rappeler le mot très juste de Charles de Gaulle : « Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts  ». L’expression « Etat frère » ou « Etat ami » relève d’une rhétorique de la sentimentalité dont certains hommes politiques aiment à se parer lorsque les circonstances s’y prêtent. Toutefois, cette rhétorique demeure impropre aux « monstres froids » que sont les Etats dans leur réalité objective, expression que nous empruntons au philosophe F. Nietzche. Du reste, les hommes d’Etat sont loin d’ignorer cette réalité, eux qui mettent leur point d’honneur à dissocier leurs sentiments personnels de l’intérêt bien compris des Etats dont ils ont la charge.

Certes, un Etat a besoin d’avoir des alliés, pour autant que ceux-ci lui facilitent le cheminement vers ses propres objectifs. Mais il convient de ne pas perdre de
vue que les alliances, dictées par une convergence d’intérêts, demeurent liées aux circonstances qui, par définition, sont toujours changeantes.

Point n’est besoin d’une longue réflexion pour comprendre que les mêmes règles d’une bonne gestion de l’Etat s’appliquent mutatis mutandis à celle de la gestion des affaires internationales. Il s’agit d’atteindre l’efficacité optimum avec le minimum de moyens indispensables à cette fin. Apparemment simple dans sa formulation, cette règle ne manque pas de complexité dans sa mise en pratique. Elle oblige à approfondir un certain nombre de questions pertinentes : d’abord quel intérêt, concret et précis, présenterait pour un pays comme le Congo l’entrée en relation diplomatique avec tel autre pays ? Ensuite : cet intérêt justifierait-il l’ouverture d’une ambassade (ou d’un consulat), compte tenu des ressources nécessairement limitées du Congo et de ses priorités de développement ? Question subsidiaire : n’y aurait-il pas d’alternatives crédibles à une représentation diplomatique permanente ?

Les réponses à ces questions doivent soutenir la réflexion de nos responsables à l’heure où très justement ils ressentent la nécessité de repenser notre réseau actuel de représentations diplomatiques afin de lui donner davantage de rationalité, de consistance et de crédibilité, en relevant donc sa note d’efficacité.

Avons-nous besoin d’avoir de si tant de représentations diplomatiques dans le monde comme cela est le cas actuellement ? Les chiffres correspondants sont bien connus des autorités, et la presse en a fait état récemment. Mais qu’en est-il du coût global de ces missions diplomatiques ? En outre, pouvons-nous évaluer le bénéfice qu’en a tiré le pays jusqu’ici par rapport aux moyens mis en œuvre et aux sacrifices consentis ? Quel est le bon profil d’un personnel diplomatique qualifié ? Nos diplomates passent-ils par un « moule institutionnel commun  » qui les prépare à cette fonction ? Et combien faut-il de diplomates pour qu’une ambassade puisse fonctionner ? Leur mobilité d’un poste à un autre fait-il l’objet d’un système de rotation précis et obligatoire pour tous ? Enfin, le système d’inspection des représentations diplomatiques est-il en place et fonctionne-t-il réellement ? Que nous apprend-il sur le « rendement » de nos coûteuses ambassades ?

Nous nous contentons, à ce stade-ci, de rappeler des principes et de poser des questions, si naïves soient-elles pour les non-initiés. Ce qui nous anime, c’est une intention contraire à l’esprit de critique qui, on le sait, est bien autre chose que l’esprit critique. Nous, le parti du centre UNIRR (Union pour la Refondation
Républicaine) avons seulement voulu apporter notre modeste contribution à une réflexion citoyenne sur une question aussi importante, et épineuse, que celle de la représentation du Congo à l’étranger.

Roger Ndokolo
Président du parti du centre UNIRR
(Union pour la Refondation Républicaine)

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