Lumpenprolétariat :
« Terme marxiste désignant la partie du prolétariat constituée par ceux qui ne disposent d’aucune ressource et caractérisée par l’absence de conscience de classe. »

Fringant prolétariat

Karl Marx avait parlé de prolétaires en haillons, (lumpenprolétariat). Le philosophe de la lutte des classes n’avait pas songé aux prolétaires en cravate ; une classe que le professeur Firmin Kinzounza a appelée « lumpenbourgeoisie » parce que ses agents sont vêtus de costumes des riches tout en étant porteurs de coutumes de prolos. Je les appellerai « prolétaires fringants » parce que rodés dans la parade, l’apparat, un infra-prolétariat qui appartient à une figure méconnue de la philosophie de la misère. Les sapologues congolais font partie d’un sous-prolétariat ayant eu pour infrastructure la propagande populiste dans laquelle s’est confiné leur pays dès l’avènement de Marien Ngouabi dans les années 1960. A titre d’exemple, les nommés Hamed Yala, Fuluzioni Daluzioni, Ben Moukacha Monama (auteur des Dix Commandements du bon sapeur) Le P. Bréziani sont des agents de cette misère que les costumes de la bourgeoisie (disons les coutumes de l’être et du paraître) maquillent avec soin, tandis que la prise de conscience politique ne les touche absolument pas.

Rostel Bakoua, Maître Hamidou, Happo- Chac Attaque

Et si ce sous-prolétariat, en plus d’être sapé comme Rastignac de Balzac, possède des muscles comme Goliath de La Bible, ça donne des typologies du genre Rostel Bakoua (barbe radicalisée), Maître Hamidou (biscotos marqués), Happo- Chac Attaque (gros bras), trois armoires à glace que le pouvoir de Brazzaville a recrutées pour déstabiliser la diaspora congolaise, sa bête noire. Que ceux qui ont le pouvoir dressent une armée de gueux, corvéables à merci, c’est-à-dire fassent de la sous-traitance pour réprimer des opposants, c’est ce que l’histoire ne nous a cessé de montrer notamment dans le cas des Chemises Brunes chargées d’éliminer les Résistants sous la France vichyste. On a vu récemment circuler à Paris des « contrats » lancés sur un certain nombre d’opposants au régime de Sassou.

Association de malfaiteurs

Ces trois masses musculaires ( Rostel Bakoua, Maître Hamidou, Happo- Chac Attaque) se sont associées avec le duo Hugues Ngoulondélé / Hyldevert Mouhani, respectivement maire de Brazzaville et député de Moungali, deux agents du « Chemin d’avenir » dont la réputation de canaille politique n’est plus à démontrer. Il suffit de voir l’état de délabrement avancé dans lequel se trouve la ville de Brazzaville pour comprendre que Hugues Ngoulondélé est d’une incompétence notoire et qu’il appartient à cette franc-maçonnerie noire à laquelle les Congolais doivent leurs malheurs. Il suffit également d’avoir observé la nuisance morbide des escadrons de la mort durant l’élection présidentielle contestée de Sassou en 2016 pour se rendre compte que l’honorable Hyldevert Mouhani ( honorable également au sens sicilien du terme) est le fer de lance de la tristement célèbre opération « Mouébara » dont on mesure l’impact destructeur dans le Pool, espace culturel que Sassou a juré faire plier comme Hitler les Juifs avec son macabre projet de la Solution finale.

Le trio Rostel Bakoua ( ancien combattant parisien ayant tourné casaque), Happo-Chac Attaque (déserteur cobras doublé de boxeur ), Hamidou (karatéka) symbolise des forces de la nature qui feraient pâlir une tribu de Titans, tant sa carrure « en impose. » Nos trois Macistes illustrent avec désolation le slogan « tout dans les muscles, rien dans la tête » ainsi qu’indique la menace de mort que le nommé « Happo-Chac Attaque » adresse à un transfuge cobra devenu « combattant » à Paris ; un certain Wagué. Chez ces rabatteurs qui veulent rassembler, force est de constater que les « biceps » priment sur les « concepts d’amour ». Sur le ring de la ruse, ce ne sont rien moins que trois loups déguisés en agneaux. D’ailleurs le P. Bréziani, petit chaperon rouge, vient d’être attrapé par les loups (voir vidéo). A noter aussi pour le cas de Rostel Bakoua, la trajectoire en zigzag d’un certain Commandant Bakoua, son père, ex koléliste, qui rejoint Sassou après la guerre civile de 1997. Tel père, tel fils.

