Samedi 15 février 2020 a eu lieu un spectacle de musique à l’espace culturel Black-Box, à Nice (Pont Michel). Dans un amphithéâtre plein à craquer, les élèves de trois écoles du Département (Lycée Guillaume Apollinaire de Nice, collège Bellevue de Beausoleil, collège de Nice ) ont repris en chansons l’histoire de la soul musique des années 1960 sous une Amérique en proie à des luttes raciales.

La salle de spectacle Black Box est située au centre Animanice de Bon Voyage à Nice Est. Ce nouvel espace niçois, symbole d’ouverture vers les cités, est à mi-chemin entre le centre-ville et les quartiers Est de Nice. Grâce à son concept de proximité, favorisant les productions locales, Blackbox offre aux enfants des écoles et aux jeunes du quartier, un cadre d’expression artistique,. Cette stratégie d’intégration culturelle, à l’occasion, permet la découverte de nouveaux talents.

Sous la direction d’Olivier Carrel et de JB Tonnot, une quarantaine de choristes nous ont tenu en haleine un large public grâce au répertoire afro-américain librement repris par des musiciens dont les qualités n’avaient d’égal que l’énergie de leur jeunesse.

Performance « intra muros »

Ariane (15 ans) élève au lycée Guillaume Apollinaire, nous a fait une prestation de qualité qui a rendu particulièrement fière la communauté congolaise dont la maman, Lina Badila, est membre. (Voir vidéo)

Dans une interprétation de « Mille land of dancing  » d’Otis Redding, Ariane a suscité une grande émotion dans le public en faisant revivre le talentueux chanteur soul, mort à la fleur de l’âge dans un accident d’avion. Il y avait du Nina Simone (la plus africaine des chanteuses noires) dans la tenue de scène d’Ariane. On tombait d’admiration devant un jeu scénique où l’on sentait une touche venue du tréfond d’elle -même. Ensuite Ariane ( franco-congolaise) a revisité « Knock of wood  » ( version anglaise de Aussi dur que du bois reprise par le grand Johnny Halliday) puis, en trio, elle a interprété « You know i am not good  » de Any Winehouse. Que du bonheur cette soirée-là, dans ce quartier interculturel niçois.

Il s’agit de la deuxième représentation du spectacle sur la musique Afro. L’orchestre était composé de musiciens de renom (Manu Carré au sax, Olivier Carrel trompette, Fred Faupin, guitare, Fred Colombani Bass, Bruno Debiolles , batterie ). Ces artistes ont encadré les élèves le long de l’année, ce qui justifiait une grande osmose sur le plateau.

Côté jardin, ceux qui sont au courant, ont senti également le travail des parents, notamment celui de Luc Diambaka, pianiste, dont la maîtrise de l’harmonie musicale, soit dit en passant, est également profitable à la « Chorale Congolaise des 2 Rives » présente régulièrement à l’Eglise St-Roch de Nice.

Danse

Le travail personnel a également payé. Ariane est membre de la troupe de danse Asso Young Dream.
« Les profs nous avaient dit de ne pas rester crispés, de se lâcher » a commenté Ariane après-coup. C’est ce qui a fait la différence avec ses camarades qui n’ont pas, au demeurant, démérité. Bien au contraire. Le spectacle a donné lieu à des individualités et des duos qui en disent long sur l’opiniâtreté des deux profs quant à leur pédagogie. Des reprises de James Brown, Marving Gaye, Aretha Franklin, ont effectivement renvoyé le public dans les années sombres de la ségrégation sous Martin Luther King et du racisme dans les plantations de coton.

Egrégore

Ariane nous a fait rêver. La jeune artiste ne semblait pas seulement habitée par les esprits des grands noms de la musique noire américaine ( Percy Sledge, Otis Redding..) mais aussi, le contraire eut étonné, par les rythmes de ses ancêtres africains. Pendant qu’elle exécutait son premier chant, j’ai vu spirituellement défiler, les ombres de Myriam Makéba, Aretha Franklin, Bella Bellow, Angélique Kidjo, voire Kimpa Vita.

J’ai vu Ariane, alors qu’elle avait à peine cinq ans, je l’ai vue exécuter des chorégraphies d’une définition surprenante, avec une exactitude dans le tempo. A bientôt 16 ans, la perfection est de plus en plus de la partie. Le talent de la jeune artiste va aller crescendo. Comme dirait Charles Aznavour, je la vois en «  haut de l’affiche  ». Personne durant la soirée n’a osé en douter.

Thierry Oko