Au micro d’ Africa 24, sous le feu des questions de Babylas Boton, Thierry Moungalla, chargé de porter la parole de Sassou s’est acquitté avec brio de cette ingrate tâche de portevoix de dictateur. Il s’en est tiré avec les mains sales sur fond de nausée pour les téléspectateurs fatigués par quatre décennies de triche sassouiste.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Babylas Boton ne porte pas dans son cœur la racaille sassouiste dans sa globalité. Les ministres de Sassou qui passent sur sa chaise électrique en gardent un mauvais souvenir.

LANGUE DE BOIS

En l’occurrence, Thierry Moungalla a eu des sueurs froides comme autrefois, au même endroit, son ex-collègue, François Ibovi de la Santé, acculé au pied du mur comme un bête blessée. Ibovi beugla comme un bovin.

Professeur en verbiage, charger l’opposition de tous les maux a été pour l’ami Thierry un jeu d’enfant. Il a suffi au ministre Moungalla, surnommé par ailleurs « Thierry Brigand  », il lui a suffi de puiser dans le registre stalinien de la langue de bois pour accabler les« ennemis de l’intérieur » de Monsieur 8%. La pêche à la morue faisandée a été d’autant plus facile pour Thierry Brigand que ce registre de clichés et de lieux-communs est disponible dans le lexique révolutionnaire des années Ngouabi et n’attend que d’être réchauffé par les continuateurs de l’Immortel.

D’entrée de jeu, sur la thématique de la triche électorale, Moungalla a vu en Trésor Nzila un empêcheur de tourner en rond. Vous vous rappelez la célèbre stigmatisation ngouabiste de « tortue à double carapace » ? Trésor Nzila, membre d’une ONG des Droits de l’Homme qui a eu l’audace de traiter, comme Sartre, les élections législatives de «  très sales » a immédiatement eu droit à sa part de bordée d’injures marxistes. Le porte-parole d’un gouvernement ayant dissimulé une importante partie de la dette de son pays a osé qualifier Nzila d’ennemi masqué, camouflant son radicalisme sous les apparences d’un militant des droits de l’homme. Curieuse dichotomie. On serait tenté de croire le monde congolais composé d’une part de crapules et de l’autre d’une classe politique peuplée d’enfants de chœur parmi lesquels l’ami Brigand.

THIERRY LA FRONDE

A vrai dire, Monsieur Thierry n’a pas volé sa réputation de rhétoricien de l’indigeste politique. Il a pourtant un mythique homonyme très frondeur qui s’en prenait au pouvoir féodal de son époque, un pouvoir oppresseur des griffes duquel le peuple voulait se libérer. Au contraire, notre Thierry congolais n’aime pas la fronde (révolte populaire). Quand le peuple veut se libérer du tyran de Mpila, Thierry est outré qu’on veuille déstabiliser les institutions « démocratiquement élues ». Comme si déstabiliser un pouvoir moyenâgeux tel que celui d’Oyo ne faisait pas partie des prérogatives de l’Opposition. Il oublie sans doute que son roi fainéant de l’Alima, lui-même, mit par terre (suite à un sanglant coup d’Etat) le pouvoir de Pascal Lissouba, président démocratiquement élu. Le bossu ne voit jamais sa bosse.

L’EXCEPTION ET LA REGLE

Qu’on arrête de parler de députés congolais élus à 100 % estime le portevoix de Monsieur 8%. Une candidate aux législatives françaises, Anne Blanc, dans l’Aveyron, a gagné sa circonscription avec un score de 100%. « Vous voyez ; ça n’arrive pas que sous Sassou » coupe-t-il au micro de Babylas Boton après s’être lancé dans une démonstration alambiquée sur la statistique électorale. Tant pis s’il y a l’exception, s’il y a la règle. En France c’est une exception. Au Congo de Sassou c’est la règle de gagner avec des résultats brejnéviens. « La question n’est pas là » balaie d’une chiquenaude Moungalla.