Congo-Uni

Anciens ennemis devenus amis, les trois chasseurs de têtes de Hugues Ngouolondélé et Hyldevert Mouhani ont créé un groupe de pression et de répression appelé « Congo Uni  » . Le but de cette association ? Canaliser les ressentiments des Congolais. Selon ses agents recruteurs, il est temps d’arrêter la guerre afin de construire le Congo. Dans les représentations de nos attrape-gogo, le nouveau mandat de Sassou est injustement attaqué ; il y a trop de violence , l’heure est venue de s’assembler. Il est temps que les différentes factions de la Diaspora enterrent la hache de guerre, se tiennent la main, cultivent l’amour, etc. etc. C’est ce que clame Congo-Uni.

Balivernes ! En vérité, il s’agit d’appât pour attraper au sein de la diaspora les meneurs du mouvement de la résistance anti-Sassou. En d’autres termes « Congo Uni » n’est rien moins qu’un appareil d’infiltration comme il en existe à foison en dictature. Et si jamais, les nouvelles recrues goûtent à l’assiette roumaine une fois à Brazzaville, seuls les naïfs pourront s’en étonner. Pour l’heure le fils du commandant Bakoua est positionné par ses nouveaux amis pour être candidat à la députation, comme jadis feu Willy Matsanga.

« Congo Uni » est donc un piège infernal dans lequel les clients vont tomber comme des mouches. Un caméraman des Combattants connu des réseaux sociaux, répondant au nom de Le P. Bréziani compte y sauter à pieds joints puisqu’il a annoncé publiquement ses intentions de se rendre à Brazzaville (lire vidéo du 23 juin 2017 sur YouTube) malgré la bordée d’injures faites à Monsieur 8% dans ses publications. Comme nombre de repentis avant lui, Le P. Bréziani vient d’être retourné par probablement le tandem Ngoulondélé/Mouhani moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes.

Retournement

L’argent est le nerf du retournement des agents hostiles au dictateur. Détourné de sa mission régalienne, l’argent du Congo de Sassou sert à corrompre. Cet argent circule à flot dans la diaspora et fait tomber des citadelles politiques que Tata 8% estime nuisibles à son pouvoir. Sassou est agacé par ces procès pour génocides (Disparus du Beach) ou pour biens mal acquis. Alors il sort le seul argument à sa disposition : les nguiris.

Une vidéo sur le net montre une scène de corruption où l’un deux (l’inénarrable transfuge Rostel Bakoua) se fait remettre des sous par l’incontournable député, Hyldevet Mounhani, dans un restaurant parisien.

En vérité, bien que composé de Congolais (un ex-combattant, un cobra et un ancien garde du corps de Marcel Ibala) il s’agit d’un trio dont le niveau du discours est aux antipodes de la prise de conscience politique et de la conscience de classe. La vidéo réalisée par Le P. Bréziani, postée le 27 avril 2017 est visible sur Youtube. On les entend faire passer Sassou pour la pauvre victime de l’entêtement des Laris et Ntoumi passe pour l’empêcheur de tourner en rond. Les FALC sont taxées de saboteurs qui empêchent le Pool d’être en paix, les Cobras pour des loyalistes à la poursuite de terroristes ayant « pris en otage tout une région ». L’agresseur est métamorphosé en agressé. L’agressé est hissé au statut d’agresseur. Le monde à l’envers. Si Sassou recherche Ntoumi (comme une paille dans une botte de foin) c’est que Sassou incarne les forces du bien, Ntoumi celles du mal. La rhétorique du retournement s’appuie généralement sur l’inversion stigmatique pour se donner bonne conscience. Des Laris chargent avec véhémence d’autres Laris ; des Laris acquis à la cause Sassou. « Happo-Chac Attaque », comme jadis un certains Willy Matsanga, semble le plus véhément. Il multiplie des vidéos où il menace de faire le coup de poing à quiconque oserait manquer de respect à Denis Sassou-Nguesso, son Président-chéri.

Pire. Ne ménageant aucun mot d’amour pour qualifier Sassou, les trois membres du bureau de « Congo Uni » n’ont évidemment aucun terme de compassion pour la région du Pool alors que deux parmi eux y ont des attaches culturo-ethniques.

Me Castor

Il reste qu’un Combattant répondant au nom de Castor, karatéka, a répondu aux menaces de Happo le boxeur de Congo-Uni. Il lui a lancé un défi. « Mbo ni kou twa » a promis Castor. Gageons que tigre de papier, le gros bras au teint jaune papaye, va se dégonfler. En attendant le duel Castor/Happo, la guerre des vidéos bat son plein.

Tribu-classe

Marx parlait de l’armée de prolétaires en haillons dont les bras sont utilisés par le pouvoir qui les opprime pour brimer leurs camarades de classe. Cette couche sociale qui sert de réserve de bras armés au pouvoir qui les opprime n’a pas de conscience de classe, victimes fascinées par celui qui les prive de leur liberté. Prenons les gueux des quartiers Nord de Brazzaville. On les a vus dans les crises politiques préélectorales au Congo-Brazzaville prendre le parti de leurs propres oppresseurs.

Moyennant des coupures de billets, ce sous-prolétariat issu de Talangaï a rempli les meetings du PCT, le principal responsable de sa misérable condition sociale. Le pouvoir puise dans cette armée de sans-dents. Les razzias dans le Pool sont commis par cet infra-prolétariat qui, il était temps, commence à avoir une conscience de classe dans la mesure où il a compris que seuls les misérables des quartiers nord sont envoyés au front, jamais les Kiki et autres Edgard Nguesso. Dans ce qui tient lieu d’une désaliénation, les gueux de Makabandilou commencent à comprendre qu’ils sont « exploités ». C’est le cas du plus représentatif d’entre eux, Jax Okouya, sujet nordiste qui ne se laisse plus abuser par le clan pétrolier d’Oyo et la tribu-classe Mbochi. Les marxistes l’ont dit : où il y a oppression, il y a révolte.

Le cas de l’ex-Ninja « Castor » montre qu’il y a une prise de conscience politique. Il est vrai qu’en sapologie il y a du boulot à faire en la matière.

Les sapologues

Un lieu d’apolitisme déconcertant est celui de la sapologie ainsi que vient de l’illustrer le P. Bréziani. Le Congo sur Seine connaît des « prolos » en costumes chics, des sapologues (Fashon-prolétaires) qui font chaque fois le voyage de Brazzaville rejoindre les sapeurs locaux afin de parader devant ceux qui taillent des coupes sombres dans notre économie. Rares sont ceux qui, comme le décomplexé « Norbat de Paris » et Djo Ballard, Roi de la sape, ont une conscience de classe et une capacité de désaliénation. Nombre d’entre eux ont été récupérés par la classe dirigeante de Mpila par le biais de leurs plus efficaces démarcheurs, Alain Akouala Atipault et Hammed Yala.

Terrains

A vrai dire les prolétaires musclés bien que sapés comme jamais ( Rostel Bakoua, Maître Hamidou, Happo- Chac Attaque) ne sont pas des sapeurs stricto sensu. En tout cas pas comme ceux de la visibilité absolue façon Milos de Mouangassa, Mbila Mikiliste, Stany de Paris, Pipo, Huguette La Moussodiat.

Certes, on prendrait nos armoires à glace pour des sapeurs s’ils ne développaient pas un discours réactionnaire qui fait la part belle au régime dictatorial de Sassou. Les sapologues, les vrais, se fichent royalement du débat politique. On pourrait les appeler comme Gramsci, des prolétaires « sans attaches ». Bière, brochettes, polémiques sont leurs seules mamelles.

Avec l’arrivée des beaux jours, ils passent leur week-end « au terrain » de Sevran Beaudottes. Ils appellent « terrain » des substituts ouverts des espaces clos que sont les « Nganda ».

Norbat de Paris, Djo Ballard

Quand les « Indignés du 242 » ou les « Combattants » battent le pavé sur les Bd parisiens pour dénoncer Monsieur 8% (entendez Sassou), les sapologues se la coulent douce sur les « terrains. » comme jadis, au 19è siècle, les « Misérables » dans les tavernes des faubourgs de la capitale.

Norbat de Paris est une exception culturelle dans l’aliénation sapéologique car lui, dénonce. Norbat sape et il a une idéologie critique, un logos. Djo Ballard, autre exception culturelle, est si ancré dans la désaliénation critique que sa tête a été mise à prix par le pouvoir de Brazzaville (le fameux contrat).

Quant aux autres prolétaires fringants, « sapologues sans logos », on peut les situer dans la lignée réactionnaire du lumpenprolétariat, se donnant corps et âmes dans les invectives (les « polémiques ») et, au besoin, faisant la haie d’honneur au Bourget quand Sassou est reçu par le locataire de l’Elysée.

Il semble que Sassou soit devenu, aux yeux de l’Elysée, macron-compatible puisque le jeune Président de la France qui a l’âge de son petit-fils l’a invité à son investiture. Les sapeurs feront sans doute le pied de grue sous l’œil protecteur de Happo « la frappe ». Mais il leur faudra compter avec la présence, bien entendu, des Combattants, les vrais, qui vont s’y inviter.

Thierry Oko