Tout à coup, elle se lève. Les mains tremblantes, les yeux chavirés, à demi clos, la voix chevrotante, elle pleure. « Dieu m’a parlé : il y a des vierges folles parmi nous qui ne seront pas accueillies au royaume du Seigneur, entame-t-elle, sur fond de chœurs chantant “alléluia” et de secousses de maracas. N’ayez pas honte, levez la main, nous prierons pour vous. » Personne ne moufte. « Toi, toi, es-tu sûr que tu seras accueilli par notre Seigneur ? Tu en es sûr ? », demande-t-elle a un membre de l’assemblée. « Oui », répond-il. « Ne vous moquez pas du Seigneur », hurle-t-elle.

Cette scène, débile, se déroule lors d’une séance de l’Eglise Evangélique Africaine Charismatique, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), dans une petite salle de l’hôtel Ibis ! 150 euros par dimanche pour trois heures de location. C’est tout ce qu’ils peuvent s’offrir. Chez les évangéliques, les fédérations ne financent pas les nouvelles installations. Aux fidèles de mettre la main au portefeuille. Du coup, le pasteur est bénévole. La semaine, il est magasinier polyvalent. Aujourd’hui, ils sont une centaine de fidèles. Et chaque nouvelle recrue a droit au tapis rouge : présentation à l’ensemble des fidèles et entretien particulier avec le pasteur à peine l’office terminée. La situation financière et « préfectorale » (avec ou sans papier) intéresse beaucoup Pierre Tshamala, le pasteur.
Les fidèles sont au courant, ils sont sollicités financièrement deux fois au cours de la cérémonie. « La dîme dans la Bible, c’est écrit, Dieu te bénira au centuple et encore un effort pour l’obtention d’une nouvelle salle, a dit le pasteur. Ici, cela devient trop petit et nous ne pouvons avoir ni musique ni danses à cause des clients de l’hôtel. » Bref, il est impossible de déballer l’attirail classique d’une église évangélique congolaise des deux rives car il est indéniable que cette forme religieuse a rapproché les deux communautés. Les mariages « mixtes » comme celui-ci se sont multipliés, et même nos compatriotes du sud d’habitude réfractaires au lingala s’y sont mis.

Les Eglises de réveil prolifèrent, se démultiplient, se dissolvent et renaissent de leurs cendres. Dans celles de la première génération, nées à la fin des années 70 il ne reste que quelques unes, plutôt mal en point. On peut citer Papa Isaïe mais surtout l’ASSOCIATION LOUZOLO AMOUR / ORGANISATION POUR L’HUMANITÉ (ASLA/OPH), basée dans la localité de Kibossi, qui au milieu des années 80 comptait plus de 20.000 adeptes payant chacun 20.000 FCFA le droit d’être membre, soit pas moins de 400.000 des francs de l’époque (le double aujourd’hui), soit un pactole d’un de plus d’ 1.200.000 euros et des bananes rien que pour les droits d’inscription. Sans compter divers autres cotisation et l’absence d’’ infrastructures de culte. Pas étonnant que le leader du mouvement désigné comme le Grand-Maître LOUFOUA CEITIKOUABO Guy Emile soit aujourd’hui porté disparu depuis près de 10 ans, s’étant officiellement reclus pour faire pénitence de nos pêchés.
La Mission du Cèdre, basée à Djiri a détrôné l’ASLA/OPH l’amputant de la quasitotalité de ses ouilles originaires du nord du pays. Cet aimant utilisé par le frère William Arsène Yaucat a aussi été le frein qui l’a empêcher de ratisser lus large que sa base ethnique d’origine.
Les groupes les plus récents ont eu moins de chance. Le nombre de fidèles est plus modeste et la durée de vie moins insolente.

Dans le rite, peu de changement si non des lectures très personnalisées de la Bible.
Ce dimanche à Gennevilliers, mon cousin ne cessait de me guetter du coin de l’œil pour voir de ses yeux ma conversion dans une église de réveil. A chacun de mes soupires, il se redressait, près à crier « alléluia, le saint-Esprit a encore frappé ». Je suis sorti un plutôt déçu par l’homélie assez décousue du pasteur trahissant une connaissance très superficielle de la bible (qu’il a évoquait deux fois au plus) même au regard d’un homme peu averti comme moi, qui n’est pas allé plus loin que le catéchisme du quartier.
Je n’ai pas attendu le soir pour aller partager le repas et faire la fête qu’on nous promettait heureuse sans alcool. . J’étais attendu ailleurs, où les hôtes prenaient plaisir à écouter « Monde arabe », le dernier album de Koffi et n’avaient aucun mal à se célébrer le premier miracle du Christ : changer l’eau en vin.

Kevin Beto