La ministre des PME et de l’Artisanat du Congo-Brazzaville, madame Yvonne Adélaïde Mougany, était au Salon de l’Agriculture ce jeudi 4 mars. Un moment intense. 

Paris, Porte de Versailles, 15h. Sous un rayon de soleil hivernal, le pas assuré, madame Adélaïde Mougany débarque au Salon de l’Agriculture. Tailleur bleu marine, chaussures hauts-talons et sac noirs, madame la ministre est entraînée dans un bureau où l’y accueille Jean-Baptiste Fattacini, l’administrateur de l’Adepna et PDG de la société Elecrem. L’apparté dure une quizaine de minutes. Puis vient le moment d’entrer dans le vif du sujet : elle trépignait d’impatience. Elle parcourt à peine dix mètres qu’elle s’immobilise devant un stand d’énormes vaches, sous le crépitement des flashes. "Qui est cette femme ? Elle a de la prestance", s’extasie une visiteuse, après lui avoir pris plusieurs photos. Madame la ministre la gratifie d’un large sourire et poursuit sa visite. Elle s’y sent à l’aise, malgré la foule, immense. "Je suis une habituée de ce genre de manifestations ; rien ne vaut le contact humain", lâche-t-elle avant de s’entretenir avec Jean-Noël Bonnet, le président de France Génétique Elévage. Le stand de cette Confédération Nationale de l’Elévage est tout près. Il abrite les vaches de la race Abondance, une race bovine qui porte bien son nom. Et pour cause : une tête produit jusqu’à 7710 litres de lait... Une race qui a été croisée avec les Ndama — une race née dans le Fouta-Djalon et qu’on retrouve aujourd’hui en Côte-d’Ivoire, en Guinée et au Congo, entre autres. Le croisement de ces deux races a donné naissance aux hybrides Ndamance. Emue, madame la ministre apprend à son interlocuteur qu’elle a déjà eu un cheptel de plus de 600 têtes Ndama, dans sa circonscription. "J’ai flirté avec l’élevage chez moi à Mindouli", avoue-t-elle.

A présent, madame la ministre se presse lentement vers L’Odyssée végétale, un stand magnifique de 450 mèttres carrés au coeur du Hall 2.2. Ce stand, c’est 5 tonnes de végétaux représentant plus de 100 variétés : du blé tendre au pain, de l’orge à la bière, de la betterave au sucre, du colza à l’huile, des grandes cultures jusqu’à l’alimentation des animaux... en passant par les fruits et légumes, la vigne et le vin, les plantes à parfum, etc. Soudain, madame la ministre soulève une betterave. Elle la sent ; elle la contemple ; elle la palpe. Un mot lui vient à l’esprit : le bioéthanol. Soucieuse de préserver l’environnement, la biodiversité est une notion qui lui est chère. Et elle insiste sur la culture des betteraves. Le Congo dispose de vastes étendues qui pourraient accueillir les cultures destinées à la fabrication du biocarburant. Le bioéthanol est l’une des solutions à la réduction du gaz carbonique.

Quelques instants après, madame Mougany attérit au stand du FARM (Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde). L’accueil y est chaleureux. Mais, bientôt, l’échange avec le directeur de la Fondation Bernard Bachelier devient tendu. Tandis que la ministre se demande sur la façon de développer l’esprit d’entreprise, de réorganiser l’agriculture, Bernard Bachelier, lui, insiste sur la nécessité, déjà, de disposer de paysans prêts à s’inverstir dans l’agriculture. Or les paysans congolais s’en vont tous vers Pointe-Noire et Brazzaville. "Il faut commencer par les garder dans leur milieu rural", ajoute-t-il. Madame la ministre se demande alors comment trouver des partenariats. D’un ton sec, le directeur de FARM assène que le Congo est scandaleusement riche et que l’argent du pétrole devrait aller à l’agriculture, en priorité. Les regards se tournent vers madame Mougany, laquelle esquive le sujet : "Au Congo, nous devons mécaniser l’agriculture." Fin de partie.

Direction : le stand alloué à une ONG agricole de la République démocratique du Congo. Ici, Madame la ministre est presque en terrain concquis : "Mboté, mama" ; "Losako" ; "Nzambé a pambola bino". Une forêt de caméras et d’appareils photos se forme. Les tenants du stand montrent à madame la ministre des oignons, des bananes, des carottes, etc, venus tout droit de Goma. La ministre hôche la tête, comme pour les congratuler ou à les encourager à aller de l’avant. Puis une cascade de questions résonne : " Quelles sont vos impressions devant notre modeste stand ?" ; "Que feriez-vous pour nous aider à développer notre agriculture ?", etc. Elle répond à presque toutes les questions.

A 17h32, un autre rendez-vous important l’attend ailleurs, dans Paris.

Par Bedel Baouna