Iront ? Iront pas ? Ce sont les questions que se posent les observateurs de la crise centrafricaine depuis que la suspicion entoure le médiateur attitré Denis Sassou-Nguesso qui a invité tout ce monde pour un forum à Brazzaville à compter du 21 juillet. Où l’on apprend que les coulisses du pouvoir sont pleines d’actions imprévisibles.

UN PROCHE DE SASSOU ELOIGNE DES CENTRES DE DECISION

Le 28 juin 2014, à l’issue de la réunion des Amis de la République Centrafricaine à Paris (voir notre article http://www.congopage.com/A-Paris-le...), l’émissaire du médiateur Sassou, le colonel Gabriel Nzambila, président de la commission « Défense » au Sénat congolais, était bougrement embarrassé lorsque le chargé de communication, Jean-Claude Yombot, lui demanda de « tout faire » pour que L’ARC soit représentée au forum de Brazzaville. « Qui suis-je pour influencer le Président Sassou » avoua, bras ballants, le Sénateur congolais dont on dit pourtant qu’il « tutoie » l’homme fort du Congo et assume sans complexe son statut de chef maçonnique au Congo et en Afrique. Or chacun sait que la maçonnerie échafaude toutes les intrigues politiques sur le continent noir. Jamais on ne vit quelqu’un aussi agacé que Gabriel Nzambila qui, pourtant, venait de faire bonne impression au colloque centrafricain à la Maison des Associations dan le 15 ème arrondissement parisien.

Les voies de la politique

La politique a ses raisons que la raison ignore. On a beau être redoutable lobbyiste, on ne reste pas moins inféodé à la dure réalité du pouvoir en Afrique, a fortiori au Congo de Sassou. Sans doute que le « Grand Sénateur » Nzambila (ainsi que le surnomment les artistes kinois en raison de sa grande taille) aurait bien voulu que Me Michel Langa, Président de l’ARC, jouât une partition à la réunion convoquée par Denis Sassou-Guesso à Brazzaville, mais c’était sans compter avec les vents contraires qui soufflent en Centrafrique.

Pompier/Pyromane

Si une partie (notamment celle du Président Catherine Samba Pandza) voit en Sassou-Nguesso un Prophète, nombre de Centrafricains le considèrent comme un homme qui porte deux casquettes : celle de pompier et celle de pyromane.

Comme les compatriotes de Barthélémy Boganda ( leader panafricaniste de la période précoloniale) ne sont pas nés de la dernière pluie, ils ont compris que le prétendu médiateur congolais n’a jamais réglé aucun conflit en Afrique, notamment dans son propre pays où il est en train d’engager un bras de fer avec l’Opposition sur la Constitution. « Médecin, guéris-toi toi même » ironisent les observateurs. On ne sait pas si sur le plan de la distribution des cartes les Congolais ne vont pas mimer les Centrafricains en 2016. Cet homme en sursis ( le supposé modérateur ) est alors mal placé pour se placer comme arbitre dans un conflit où se joue le sort d’un pays plus grand que le sien.

Comptez pas trop sur moi

Conscient de l’imprévisibilité de son cousin Sassou (et surtout de sa vraie nature) , le Sénateur Gabriel Nzambila eut raison de la « jouer douce » en tant que conseiller quand les militants de l’Arc sollicitèrent ses compétences et sa grâce. « Je suis fort, mais pas au point de forcer Sassou » dit-il aux militants de L’ARC, de guerre lasse.

Suite à la très remarquable communication du sénateur colonel à La Maison des Associations on peut dire que la montagne accouchait d’une souris.

La caravane de la paix

Les réminiscences de l’histoire politique congolaise ont inspiré au grand sénateur l’idée d’une «  caravane de la paix à Bangui. » Comme jadis Youlou et Opango à Brazzaville après la guerre civile de 1959 quand ils sillonnèrent, en voiture, les rues de la capitale. « Vous verrez que ça apaisera les tensions entre belligérants centrafricains » prophétisa ce militaire qui flirta avec le maquis du M.22 en 1972 au Congo, sous Marien Ngouabi.

Le retour de Djotodia

Mais après que Michel Djotodia (Président déchu) ait fait sa réapparition sur la scène politique centrafricaine, l’idée de la caravane de l’honorable Gabriel Nzambila peut être rangée au placard des propositions désuètes. La crise centrafricaine semble avoir encore de beaux jours devant elle.

L’argent (ngenza, mossolo, nzibou ) étant le nerf de la guerre il passe aussi pour l’argument marteau qui vient à bout des convictions. C’est ce que pensent ceux qui se contentent des analyses faciles. Des thunes, Sassou en a à n’en plus finir. Cependant tous les acteurs de la crise centrafricaine ne paraissent pas fascinés par les milliards (mal acquis) de Sassou. La corruption a ses limites. La paix est une denrée qui ne se vend pas, qui ne s’achète pas. La paix se conquiert à la sueur du front des résistants et au sacrifice des martyrs.

L’Ange Gabriel

« Je veux bien vous aider. Mais vous voyez bien que ça n’aide pas celui qui m’envoie si je vous fais venir à Brazzaville  » abdiqua le très futé Gabriel Nzambila avant de se séparer de ses amis de L’ARC pour rentrer à Brazzaville.

Maintenant qu’une bonne partie des mouvements centrafricains refuse de se rendre à Brazzaville le Sénateur Gabriel aura raison de dire : « j’ai beau être un ange, vous voyez bien que je n’étais pas dans le secret des Dieux !  »

Simon Mavoula