Dans cette interview à bâton rompu Babylas Boton n’a de cesse d’assener des coups de... bâton au griot Thierry dont, par exemple le patron, Sassou, a camouflé dans sa déclaration aux Institutions financières mondiales la dette par tête d’habitants du Congo. Aïe ! Aujourd’hui le FMI va se payer la tête de Sassou. « Le Congo n’est pas en faillite » se défend comme diable dans le bénitier Moungalla. La dette congolaise ? Ce n’est rien moins qu’une question de «  soutenabilité et de non soutenabilité. » Une autre manière de l’agent de propagande Thierry de clamer à l’attention de Sassou, kleptomane monomane, « Oyé, oyé, soutien ! »

Voilà la langue de bois adulée de ceux qui soutiennent aveuglément ceux qui ont pris langue avec la médiocrité.

LE FMI A BIENTÔT FINI AVEC SASSOU

« Vous n’avez pas pensé à la diversification de l’industrie. Pire, ce sont les mêmes loups qui sont aux affaires depuis des lustres » frappe le journaliste. Colère de Moungalla : « Ca vous fout les jetons qu’un homme politique qui bosse reste longtemps au pouvoir ?  »

Bien sûr : la longévité politique est un vice ! Quand des vauriens ne veulent plus quitter le pouvoir « c’est ça qu’on appelle la dictature » (dirait Youss Band). Les ministres de Sassou sont des « fainéants » (pour reprendre Emmanuel Macron alias poudre de perlimpinpin ). Ca mérite que les sans dents fassent des grèves. Et, comble de crime les feignants de Sassou sont aussi des kleptomanes.

Si celui dont Moungalla est le portevoix ne porte pas la main à la poche pour réduire les quatre mois de salaires impayés, l’Université et le CHU useront du droit de grève en tant que stratégie de renversement de Monsieur 8% avec en arrière-plan le coup de massue du FMI.

LES RAISONS DE LA COLERE

La guerre du Pool est une autre occasion de malmener T. Moungalla.
« Pourquoi êtes vous en colère Babylas Boton ? »griffe Moungalla qui estime que le journaliste pleure plus fort que la famille du mort.

Violente réplique de Boton. « Vous devrez être plus en colère que moi, vous un ressortissant du Pool ! » - En effet, Thierry Moungalla, ancien conseiller d’André Milongo, est de Sibiti par son père, de Boko par sa mère.

« On ne négocie pas avec un terroriste » balbutie le porte-parole quand on évoque le Pasteur Ntoumi.

« Sans blague, cependant, il y a peu, vous mangiez à la même table avec ce terroriste » enfonce le journaliste.

« Daech et Ntoumi même combat » tente de parer Thierry. « Vous voulez rire. Ntoumi est seul contre tout une armée » cogne Boton, sans pitié.

LE COUP DE GRACE

Le journaliste d’ Afrique 24 poursuit la mise au pilori de T. Moungalla avec la casserole des prisonniers politiques. Jean-Marie Michel Mokoko, Paulin Makaya, Modeste Boukadia, Okombi Salissa, Guy Fortuné Dombi, croupissent à la maison d’arrêt de Brazzaville pour s’être présentés, pour certains, aux présidentielles contre Sassou. « Sassou est un président totalitaire mal élu qui incarne l’intolérance » bastonne Babylas. C’en est trop. A ce stade de l’entretien, le transfuge de l’UDR-Mwinda est KO debout. Pas facile de défendre l’indéfendable. La rhétorique ne suffit pas.

Seulement, ne se sentant pas pour battu, Brigand tire la vieille ficelle de l’atteinte à la sûreté d’Etat pour justifier la mise au violon du général Jean-Marie Michel Mokoko. C’est son chant de cygne. L’atteinte à la sûreté de l’Etat, c’est la tarte à la crème des régimes dictatoriaux formés à l’école de Moscou. On met la sécurité de Sassou à toutes les sauces. Sauf que cette fois-ci la mayonnaise aura du mal à prendre quand le FMI percera l’abcès des quarante ans de pouvoir sans partage et de gestion calamiteuse de la richesse nationale.

A l’aide de l’arme des droits de l’homme, Boton a tiré le coup de grâce afin d’abréger les souffrances de son invité. En guise d’extrême onction, il le badigeonne de pommade, pour lui sauver la face.

Alphonse Okemba