Résumé en 4 chapitres du parcours effectué entre :
I- Le foyer d’origine de « Kumba » au Royaume Kongo
II- La naissance et l’évolution de la « Rumba » à Cuba
III- La reconnaissance internationale de la « Rumba » aux Etats-Unis et en Europe
IV- La découverte de la « Rumba » par les congolais et son développement.

I – Le foyer d’origine de « Kumba »

Pour situer le lieu de naissance de la «  Rumba », il faut porter le regard du côté du Royaume du Kongo (Empire du bassin du Congo né au 13ème siècle) et qui était constitué dans la partie sud-ouest des territoires actuels des deux Congo et de l’Angola, dont la capitale Banza Kongo (ou San Salvador) se situait en Angola.
C’est dans le foisonnement de musique qui avait atteint un niveau assez développé dans le royaume - car le terme englobait le cha nt, l’instrument et la danse - qu’est né ce qu’on appelait à cette époque «  Kumba  » ( Nombril en dialecte Kongo) ou « La dance du Nombril ». Dans sa pratique, l’homme et la femme s’accouplaient, comme ils pouvaient aussi danser à distance dans des mouvements plus ou moins lents. Danse rituelle, « Kumba » intervenait dans plusieurs circonstances de réjouissances.

Ceci étant, c’est donc cette musique ou danse « Kumba » et parmi tant d’autres que les esclaves parti du Royaume du Kongo ont emporté avec eux à Cuba et précisément dans la région de Matanza à la fin du 18ème siècle.

II - La naissance et l’évolution de la « Rumba » à Cuba

Arrivée à Cuba la danse « Kumba » connait une certaine effervescence, au point où elle passe pour la danse la plus populaire dans les « cabildos » (regroupement des Kongo)
Malheureusement, suite à la dérive phonétique des colons espagnols, « Kumba » se fait désormais appelé « Rumba ». La danse va d’ailleurs connaître 3 variantes, car si au départ la « Rumba  » est UNE, celle issue des esclaves Kongo, cependant il va s’opérer une cohabitation naturelle entre les « Kongo » et les autres ethnies venus d’Afrique, comme les « Yoruba  », les « Abakua  » du Nigéria, les « Araras » du Dohomey (Benin), auxquels il faut ajouter les éléments hispaniques.

De ce brassage il va se dégager 3 styles principaux de la RUMBA : « Le Guanguanco » (la forme la plus populaire), « La Columbia » (dérivée des danses africaines) et « Le Yambu » (qui est la forme la plus ancienne et issue de la danse « Kumba », voire celle que les congolais pratiquent depuis son introduction dans le bassin du Congo dans les années 30.

On peut aussi ajouté que dans le style de la danse « Rumba  », le chant obéissait à une structure antiphonale : Un chœur à l’unisson et un interprète soliste. Enfin la danse elle-même est constituée des mouvements sensuels de hanches et du bassin, au point où la femme est mise en valeur et devient le centre d’attention.

III - La reconnaissance internationale de la « Rumba » aux Etats-Unis et en Europe

Dans son parcours pour atteindre la reconnaissance internationale, la Rumba va connaître des moments difficiles, notamment, elle soupçonnée par les autorités coloniales espagnoles, comme étant un mouvement subversif des « Kongo », au point d’être interdite au cours des années 30 et 40. Même si l’interdiction a été levée, on ne lui a jamais ouvert à l’époque la porte des théâtres. Mais la Rumba a fini par regagner ses lettres de noblesses.

A partir de 1913 la Rumba va connaître un succès énorme aux Etats-Unis et en Europe à travers plusieurs conférences de reconnaissance. Parmi lesquels :

- 1924 - A Paris, la Rumba est présentée officiellement au cours d’une conférence internationale qui réunit des musiciens, musicologues, ethno-musicologues et ethnologues du monde entier pour codifier la musique, le rythme et déterminer les origines, comme : «  La Rumba née à cuba des parents Kongo  »

- 1932 – La Rumba est présentée à l’exposition internationale de Chicago et remporte un vif succès. Les Etats-Unis seront par la suite à l’avant garde de ce mouvement de la Rumba par la présence des grands groupes cubains en Europe.

- Enfin, plus tard en 1947, toujours en Europe, la Rumba continue à faire des vagues, au point où à Milan (Italie) se tiendra un rassemblement international des professeurs de danse pour la codification officielle et définitive de la Rumba, sur le plan de la notation.

IV – La découverte de la « Rumba » par les congolais et son parcours.

Jusqu’au début des années 30, pendant que la Rumba était mondialement connue, au niveau des deux Congo tout au moins on avait aucune idée de cette danse et de ses origines. La musique en vogue dans la sous-région est composée de :
- Le chant de la campagne en ville (le folklore émanation de la musique traditionnelle dans sa composante culturelle et ethnique a eu droit de cité dans les centres urbains où son exécution est strictement limité par l’administration coloniale)

- Le « Maringa  », considéré comme précurseur de la musique congolaise moderne (valable pour les 2 Congo et le Cabinda) – En effet, en 1925, le Loango (région du Moyen Congo) introduit dans le registre populaire la danse «  Maringa », une danse qui suscite un intérêt croissant parmi les musiciens et les danseurs, car elle est soutenue par un tambour « grosse caisse » actionné des deux mains et du pied droit, une bouteille qui sert de triangle et un accordéon. Le «  Maringa  » serait donc une variante des « Tumbas francesas  » folklore des esclaves loango d’origine haïtienne. C’est la danse qui inaugure la présence des lieux dits : « Bar-dancing  »

Ceci étant, le « Maringa » serait donc un tremplin pour se rapprocher de la Rumba. Dans ce chapitre on peut citer des nombreux musiciens considérés comme les auteurs des premiers foyers musicaux dans les années 1930, comme Albert Loboko, Bernard Massamba « Lebel »... (Congo-Brazzaville) – Adou Elenga, Avambole... (Congo-Kinshasa) – Manoka Souleymane « De Saio », Manuel Mayungu d’Oliveira... (Angola) et tant d’autres.

- La RUMBA : Son introduction dans les deux Congo se fait cumulativement à la même période et par des citoyens étrangers :

En 1934 à Brazzaville (Moyen-Congo), c’est un martiniquais du nom de Jean Réal, coopérant français qui va créer le premier groupe de musique moderne dénommé « Congo Rumba  » dont la contexture s’inspirait de la Rumba et d’autres rythmes afro-caribéens. Gabriel Kakou et Georges Mozebo doivent être considérés comme parmi les premiers responsables de la vogue de la guitare dans la rumba.

A Boma (Congo-Belge) presqu’à la même période, naissance d’un groupe qui utilise pour la première fois le terme « Orchestre », dénommé l’orchestre « Excelsior » du ghanéen Thobas, qui est l’émanation d’une forte colonie des travailleurs ouest-africains « coast-men  » fortement implantés dans cette ville portuaire de Boma, que sera introduite la Rumba, mais également le « High life » et d’autres musiques afro-caribéennes.

Développement de la Rumba

Dans le même élan, se hissent sur la scène musicale congolaise, plusieurs musiciens individuels et des groupes, particulièrement Paul Kamba en 1941, (Victoria Brazza), et Antoine Kolosoy Wendo en 1943 (Victoria Kin) comme précurseurs de la musique congolaise moderne, à partir de la Rumba inspirée du genre « Yambu  » cubain, plus proche du genre d’origine « Kumba  »)

De 1948 à 1956, tous les musiciens congolais sociétaires des éditions musicales congolaises vont se livrer à produire un genre de rumba semblable, notamment sur un tempo lent, sans grande différence les orchestres entre eux. (African Jazz, OK Jazz, Conga jazz, Negro Jazz ou Rumbanella Band, etc.)

A partir de 1957, deux grandes écoles dans le genre musical de la rumba se distinguent avec beaucoup de ferveur ; l’Ecole OK Jazz qui adopte un genre de Rumba dite « Odemba » (c’est-à-dire lent, mais influencé par le rythme « Odemba  » issu du folklore mongo de Mbandaka) tandis que l’Ecole African Jazz se manifeste de la Rumba, dite « Rumba-Rock  », basée sur un tempo rapide avec des accents de jazz ou « d’afro-cubain » dans les arrangements.

Les deux courants du style de la Rumba vont régner sans partage jusqu’en 1959, année au cours de laquelle intervient la naissance de l’orchestre Bantou de Brazzaville (composé des anciens musiciens de l’OK Jazz et du « Rocka-African  »), et l’institution d’un 3ème courant musical de la Rumba. Il fait la symbiose des deux premiers courants (African Jazz – OK Jazz). Les trois grands styles de la Rumba congolaise vont évoluer considérablement et ne cesseront de se renouveler.

Au début de l’année 1970 , un groupe de jeunes talents, dénommé ZAIKO inaugure une 4ème Ecole dans une forme de la Rumba moins structurée, saccadée et complexe dans ses apports de base : le tempo de la batterie, la caisse claire, le « Sebene  » (répétions successive d’un certain nombre de notes) et une équipe d’animation composée des « Atalaku  » (animateurs-chant), enfin un chœur à l’unisson, un soliste et la danse « choqué  » constituée des mouvements de corps. Ce courant inspirera et sera entretenu par la nouvelle vague des orchestres jeunes comme « Wenge  », « Viva la musica  », « Quartier latin », « Langa-langa stars  », « Extra-musica  », « Loketo  », etc.

Les constantes évolutions de ces 4 Ecoles seront constatées, à travers des formes de musique et danses, comme « Kiri Kiri  », « Soukous », « Soum joum », «  Kibinda Nkoy  », « Ndombolo », «  Egondza »... qui vont dénaturer amplement la Rumba congolaise des années 50/60. Surtout qu’à partir des années 80 tous les grands ténors de la rumba avaient disparu, c’est le cas des ensembles comme l’African Jazz, l’OK Jazz, l’African Fiesta, Cercul Jazz, Negro-Band, Africa mod, etc. A l’exception des Bantous de la capitale (60 ans en 2019) dont le rythme demeure la Rumba authentique, Koffi, Fally, « Africambiance  » et quelques groupes basés en Europe comme « Kekele  », « Rumba ya Dino », «  Odemba  » etc..

1- Inscription de la rumba cubaine au patrimoine culturel de l’Unesco
01 -Décembre 2016 – Comble de malheur pour la rumba congolaise, c’est dans cette situation difficile que Cuba obtient de l’unesco l’inscription de la rumba cubaine au « patrimoine culturel immatériel » de l’humanité.

Cette inscription au tableau d’honneur de l’Unesco est une bonne nouvelle qui donne l’occasion de découvrir cette forme musicale riche et authentique, incarnation de la culture cubaine.

Une musique ultra populaire, née de la rue et des bas-fonds, inventée par les esclaves qui ont réussi à préserver et perpétuer la spiritualité et les richesses musicales de l’Afrique perdue, au même titre que la santeria, la religion afro-cubaine, à laquelle est souvent liée.

2) – Inscription de la Rumba congolaise au Patrimoine de l’Unesco.

Après l’inscription de la Rumba cubaine au patrimoine culturel de l’Unesco, on est en droit de se demander si la «  Rumba » peut-on l’inscrire pour la seconde fois, en attribuant également à la « Rumba congolaise » la même reconnaissance ?
Les pourparlers en cours entre les commissions scientifiques des deux Congo et l’UNESCO, détermineront d’ici peu les critères à remplir, et la nature de la Rumba sur laquelle se baseront les discussions : Est-ce « Kumba » issue d’une des danses au Royaume Kongo, la «  Rumba  » née à Cuba ou la « Rumba » dans sa version congolaise depuis les années 30-40 ?

Clément OSSINONDE