Kue Ngo, le pays où les hommes ont pour totem le Ngo (la panthère) fut une puissante nation. Ses habitants portent un nom narcissique assumé : « Bana ngo ». L’imagination littéraire de Serge Armand Zanzala articule Kue Ngo comme une aire culturelle jadis respectueuse des tabous aujourd’hui, malheureusement, trangressés par Manouana Tchombé-Tchombé alias le bagarreur.

Une dédicace provocatrice

« À Denis Sassou Nguesso (président autoproclamé du Congo), José Eduardo dos Santos (ancien président de l’Angola) et Jacques Chirac (ancien président de la France, décédé) qui ignorent l’histoire de la formation de l’écosystème social du Congo-Brazzaville et qui ont opposé, dans la guerre du Congo qui a eu lieu en 1997, un peuple contre lui-même. La guerre du 5 juin 1997 est une guerre de la honte et de l’ignorance ! »

L’auteur oriente les lecteurs

« Au-delà de son côté roman, Kue Ngo ou le Kongo des origines veut provoquer un sursaut de conscience chez les Kongos de l’Angola, du Congo-Kinshasa, du Congo-Brazzaville et du Gabon qui forment un seul Peuple.
Nous les invitons à colmater les fissures provoquées par la Conférence de Berlin sur ce grand territoire, dépoussiérer cette histoire commune, l’enseigner aux jeunes générations et la promouvoir à travers des manifestations culturelles. D’ailleurs, notre grand rêve est de voir cette histoire montée et jouée sur les planches d’une salle de théâtre ou proposée sous la forme d’un film. Car l’ignorance de cette histoire a déjà produit des conséquences désastreuses.
 »

Si le Congo était redevenu Kue ngo en 1997

« Si le Congo était redevenu Kue ngo, la mort et ses petites-filles : la faim et la misère seraient passées loin de ses frontières. Ses filles ne seraient pas violées et ses maisons détruites et pillées. Ngo, Angoué, Ongo, Angwe, Ongoué, Mongo, Kuengo, Mengo, Kongo, Nzongo et Ngoma… tous arrière-petits-fils de la panthère ne se seraient pas livrés à la guerre. Ils seraient tous descendus dans la rue pour jeter des pierres sur ceux qui les ont armés. Ils seraient tous descendus dans la rue pour porter en triomphe une panthère d’or. Ils seraient tous descendus dans la rue pour commémorer le souvenir et chanter la bravoure de leurs arrière-grands-pères qui ont vaincu la panthère, cet animal redoutable et légendaire. Ils seraient tous descendus dans la rue avec un étendard vert, portant en son sein une tête de panthère, entourée d’étoiles jaunes et rouges. Symbole de toutes les ethnies qui peuplent le Congo actuel et du nouveau drapeau du Kue ngo. Si le Congo était redevenu Kue Ngo, tous ses chefs de clans et d’entreprises, de tribus et de partis politiques, tous ses présidents de la République et de machins auraient prêté leur serment, la main gauche posée sur une panthère en or, pour jurer fidélité et garantir l’unité de toutes les ethnies qui composent ce peuple, le peuple Kue ngo. Si le Congo était redevenu Kue ngo, Angoué, Ongo, Angwe, Ongwé, Mongo, Kuengo, Kongo, Mengo, Nzongo, Ngoma… seraient tous descendus dans la rue pour s’embrasser comme des amants. Tant pis pour l’étranger qui les prendrait pour des homosexuels. »

La guerre du 5 juin 1997, une guerre de la honte

«  En 1997, alors que le Congo-Brazzaville vivait une guerre politique interne, l’Angola avait été introduite dans ce conflit par la France de Jacques Chirac. En effet, les soldats angolais avaient combattu dans les rangs des milices et mercenaires de Denis Sassou Nguesso, et tué leurs frères et sœurs Kongos. Néanmoins, nous avons appris, pendant cette guerre, que des officiers militaires angolais avaient beaucoup de remords et perdu leur courage lorsqu’ils avaient découvert que les populations congolaises qu’ils devraient tuer parlaient la même langue qu’eux, qu’elles buvaient, elles aussi, le vin de palme, et que dans le département du Pool il y a une localité que l’on appelle Mpangala, et un clan qui porte le nom de kindamba. Comme en Angola.
C’est pourquoi nous déduisons que la guerre du 5 juin 1997 dont le bilan s’élève à 400 000 morts, est une guerre de la honte due à l’ignorance absolue de l’histoire des Kongos
. »

Ici planète-terre, interdit de tousser et d’éternuer !

«  Kue Ngo manque de tout. Les dispensaires et les hôpitaux sont devenus des mouroirs. Même pour une petite toux qui n’est pas provoquée par le virus de Corona ou par la tuberculose, on n’est pas sûr de revenir vivant chez soi. D’ailleurs, il nous était interdit de tousser et d’éternuer même dans nos coudes. Pourtant, à force de contenir l’air dans les poumons et de ne pas l’expirer par une ou plusieurs secousses spasmodiques ou encore en évitant de produire un bruit, sous l’effet d’une irritation mécanique ou d’une infection des voies respiratoires, des gens se sont éclatés comme des ballons de baudruche. »

Le fédéralisme peut être dangereux au Congo

Déjà dans ce pays, notamment dans tous les départements, on assiste à une course au leadership ; mais aussi à un faux débat sur l’autenticité : « On parle, par exemple, des vrais et des faux Loangos. C’est-à-dire des Loangos qui vivent le long de la Côte atlantique et ceux, de la grande forêt du Mayombé ; des vrais et des faux Bembés. C’est-à-dire des Bembés du district de Mouyondzi et ceux d’autres districts ; des vrais et des faux Nsundis. C’est-à-dire les Nsundi du district de Boko que l’on appelle aussi Bakongo Ba Boko, et ceux qui vivent de l’autre côté de la rivière Loufoulakari que l’on prend pour une frontière ; des vrais et des faux Ngalas. C’est-à-dire les Mbossis, Kuyus et Mâkas ; des vrais et des faux Tékés. Ceux des districts de Djambala, Lékana, Ngabé, Kimba, Ngamaba… »

Un Panthéon pour enterrer tous les présidents

Mbuta Ntinu, le personnage du livre, « mourut à l’âge de soixante-cinq ans, et fut enterré au Panthéon à Sanga-mvila, aux côtés des anciens présidents du Congo, et ceux des anciennes républiques nées de l’éclatement de ce pays. Il s’agit des présidents : Fulbert Mpélo de l’ancien et Grand Kue Ngo ; Alphonse Mfumu-tshibooka de Kongoyo, mais dont le corps serait, selon une première version, offert à un lion comme proie, ou, d’après une deuxième, réduit en miettes par une grenade qui lui serait attachée à la ceinture, n’étant toujours pas retrouvé. Il était remplacé provisoirement par une statue en bois. Pourtant, les Kuengos attentent toujours l’arrivée de Florentin-le-Sifflet, un grand féticheur des Pays de Ngambooni, qui viendra leur montrer le lieu où se trouve le corps de l’ancien président Alphonse Mfumu-tshibooka, et révéler les conditions de sa mort. Même s’il était condamné par une Cour martiale et devait être exécuté. Mais dans le Panthéon, on trouve aussi les tombes des présidents Adrien Ntangu-yambata de Kibiti ; K K. de Wari-mumvuka dont son vrai nom était Kari-Kari ; Okonzi-a-nsenge de Bwala-yayi-mambu, et Mokatisingambo, de Lungazi-lwa-mona-bakento.
Un président, Denis Manouana Tchombé-Tchombé alias le bagarreur, ne fut pas enterré au Panthéon. Pour ne pas désacraliser ce Haut-lieu. Le peuple kuengo l’avait condamné à l’exil à l’étranger. Lui, ses enfants et tous les membres de son clan. Il l’avait sommé d’emporter tous les ossements de ses parents ensevelis sous la terre de Kue Ngo. Parce qu’il avait non seulement organisé un génocide et pillé toutes les richesses du pays ; mais aussi parce qu’il avait privé beaucoup de ses compatriotes de sépultures. Il mourut loin de Kue Ngo et fut enterré dans un cimetière privé, situé dans le grand désert de Boyo-Boyo, où les pierres, le sable et tous les minerais que contient le sous-sol se fondent par l’action de la chaleur du soleil.
Mais c’est un volcan qui avait fait disparaître le nouveau cimetière familial du président Denis Manouana Tchombé-Tchombé alias le bagarreur.
Ta Mampûngu, le Dieu de Kue Ngo, n’avait pas voulu que ses ossements et ceux de tous ses parents s’accumulent et forment un puits de carbone comme une tourbière. Pouvant menacer les écosystèmes terrestres et sociaux. Il veut un environnement sain et protégé pour les générations futures.
 »

Kue Ngo ou le Kongo des origines. Version papier 13,00 € ; Version numérique 4,99 €

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain