Le débat sur le dialogue que veut organiser le pouvoir de Brazzaville ne cesse d’être mis et remis sur le tapis. Néanmoins, il est normal que les Congolais se prononcent sur cet énième dialogue après ceux d’Ewo, Sibiti et Dolisie. Tout se passe comme si le « mwene » de l’Alima admet en définitive que le Congo est toujours malade et que tous les traitements prescrits ne lui ont pas permis de recouvrer la santé.

Cependant, si certains veulent une Conférence Nationale souveraine bis, d’autres proposent un deuxième Forum national pour la culture de paix, d’autres encore, une conférence internationale qui devra se tenir à l’étranger.

Les institutions politiques locales

Pourtant, les traditions congolaises peuvent aussi aider les Congolais à bien dialoguer entre eux et à trouver des solutions sur la crise multidimensionnelle que vit leur pays. Tout est pourtant dans les concepts de Mbongui, Kanza, Mwâze, Nzo-a-loono, Mpeho Mifundu (sous l’ombre de l’arbre à palabre) et Ngombo qui est une instance supérieure dans la juridiction, chez les peuples kongo. Essayons donc de les décortiquer.

Mbongui, Kanza, Mwâze, Nzo-a-loono : des institutions législatives et exécutives

Les mots Mbongui (lari), Kanza (mbochi), Mwâze (Loango) et Nzo-a-loono (teke) sont des synonymes. Ils sont tous définis en français par le lieu où les hommes partagent leurs repas et boissons, leurs idées et leurs savoirs ; mais aussi programment leurs activités communautaires et décident de la gestion du grenier, des biens meubles et immeubles du village. Ainsi que celle des métayages. Ils sont donc des grands lieux de la socialisation et de l’élaboration des politiques sociales et économiques.

Mais, le mbongui est aussi le lieu qui symbolise l’hospitalité. C’est là que le voyageur de passage trouve à grignoter pendant son repos dans le village. Il se sert même quand personne n’est là.
Analysé à la lumière de la science politique, le mbongui joue à la fois les rôles des institutions législative et exécutive. Et, non judiciaire.

L’arbre à palabre et le Ngombo : deux institutions juridiques
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Contrairement à la définition et au rôle qu’on lui donne, le mbongui n’est pas à vrai dire le lieu où l’on règle les contentieux et les litiges.

Dans les villages, il y a bel et bien des endroits qui sont aménagés pour régler les contentieux : l’arbre à palabre. L’expression lari « Mpeho Mifundu » veut dire sous l’ombre de l’arbre à palabre. C’est en ce lieu que l’on dit le droit.

Mais, au delà de l’arbre à palabre, il y a le « Ngombo » qui est une sorte d’instance supérieure dans la juridiction traditionnelle kongo. Les problèmes qui ne trouvent pas de solution sous l’arbre à palabre sont envoyés au Ngombo. Les deux parties qui sont en litige, accompagnées par un représentant du chef du village, vont au Ngombo qui, selon la tradition, doit être dans un village éloigné pour garantir l’impartialité. Le Ngombo d’aujourd’hui, et dans la crise congolaise, semble être la Communauté internationale puisque les Dialogues d’Ewo, Sibiti et Dolisie qui ne sont que des arbres à palabre, n’ont pas pu résoudre les problèmes congolais.

Faiblesse de la Conférence nationale souveraine et de tous les Dialogues déjà organisés

A la Conférence nationale souveraine, comme dans tous les Dialogues qui ont déjà été organisés dans le pays, les rôles du mbongui et de l’arbre à palabre ont été confondus. Conséquences : le pays revit la même situation que celle d’avant la Conférence nationale et de tous les Dialogues. « D’ailleurs, elle serait pire qu’avant  » a reconnu le président du Sénat, Pierre Ngollo, au cours d’une session de l’institution qu’il dirige.

Pour éviter, cette fois-ci, cet amalgame et savoir dans quel lieu peut être traité tel ou tel mal dont souffre le Congo, nous nous permettons de faire un petit jeu de question réponse.

Question : Pourquoi les Congolais et vous-même, voulez-vous un dialogue ? Réponse : Parce que le pays connait une crise multidimensionnelle très aigue dans tous les secteurs de sa vie : économique, financière, morale, sociale, sécuritaire, culturelle…
Quelles sont les causes de cette crise ? Réponse : non respect de la Constitution, tribalisme, mauvaise gouvernance, échec ou inexistence des politiques économiques, gabegie financière, détournements des deniers publics, guerres récurrentes, non diversification de l’économie, et génocide programmé dans l’Opération « Mouébara, » non respect de la vie humaine, des droits humains et des libertés fondamentales, mauvaise conception du pouvoir, clientélisme, corruption…

Quels sont les objectifs du dialogue ? Réponse : réconcilier les Congolais et trouver des solutions durables à la crise multidimensionnelle et éradiquer le mal à la racine.

Trois crimes

L’analyse de ce sombre et triste tableau ressort trois crimes qui détériorent la santé du Congo : les crimes économiques, les crimes de démocratie et les crimes de sang. Tous ces maux sont provoqués par le même virus que vous-même connaissez très bien (pour ne pas dire que vous êtes ce virus). Il faut aussi ajouter l’inexistence ou l’échec des politiques économiques ou encore l’inadéquation des politiques avec les cultures du pays.

Ne plus se tromper de lieu

A la lumière des rôles du mbongui, de l’arbre à palabre et du Ngombo, tous les maux dont souffre le Congo ne peuvent pas être traités au même endroit c’est-à-dire au mbongui. Et, si la question des politiques sociales et économiques, ainsi que celle qui concerne les crimes de démocratie peuvent être traitées au mbongui, en tout cas, celle qui fait allusion aux crimes de sang doit être examinée soit sous l’arbre à palabre soit au Ngombo. Là où se dit le droit.

Choisir une bonne doctrine

A vrai dire, le mbongui ne se chargera que d’élaborer des nouvelles politiques économiques, et de définir des nouvelles stratégies de la gestion de la chose publique. Il aura la mission fondamentale de faire le choix de la doctrine sur laquelle devra, désormais, s’asseoir toute politique sociale, politique et économique.
Le mbongui doit choisir entre le libéralisme, le socialisme bantu, le capitalisme, le communisme, le socialisme scientifique et le communautarisme.
Pourtant, cette activité avait été oubliée à la Conférence nationale et dans les précédents « dialogues. »

Alors que c’est à partir de cette doctrine choisie et qui devra être inamovible, malgré les tendances (Républicain ou Démocrate) qui peuvent accéder au pouvoir, que l’on rédigera la nouvelle Constitution pour qu’elle rime avec tous les secteurs de la vie sociale, politique et économique du pays. Tout comme elle permettra de définir le nouveau mode d’organisation des pouvoirs publics et de la gestion des ressources humaines et naturelles ainsi que des collectivités locales.

Le communautarisme : une doctrine africaine

Nous proposons le communautarisme en tant que les intérêts de la collectivité qui priment avant tout sur ceux des individus, comme doctrine. Il n’est pas un concept importé. Il se justifie à partir du grenier et du mbongui. C’est le Royaume Uni qui est le bel exemple à citer dans la réussite de cette doctrine.

Plus de spécialistes que de politiques

Dans ce mbongui que vous voulez organiser, nous vous proposons d’avoir beaucoup plus besoin des spécialistes et des experts que des politiques. Des spécialistes en la matière qui doivent, à partir de la doctrine du communautarisme, élaborer des politiques de la santé, l’éducation, l’emploi, l’habitat, le logement, l’urbanisme, la sécurité, la sécurité sociale…
Tout comme aussi, ils doivent aider à définir les crimes économiques, de démocratie et de sang, pour aider à constituer les dossiers judiciaires. Et, c’est ce même mbongui qui classifiera les affaires entres celles qui pourront être réglées par une Commission « Vérité et Réconciliation », et celles qui le seront par les tribunaux locaux ou internationaux. Il appartiendra donc aux Congolais de poursuivre ou non les criminels devant les tribunaux. Dans cette vision, la nécessité d’aller au Ngombo donc à l’étranger devient légitime. Il faut un arbitrage étranger.

Le travail à faire par le gouvernement et la société civile

Pour l’heure, le grand travail à faire par le gouvernement et la société civile, devrait être celui de rédiger des documents sur les crimes économiques, de sang et de démocratie, la doctrine à proposer, ainsi que ceux sur l’état des lieux de tous les secteurs de la vie nationale, et confectionner des catalogues sur les biens mal acquis au Congo et à l’étranger, ainsi que celui des Congolais qui ont ouvert des comptes dans les paradis fiscaux avec l’argent public. Cet état de lieu peut aussi être publié dans la presse. Et, tous les documents rédigés devront être remis au secrétariat du Dialogue, un mois avant l’ouverture des travaux.
Et, c’est sur ces documents que les participants au Dialogue, assistés par des experts des Nations unies et des bureaux Conseils qui seront choisi indépendamment par le présidium du Dialogue, travailleront, pour gagner du temps et éviter les cours magistraux, des déclarations incendiaires, des insultes… Car il faudra, après, réconcilier les Congolais.

Des préalables

Tenue du dialogue à l’étranger, sous l’égide de la Communauté internationale, dissolution de toutes les institutions illégales et illégitimes, libération de tous les prisonniers politiques, fermeture de la caserne militaire privée de Tsambitsho, dissolution de toutes les milices du pouvoir, expulsion de tous les mercenaires étrangers, démission du Haut commandement des Forces armées congolaises, dissolution de la Snpc pour la remplacer par un Conseil National de la Décentralisation et de la Gestion du Pétrole et du Bois, création d’un gouvernement d’union nationale.

Mettre fin aux immunités

Les crimes contres l’humanité étant imprescriptibles, aucune immunité ne pourra protéger les personnes accusées pour les crimes qu’elles auraient commis.

Un nouveau statut pour Denis Sassou Nguesso

Lorsque l’on a lamentablement échoué, mainte fois, pour diriger un pays, le bon sens et l’honnêteté intellectuelle recommandent que l’on se retire et donne la chance à quelqu’un d’autre. C’est ainsi que nous pensons, vous feriez mieux d’être humble et de remettre le tablier aux Congolais.

Cependant, à défaut de votre démission, acceptez de n’être qu’un président de fait, jusqu’à la tenue des élections générales. Mais, vous ne serez plus le chef de l’Exécutif et ne pourrez plus représenter les Congolais à l’étranger.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain