Trois bouts de bois de Dieu, devenus orphelins de leur maman décédée faute d’assistance, seront-ils arrosés par la générosité de Sassou, défenseur de la forêt équatoriale ? Epître de Serge au Florentin de Mpila.

Cher confrère,

A l’occasion du sommet de la Commission climat et le fonds bleu sur le bassin du Congo qui vient de se tenir, à Brazzaville, du 27 au 29 avril 2018, et auquel ont participé le roi Mohammed VI du Maroc et beaucoup de chefs d’Etat et de gouvernements, en l’occurrence Teodoro Obiang Nguema Mbazogo (Guinée équatoriale), Paul Kagamé, (Rwanda), Ali Bongo Ondimba (Gabon), Alpha Condé (Guinée), Mahamadou Issoufou (Niger), Macky Sall (Sénégal), Faustin Archange Touadéra (RCA), Evaristo Carvalho (Sao Tomé et Principe) et João Lourenço (Angola), permettez que nous vous adressions nos vives félicitations pour la réussite de cette grande rencontre.

Félicitations aussi pour l’intérêt que vous accordiez à la protection de l’environnement. Bref bravo pour la survie de la vie de l’humanité. Au cours de ce sommet, vous avez réussi à adopter une position commune pour la préservation de l’environnement et à définir les projets dits intégrateurs de développement.
Afin de mobiliser des financements auprès des bailleurs pour rendre opérationnel le « Fonds bleu  ». Parce qu’il faudra préserver le deuxième poumon écologique de la planète.

Nous osons donc croire que le « Fonds bleu  » aidera le Congo à mettre fin au phénomène de la déforestation qui a lieu dans le département du Pool, non loin de Brazzaville. Vous êtes, sans ignorer, que ce phénomène de déforestation est dû à l’abattage anarchique des arbres pour faire du charbon ou du bois de chauffe ; mais aussi à la coupe des arbres fruitiers dans les villages, par vos militaires et mercenaires rwandais et ougandais, à chaque guerre qui a lieu dans cette localité.

Pourquoi ne pas vous faire confiance sur la bonne gestion de ce fonds qui est très différent du Fonds des futures générations.

Déjà, le docteur écrivain et chercheur congolais, Michel Innocent Peya, a dans ses livres « Vision verte de Denis Sassou Nguesso  », publié aux Editions l’Harmattan, et « Le Fonds bleu : Mécanisme de financement et de gestion du Bassin du Congo pour la protection de l’environnement mondial », fait de vous le « leader écolo-visionnaire  » que le monde n’ait jamais connu.

La théorie des six F

Pourtant, le docteur Michel Innocent Peya ne fait que commenter, autrement, la métaphore du titre de votre livre « Le manguier, le fleuve et la souris  », publié, en 1997, aux Éditions Jean-Claude Lattès, 183 pages.

Même si vous-même, vous n’ y parlez que de votre traversée de désert et de la trahison dont vous avez été victime de la part de vos propres parents et camarades du parti, le « manguier  », le « fleuve  » et la «  souris » symbolisent aussi la Flore, la Flotte et la Faune. Trois F qui, ajoutés à celui du « Fonds bleu  », font au total quatre F.

Cependant, pour beaucoup de Congolais, les quatre F ne suffisent pas pour faire l’économie durable. Il faudra donc ajouter les deux F du « Fonds des Futures générations ». Pour en avoir 6, au total.

Protéger la vie de l’humanité

Cher confrère !

Dans votre discours de circonstance, vous avez, entre autres, parlé de la protection de la vie de l’humanité.
Le dictionnaire Larousse propose trois définitions du mot humanité. La première est celle qui désigne «  l’ensemble des êtres humains, considéré parfois comme un être collectif ou une entité morale »
La deuxième, fait état de la « disposition à la compréhension, à la compassion envers ses semblables, qui porte à aider ceux qui en ont besoin  ».
La troisième qui est plus littéraire, fait allusion à l « ensemble des caractères par lesquels un être vivant appartient à l’espèce humaine, ou se distingue des autres espèces animales. »

Sauver l’environnement, mais tuer l’homme !

Votre rêve est grand et cadre bien avec les valeurs chrétiennes et humaines. D’ailleurs, il nous rappelle aussi que vous êtes un chrétien baptisé en la paroisse Saint Paul de Dolisie.

Pourtant dans la réalité, votre gouvernance ne semble pas refléter votre rêve et votre vie de chrétien.
Vos compatriotes n’y trouvent pas la bonté, la bienveillance et la compassion qui sont les synonymes du mot humanité.

Vous sauvez l’environnement, mais vous tuez l’homme ! Pour preuve, les multiples guerres que vous leur imposez et qui coûtent la vie de plusieurs centaines de milliers de vos compatriotes. 400.000 morts durant la guerre de 1997. Quant au génocide qui a eu lieu dans le Pool, les dégâts humains et matériels ne sont pas encore inventoriés.

Comment les Congolais peuvent-ils vous croire et vous accompagner dans cette noble mission de protéger la vie que vous assigne la communauté internationale, si et seulement si eux-mêmes sont déjà victimes de votre manque d’amour et de compassion.

Voici le cas de Carine Nzanga qui ne finit pas de déchirer leurs cœurs.
Carine Nzanga ? C’est cette jeune femme qui vient de mourir à l’hôpital Adolphe Cissé de Pointe Noire, à quelques 510 kilomètres de Brazzaville où se trouve aussi le siège régional de l’Oms-Afrique. Elle est décédée sur son lit d’hôpital, après avoir donné naissance à des triplés. Parce que son mari n’a pas pu payer les frais d’hospitalisation, les ordonnances et les matabiches des sages femmes.
Sans faire d’autres commentaires, cher confrère écrivain, nous vous laissons le temps d’admirer les dernières photos de Carine (morte par la suite) et de ses trois bébés qui, heureusement sont en vie.

Nous pensons que votre chère épouse, aussi appelée Mama Fondation Congo Assistance, les gardera jalousement dans son album. Ne nous faisons pas d’illusions, Congo Assistance ne prendra pas en charge les triplés, orphelins de leur mère.

Merci, cher confrère, pour le temps que vous avez pris de lire ce télégramme.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain