Adrien Houabaloukou, président de la CDI (Convention des Démocrates Indépendants) fait chaque fois mouche quand il s’exprime. Notre site se fait le devoir de rapporter sa parole. Bientôt les Présidentielles de 2021, les garants constitutionnels de ce scrutin ne sont pas réunis. C’est ce qui préoccupe A. Houabaloukou.

Un rite politique devrait être observé : le dialogue. Or jusque-là, on tergiverse. Sassou en a fait un mythe et une utopie. «  J’y suis, j’y reste ». Mais pour A. Houabaloukou, on ne va pas en rester là. Habitué au jeu démocratique dans sa ville de Creil dans Le Département de L’Oise, les gens, selon lui, doivent admettre le changement.

Adrien Houabaloukou, sort désabusé d’un combat politique dans sa ville de Creil : les municipales de 2020. A l’issue de cette compétition, il se dit « candidat mal et heureux  ». Il a perdu. Fair-play, ce logisticien a remercié les jeunes creillois d’avoir joué le jeu.

Il change de fusil d’épaule - « Maintenant je vais aller au Congo » promet ce binational dans la langue de Matsoua « Mbizi yi bolélé, ba nianzi ba kotélé ».
La locution kongo n’est pas au goût de tout le monde. D’aucuns estiment que ça fait de lui un adepte du replis ethnique.

Que personne ne jette la pierre à Houabaloukou en raison de ses attaches kongo. Français, Charles Aznavour ne se privait pas de parler de son Arménie natale où ses compatriotes ont du mal à faire reconnaître aux Turcs le génocide. A titre comparatif, les patriotes comme Maître Nkounkou ont également un mal fou à faire reconnaître celui du Pool.

« Le lion, le tigre ne mangent pas une viande pourrie. Les charognes c’est le plat des mouches, des insectes qui adorent la viande infectée ». En clair pas de violence même le climat est délétère en cette veille d’un scrutin à l’issue incertaine. C’est le scrutin de trop d’un monarque à la tête d’un système socioéconomique pourri.

Pour Houabaloukou, après les municipales en France, désormais le terrain de prédilection c’est la Constitution de Sassou, une arme grâce à laquelle ce prédateur-né a fait du Congo sa chasse gardée.

Les juristes congolais

L’exaspération est de taille quand, Mabanckou, maître en Droit, le «  jeune frère Madédé, auteur d’un bel ouvrage  » passent pour des juristes qui demeurent silencieux dans le débat constitutionaliste. Au lieu de partir à la chasse entre Floride et Paris, le gibier du prix Renaudot devrait être la loi organique de Sassou, notamment l’article 96. Pire : « Monsieur Vivient Romain Manangou voulait contester mes compétences » dit l’interdisciplinaire Houabaloukou.

Le président de la CDI possède en effet plusieurs cordes à son arc. Professeur en logistique, économiste, informaticien, il fait du « droit pratique ». «  Pour la gouverne (de Vivient Romain Manangou NDLR), je suis juriste moi aussi ». Les avocats de Carrefour qui pensaient le contraire s’en sont mordus les doigt à la 22ème Chambre de la Cour d’Appel de Paris. « Je les ai battus en appel  » rappelle-t-il.

C’est à se demander si « c’est nous qui ne sommes pas à la hauteur de la tâche, donc Sassou est bon.  » Or ce type a écrit non pas une Constitution mais un Testament. Il est de notoriété publique que le Congo est un héritage qu’il compte léguer à son rejeton Kiki. « C’est un régime qui fonctionne par défaut  ». C’est se jeter dans la gueule du loup que s’appuyer sur cette Loi en 2021. Signé par Monsieur Iloki, dans la solitude de son bureau le Texte sur lequel s’appuie Sassou part d’une arrière-pensée : « on n’organise pas les élections pour les perdre ».

« J’en ai parlé avec une grande dame juriste Mme Emilienne Macosso après sa publication dans Congopage. » : histoire de dire que le principal enjeu en 2021 est juridique et non essentialiste, c’est-à-dire porté sur des individus. Me Nkoukou auquel des annotations ont été demandées en marge de cette Constitution n’en pense pas moins.
Les élections de 2021 reposent sur le principe de « qui perd, gagne  ». A ce jeu, personne ne sera gagnant, à terme. Comme en 2016. Tout est verrouillé. Quelle que soit l’issue des votes, la démocratie sera sans issue. Pour reprendre la métaphore bactérique : « c’est de la viande faisandée que Sassou va servir. » (mbizi ya bola).

Nous sommes dans un système de traque sans pardon. Une fois Sassou réélu, va s’ouvrir une chasse à courre dont on voit déjà les pièges dans la région du Pool. Sassou était clair devant les sages de sa tribu : le pouvoir est un gibier attrapé dans les filets. Il a peu de chances de s’échapper.

Le vainqueur du 5 juin 1997 peut bénéficier de l’immunité, mais il aura le même lot que François Fillon qui a pris 2 ans ferme car personne ne peut être au-dessus de la loi. C’est là où le bât blesse. Otchombé échaudé par la Conférence Nationale de 1991 ne s’en fera pas compter deux fois. Quand on a été piqué par une vipère, on a peur d’un ver de terre. Alors le revenant de 1997 multiplie les subterfuges pour ne plus revivre la douche écossaise de La Transition milosienne d’il y a deux décennies.

Dialogue introductif

« Sassou, on ne sait par quelle loi organique a créé un secrétaire permanent au Congo pour le dialogue, Monsieur Mbéri Martin » Un rabatteur. Ca fait partie des subterfuges.

« Moi je fais attention aux mots, je ne parle pas de diaspora je parle des congolais de l’étranger » nuance Houabaloukou qui poursuit : « Je demande un dialogue introductif ici pour aller (ensuite) faire le dialogue au Congo. C’est dans le cahier des charges du Congo  »- Le fameux article 96, norme de toutes les duplicités.

La sémantique à laquelle fait allusion Houabaloukou sur la notion de diaspora n’est pas seulement stylistique car, manifestement, le mot « dialogue » ne semble pas avoir la même connotation dans la bouche de Sassou et de ses opposants. L’inénarrable Martin Mbéri, souvenons-nous, mena son monde en bateau avec ses dialogues de Sibiti, Dolisie et autres coins perdus du Congo rural total. Sans effet.

« Je demande à tous ces gens qui n’ont rien à faire dans la politique de quitter le terrain. Que Monsieur Boukadia prenne ses responsabilités »
On peut comprendre les civilités de Houabaloukou. Modeste Boukadia semble avoir battu en retraite. On ne l’a jamais vu dans l’arène depuis sa sortie des geôles de Sassou. Aurait-il retourné la veste ?

Adrien Houabaloukou ne suit pas deux lièvres à la fois. Qu’on se rassure : « Je ne suis pas candidat au Congo, je suis candidat ici à Creil  » Pour les départementales. « Elections tout ce qu’il y a de plus territorial »

« Les Congolais ont besoin de dialogue. C’est écrit dans la Constitution de Sassou  » martèle le franco-congolais de Creil qui a bien lu le Texte fondateur mais qui n’est pas naïf au point de croire que Sassou croit en sa propre Constitution.

Houabaloukou scrute les relations internationales où les paradigmes ne manquent pas. « On nous parlera de souveraineté si on fait le dialogue ici en France macroniste, on a pourtant vu au palais de l’Elysée se dérouler la conférence internationale sur la Lybie ». Et de lâcher : « Ce qui est bon pour la Lybie l’est aussi pour le Congo  »

Je suis pour la politique de salon comme l’ont fait Arafat et le Premier Ministre Rabin, après quand ils sont sortis on a vu Oslo (la Conférence)
« Alain Mabanckou, Mes Nganga, Nkounkou, Oko, venez débroussailler la Constitution. L’article 96 de la Constitution Testament de Sassou parle de dialogue ».
« C’est ce que nous voulons  » Ca ne sert à rien de tirer en long. « Ka tu sandi mboma, twa sa kua mpidi  »

Il y a le feu au lac.

« Vaut mieux un mauvais arrangement qu’un procès dont on ne connaît pas l’issue. » coupe Houabaloukou.

D’autant plus qu’un accord est bon quand aucun signataire n’est satisfait.

Simon Mavoula

Prestation du 30 juin 2020