Après l’anniversaire de la mort d’Edith Lucie Bongo Ondimba, les Congolais doivent-ils demander pardon aux évêques et au Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya qu’ils ont calomniés ?

L’actualité congolaise a été, entre autres marquée, au début de ce mois de mars, par la célébration, à Oyo, dans la Cuvette centrale, du 10eme anniversaire de la mort de Mme Edith Lucie Bongo Ondimba, épouse du défunt Président gabonais, Omar Bongo Ondimba.

L’événement n’aurait pas suscité un débat controversé si seulement Denis Sassou Nguesso, le père d’Edith, ne l’avait pas sorti du cadre familial et privé pour l’ériger en une manifestation officielle et presque nationale ; une cérémonie grandiose à laquelle avaient pris part quelques chefs d’Etats étrangers, des membres des institutions constitutionnelles, des délégations étrangères, une délégation de la Conférence épiscopale du Congo, conduite par son président, Mgr Daniel Mizonzo, ainsi que celle qui est venue de l’autre Congo et qui a été sous la houlette du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya.

Mais, il y avait aussi la situation économique et financière du pays qui ne permet pas toujours d’utiliser autant de moyens financiers, dix milliards de Francs Cfa, pour fêter un anniversaire, à plus forte raison lorsque l’on sait que les fonds sont sortis du Trésor public, et que les fonctionnaires, les étudiants congolais au pays et à l’étranger ainsi que les retraités ne touchent pas régulièrement leurs salaires, leurs bourses et leurs pensions.

Néanmoins, le scandale est lié à la participation de l’Eglise catholique romaine à cette fête. Plus précisément à travers la présence des évêques, notamment Mgr Victor Abagna Mossa, évêque ordinaire du Diocèse d’Owando, qui avait réceptionné, inauguré et consacré l’église Notre-Dame de l’Assomption d’Oyo, et du fait que le clocher de cette église porte, désormais, le nom de Lucie Edith Bongo Ondimba.

La salive et l’encre avaient beaucoup coulé

Les Congolais scandalisés ont pris le comportement des évêques du Congo pour une haute trahison. Un prêtre de l’archidiocèse de Brazzaville, l’abbé Brice Ruffieux Bahouamio, a même adressé une lettre ouverte à Monseigneur Victor Abagna pour lui rappeler le sens du clocher : « la bénédiction des clochers est une pratique ecclésiale qui remonte aux premiers siècles de l’Eglise. Cependant, pour sa dédicace, le clocher d’une Eglise est dédié à un saint ou à une sainte  », a-t-il écrit.

Plus loin dans sa lettre, il lui demande «  Quel message avez-vous voulu passer aux chrétiens et au peuple congolais ? Est-ce une canonisation implicite ou anticipée de la concernée ? Est-ce pour plaire au bienfaiteur au point de violer les principes doctrinaux de l’Eglise et sombrer dans les hérésies ? »

Nous même avions publié sur ce même site un article portant le titre de « Réception de l’église Notre-Dame de l’Assomption d’Oyo par Mgr Victor Abagna Mossa : scandale pour les chrétiens et folie pour les Congolais  », dans lequel nous avons qualifié a participation du clergé catholique congolais à cette fête de haute trahison.

Nous avons rappelé une autre trahison dont les chrétiens congolais avaient été victimes. Il s’agit de la célébration eucharistique en la basilique Sainte-Anne du Congo présidée par le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’Etat où Premier ministre du gouvernement du Vatican, en présence de Denis Sassou Nguesso, alors que ce dernier est le gourou d’une loge maçonnique. Et, il y avait encore la guerre dans le département du Pool lorsque l’on célébrait cette messe.

Cependant, d’autres esprits qui se sont laissé emporter par la colère et la révolte n’avaient pas la langue dans leur poche lorsqu’ils parlaient du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Ils disaient, par exemple, que Son Eminence, le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait dénoncé la dictature de Joseph Kabila, en République démocratique du Congo qui est son pays, et traité de médiocres les dignitaires de son pouvoir, pourtant il est venu à Oyo pour soutenir une autre dictature : celle de Denis Sassou Nguesso.

Alors que tout cela avait eu lieu parce que les Congolais ne connaissaient pas encore la mission sous-jacente que le Cardinal Monsengwo s’était assignée, en acceptant de venir à cette grande fête d’anniversaire.

Le Cardinal Monsengwo, le héros ?

Parmi les activités qui ont ponctué la commémoration de cette journée d’anniversaire de la mort de Mme Edith Lucie Bongo Ondimba, s’inscrivait la réception, par Denis Sassou Nguesso, de ses invités de marque. C’est ainsi que le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya avait eu une audience avec Sassou Nguesso.

Cependant, des sources concordantes proches de la famille affirment qu’avec le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, Denis Sassou Nguesso a eu un tête-à-tête plutôt politique que religieux. La fête, la réception de l’église Notre Dame de l’Assomption avaient été reléguées au second plan.

Les deux personnalités avaient beaucoup plus parlé de la de la crise multidimensionnelle que vit le Congo. Sassou Nguesso était même surpris et coincé par une demande persistante de son interlocuteur, aussi son parent par alliance. Claudia et Christel Denis Sassou Nguesso sont de sa famille, du côté de leur mère.
Le prélat n’a pas eu froid aux yeux Il a sagement demandé à Denis Sassou Nguesso de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de 2021, et d’accepter, cette fois-ci, une alternance politique pacifique à l’issue de la prochaine élection présidentielle.

Le Cardinal Mossengwo est donc sorti de son audience avec une promesse de Sassou Nguesso de ne pas être candidat à sa propre succession.

Le clan Sassou déboussolé ?

L’audience accordée par Sassou Nguesso au Cardinal Laurent Monsengwo continue de susciter des commentaires au sein du clan Sassou complètement déboussolé. Mais la question est : l’initiative du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya était personnelle ou le prélat congolais n’avait fait que transmettre un message venu du Pape François dont on connait bien l’influence dans la grande diplomatie internationale ? Mieux : ce dernier avait déjà eu une intention de prière pour le Congo. N’a-t-il pas été de mèche avec les évêques du Congo ou les grands lobbies internationaux ? Voilà ce qui crée, aujourd’hui, la panique et la désolation dans les rangs du pouvoir.

En tout cas, l’audience du Cardinal Laurent Mossengwo a bouleversé les plans politiques du clan au pouvoir qui, aujourd’hui, a du mal à trouver le successeur de Denis Sassou Nguesso.
Car, tous les présumés candidats qui se bousculent ne font pas l’unanimité ni au sein du clan ni au sein du Parti congolais du travail. Parce qu’ils ont tous les « mains sales  ».

Le clan et le Parti congolais du travail sont conscients que les candidatures de certains membres du clan Sassou, voire celles de certains caciques politiques risqueront de jeter l’huile au feu.

Demander pardon aux évêques du Congo et au Cardinal Monsengwo

Devant ce qui semble être une victoire politique, obtenue sans doute à l’issue d’un plan monté avec la complicité des évêques du Congo, même si elle n’est encore qu’une promesse, faudra-t-il que les Congolais demandent pardon aux évêques du Congo et au Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya qu’ils ont calomniés ?

Ce, même si la célébration eucharistique présidée par le Cardinal Pietro Parolin, en la Basilique Sainte-Anne du Congo, en présence de Denis Sassou Nguesso, et le nom d’Edith Lucie Bongo Ondimba que Mgr Victor Abagna Mossa a donné au clocher de l’église Notre Dame de l’Assomption sont toujours vécus comme une arête coincée dans la gorge.

Mais, les Congolais pensent aussi que le don de l’église Notre Dame de l’Assomption que Sassou Nguesso a fait à l’Eglise catholique romaine qui est au Congo, et la promesse de ne pas être candidat à sa propre succession ainsi que l’alternance politique et pacifique promise au Cardinal Laurent Mossengwo Pasinya allaient avoir tout leur sens en convainquant les Congolais et susciter une forte adhésion si Sassou Nguesso avait laissé son offrande devant l’autel, et était d’abord parti se réconcilier avec ses compatriotes Rappelons qu’il leur avait volé la victoire, lors de l’élection présidentielle anticipée du 20 mars 2016 Les Congolais ui réclament aujourd’hui, un vrai dialogue national, et exigent la libération de ses anciens collaborateurs : le général Jean Marie Michel Mokoko et l’ancien ministre André Okombi Salissa qui croupissent injustement à la Maison d’arrêt de Brazzaville.

Le catholique Sassou baptisé à Dolisie doit savoir que : avoir de la clémence envers ses prisonniers politiques est conforme aux recommandations de Jésus dans les Saintes Ecritures. Nous sommes certes en politique, un champ aux antipodes de la morale religieuse. Et en tant que hyène Sassou Nguesso ne fait pas de cadeau. Il n’a jamais respecté les Constitutions de son pays qu’il promulgue lui-même. Va-t-il, cette fois-ci, tenir une simple promesse qu’il a faite à un prélat au cours d’une audience privée ? Hérode promit aux rois mages d’honorer l’enfant Jésus. Or il massacra tous les premiers-nés de la génération de Christ. Les promesses de Sassou, Hérode d’Edou-Penda, ne l’ont jamais engagé à rien. Le cardinal Mossengwo est-il naïf au point de croire que l’assassin du Cardinal Emile Biayenda s’est amendé ?

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain